CHAPITRE IX
tent, sans lui donner aucun fondement, une conjecture qui n'a d'autre but que de leur offrir un prétexte pour ne pas reconnaître le Messie déjà veuu.
I/époque de l'avènement du Messie supposée cachée. —
A côté de ceux qui ont voulu croire que cette époque a été retardée, se placent quelques autres rabbins qui ont prétendu que l'homme ne peut pas savoir le secret du temps où le Messie doit venir : ils mettent ainsi parmi les sept choses qu'ils tiennent comme cachées le temps pendant lequel sera rétabli le royaume de David. Ils donnent pour raison de leur sentiment qu'on ne peut pas savoir ce que le Seigneur a voulu cacher. La conclusion serait évidente si l'antécédent était vrai. Seulement les Juifs n'ont jamais prouvé que Dieu n'avait pas fait connaître le temps de la venue du Messie. On ne saurait être admis à prétendre que ce temps n'a pas été révélé, lorsqu'on sait que la prophétie de Daniel a déclaré que, à partir d'une époque parfaitement désignée (l'autorisation de rebâtir Jérusalem), soixante-dix semaines d'années étaient « déterminées, décrétées, » pour l'accomplissement de toutes les prophéties dans la personne du Messie. H n'est pas possible de dire que l'époque où il devait paraître n'a pas été révélée. Plein de miséricorde pour son peuple, l'Eternel lui a fait connaître d'avance de nombreuses circonstances de la vie de celui qui devait écraser la tête du serpent, du Schiloh, si bien signalé par Jacob à ses fils. De sorte qu'on ne peut être étonné que Dieu ait marqué très clairement l'époque de sa venue. Le Père de nos âmes aime trop le monde pour avoir tenu caché un point si important qui devait prévenir et exclure les faux Messies.
Ne voulant pas calculer les soixante-dix semaines d'après le texte de Daniel, mais d'après des apocalypses de leur invention, les Juifs avouent que le temps de la venue du Messie est passé ; ils maudissent ceux qui supputent ce temps et Ils désespèrent. — La période qui suivit la ruine de Jérusalem ne manqua pas de faux prophètes, auteurs d'apocalypses dont le Talmud nous a conservé des extraits. Mais les Juifs postérieurs à la catastrophe de Bar-Kokeba ne tardèrent pas à reconnaître que toutes les époques que les rabbins avaient trouvées au bout de leurs nombreuses supputations s'étaient écoulés. Il était évident que l'époque de l'avènement du Messie était passée. C'est ce que reconnaissent les rédacteurs du Talmud. Ainsi le talmudiste Rabh dit que « tous les termes marqués pour la venue du Messie sont passés, » (n*i»pn Sd "ibr — Sanhédr., fol.
97 b). Dans le même traité (Sanhédr., 97 a) se trouve l'aveu suivant mêlé à une négation qu'aucun Juif n'a motivée : « Combien d'années sabbatiques écoulées où sont apparus les signes nécessaires du Messie, et cependant il n'est pas venu! » De son côté, le rabbin Jonathan s'élevait avec indignation [Ibid., 97 6) contre ces supputateurs des fins, qui, s'appuyant sur les calculs qu'ils faisaient sur les temps fixés par Daniel jusqu'à l'arrivée du Messie (IX, 24-27; VII, 11-12, disaient ; « Puisque la fin est arrivée et que le Messie n'est pas venu, il ne viendra plus. » Ainsi ces rabbins ont constaté que la fin est venue. Mais sur quoi se fondent-ils pour prétendre que « le Messie n'est pas venu et qu'il ne viendra pas. » Aucun Juif n'ignore quelle grande place tient dans les saints Livres la promesse du Messie, dont l'accomplissement, mathématiquement fixé par la prophétie de Daniel, a dû arriver dans le premier siècle de notre ère; et vous venez nous dire de but en blanc et sans aucune preuve à l'appui : « Il n'est pas venu, il ne viendra plus! » Mais alors que signifient vos Livres sacrés? Les prophètes en qui vos pères ont espéré, vous auraient donc trompés par de fausses prédictions? Ce ne sont pas les prophètes qui se sont trompés : c'est vous qui vous trompez vousmêmes par des interprétations et des conjectures d'un art fautif, par des rêveries, qui ne sauraient l'emporter sur la vérité établie par les textes. Vos exégèses ressemblent, il est vrai, à certains oracles météorologiques que les éléments paraissent démolir avec un malin plaisir. Mais c'est en vain que ces prétendus prophètes chercheraient des arguments pour prouver que c'est le ciel qui s'est fourvoyé et non pas eux. Les rabbins, qui de leurs interprétations absurdes des textes bibliques arguent ces textes d'erreur, sont tout aussi ridicules.
En constatant que les termes qu'ils avaient imaginés au sujet du Messie étaient passés, ces Juifs auraient dû se demander s'ils avaient bien saisi la prophétie et si, comme le leur disaient les chrétiens, ils n'avaient pas substiué leurs rêveries à l'enseignement du texte. Mais ils se gardèrent bien de prendre ce seul parti raisonnable qui s'offrait à eux. Se sentant incapables de soutenir une lutte doctrinale avec les chrétiens au sujet du Messie, ils prirent le parti d'étouffer la question messianique. Ils lancèrent donc des anathèmes et des malédictions contre ceux qui calculaient la venue du Messie, et qui auraient pu être amenés à comprendre que le Messie était bien ce Jésus que leurs pères avaient méconnu et crucifié. Ainsi, on lit dans le Talmud de Babylone (Gemare, Tr. Sanhédr., fol. 97) : « Maudits soient ceux