CHAPITRE IX
nôtre temps, rejettent les croyances religieuses contenues dans la Bible. Sans doute, les rabbins du xixe siècle ont eu raison de répudier toutes ces gloses juives du mojen-âge, qui montrent décidément beaucoup plus le désir de s'éloigner du but que la préoccupation d'y arriver par la voie du bon sens et de l'étude consciencieuse des textes. Ce qu'on peut surtout reprocher aux rabbins dont nous avons exposé les systèmes, c'est de n'avoir pas tenu compte du texte. Mais les Juifs modernes ont cru mieux faire en passant à pieds joints sur ce texte et en lui faisant subir des transformations fantastiques : ils n'ont abouti qu'à renier le judaïsme.
C'est ainsi, par exemple, que le dernier traducteur et commentateur juif de la Bible (1 83 i -1 85 1 ), renonçant à s'inspirer du texte et de l'ancienne tradition juive, a préféré s'en rapporter à son oracle ordinaire, c'est-à-dire au rationalisme allemand et en particulier à Lengerke : Ipse dixit ; cela suffît : la critique consiste à avaler toutes les couleuvres d'au-delà du Rhin (4). Il traduit donc l'expression min moza' dabar par « la sortie de la parole », et il ajoute en note : « Depuis que la promesse a été faite à Jérémie (vs. 2) ». On peut voir, au vs. 2, que Daniel se contente de consulter les prophéties de Jérémie au sujet des « désolations de Jérusalem » ; et nous avons montré que le dabar du vs. 25, n'est rapporté à aucune prophétie de Jérémie (voy. p. 925 et pp. 929-934\ Il transpose ensuite « Oint Prince » en « Prince Oint » ; et après avoir coupé arbitrairement la phrase par un point et virgule (voy. p. 958), il croit avoir découvert deux oints différents. Puis, le grand rabbin de Metz nous donne, duvs. 25, l'interprétation que voici : « On voit que les sept semaines d'années, à partir depuis la prédiction de Jérémie, vont jusqu'à Cyrus (588 à 538), l'oint, le prince (Isaïe, 45, 1); pendant les soixante-deux semaines d'années, partant également depuis la prédiction de Jérémie, aura lieu la reconstruction de Jérusalem. » Les inexactitudes de ce commentaire ont été suffisamment signalées : l'oint n'est pas Cyrus (voy. p. 93 4) ; et il n'est pas
(1) L'œuvre du grand rabbin Cahen a été très correctement jugée par le grand rabbin Wogue, dans le passage suivant (Hist. do la Bible, 1881, p. 342 : « Texte hébreu peu correct ; traduction en apparence fidèle, en réalité fort inexacte et maintes fois contredite par les notes-, ces dernières, empruntées, en majeure partie, à la critique allemande, souvent mal comprise par l'auteur, tels sont les principaux défauts de cet ouvrage... » Mais le défaut capital c'est le rationalisme de Calicn, c'est la négation des enseignements de la Bible.
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question de rebâtir Jérusalem pendant 434 ans (p. 963). Quant au verset 26 où il est dit que « Oint sera retranché, » Cahen se contente de cette note : « Selon Raschi, c'est Agrippa ; il y a d'autres conjectures, autant que de commentateurs. » C'est tout ce que ce rabbin daigne apprendre à ses lecteurs. Que veut dire la Bible ? Peu lui importe : il ne se donnera pas la peine de séparer, dans le rabbinage, l'ivraie du bon grain. On ne sera donc pas étonné que, ayant tenu le ch. VIII de Daniel pour messianique et adopté la chimère rationaliste qui veut que le messie ait été annoncé comme devant venir aussitôt après le règne d'Antiochus Epiphane, le même rabbin se soit trouvé désorienté par la prophétie du ch. IX. Les textes et la succession chronologique des événements ne permettent pas, en effet, de réunir en un seul les deux tableaux du ch. VIII et du ch. IX (voy. pp. 830-832; 716-741). Voici donc, a propos de l'époque de l'avènement du Messie, la conclusion à laquelle aboutit l'exégèse dévoyée de Cahen. « A diverses époques, dit-il, les Israélites, abreuvés de malheurs, en ont espéré le terme. L'an 5570 (1810), on l'attendait, parce que 500 du petit comput ypn conduit a Vn* iDT&n !Tpn fais retentir la grande trompette-, selon la tradition, c'est un signe de l'arrivée du Messie (1). Il y a encore eu d'autres moments qu'on attendait. Rabbi Joseph. Ia'hia, dans son commentaire sur le verset 14 (2), dit : Sous Cyrus, les grands, dans Israël, n'ont pas voulu retourner avec Esra-, il n'y a que les moindres d'entre les Israélites qui ont consenti à revenir de l'exil. Aussi, le temple qu'ils ont bâti a-t-il été détruit et les Israélites ont-ils été dispersés parmi les nations (3). Daniel ne s'enquiert pas ici pour savoir quel sera le terme de la calamité particulière causée par Antio-
(1) Au lieu de consulter le texte prophétique, Cahen et ses coreligionnaires ont préfère s'en rapporter à des fables rabbiniques, à des élucubrations de cerveaux malades. Le « petit comput » a, pour eux, plus d'autorité que la Bible. Est-il étonnant qu'ils aient été trompés dans leur attente ?
(2) Du ch. VIII.
(3) Si le fils de IaJhia avait mieux étudié l'histoire des Juifs depuis l'époque de Cyrus et de ses successeurs jusqu'à Artaxerxès Ier, il aurait compris que les grands n'avaient pas raisonnablement pu rentrer en Palestine avec Zorobabel (c'est à tort que le rabbin met en rapport Cyrus avec Esdras). Ce ne fut pas par manque de foi que beaucoup de Juifs, dont les établissements, en Chaldée, étaient florissants, ne voulurent pas les abandonner (voy. pp. 1050). Ils purent, d'ailleurs, contribuer beaucoup mieux, par leur argent, à la reconstruction du temple et de Jérusalem. Si ce temple et cette ville ont été détruits, il