‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 19 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Perpétuel)? On devrait aussi introduire le mot ha^on (vision) avant le membre de phrase qui suit : « (la vision) du crime du désolé ou de la désolation. » Rosenmûller qui trouve, avec raison, que hëha\on hattamid est une locution incorrecte n'a pas manqué de reconnaître aussi que l'expression haffësah somën, dont nous nous occuperons plus loin, est encore plus incorrecte {minus correcte est quod sequitur). Mais ces critiques n'ont pas compris que le Saint a voulu s'exprimer par mots entrecoupés. Il se propose seulement de résumer pour Daniel le tableau qui vient de lui être présenté, et il se contente d'en évoquer les principaux traits afin de tenir en éveil les souvenances du Voyant. Le contenu de la vision est donc exprimé en appositions : « Jusqu'à quand la vision : le Perpétuel... le crime du désolé. . permettre le sanctuaire et l'armée (être) ce qui est foulé aux pieds. »

a Le crime du (sanctuaire, de l'autel) désolé. Le mot fesah (crime, péché, défection) n'offre pas de difficulté (voy. vs. M). II en serait de même du mot somëm, si certains critiques ne s'attachaient pas à en modifier le sens.

Sens des mots somëm et mesomëm. — Divers commentateurs reconnaissent que devant somëm, il faut ici suppléer l'article, qui, après le nom défini, manque quelquefois (Cfr. Jérém., II, 21 ; Ezéch., XXXIX, 27. — Voy. Ewald, §. 293). C'est ainsi que Gesenius, Winer, Rosonmûller ont très bien vu qu'il fallait interpréter ce passage comme s'il y avait QDWH STKJSrn. Mais tenant à se tromper sur la signification de somëm, ils l'ont traduit ainsi : impietas vastatoris. Il est cependant impossible de donner à somëm un sens actif. On reconnaît et on admet comme certain que ce terme (rZ3QU) est un participe kal de ^TU (être désolé, dévasté) qui est toujours intransitif et qui ne signifie jamais « dévaster. » Le participe présent de la conjugaison kal de ce verbe signifie donc « étant dévasté » ou « dévasté. » On ne doit pas être étonné de trouver là des vocales transitives, car cela se produit ainsi dans les verbes qui ont un sens intransitif (voy. Ewald, Kritishe Grammatik der hebr. Sprache, p. 21 5). Ainsi, somëm a certainement une signification passive (désolé, dévasté) C'est pourquoi tout le monde admet que ce verbe a cette signification dans tous les passage de la Bible {Lament. V, 1H -, Ezéch., XXXV, 12 ; et les participes, II, Rois. XIII, 20 ; Lament. I, 4, 13, 16 : Ezéch., XXXVI, 4 ; 1s., XLIX, 17 ; LXI, 4). Aussi, Wieseler n'a-t-il pu s'empêcher de constater que somëm ne peut, en aucun cas, signifier « destructeur, » et qu'il a tou-

jours le sens de « détruit » (désolé). Keil aboutit à la même conclusion, qu'il exprime ainsi (ch. VIII, 13) : ^2ÏZ7 ne peut pas être compris transitivement, puisque iZjQU e^ u2Çt?D sont mis en face l'un et l'autre au ch. IX, 27 -, et au ch. IX, 27, il fait remarquer que, au ch. XI, 31, mesomëm a une signification active « dévastant » et somëm un sens passif « dévasté. » Ce sens passif de somëm est aussi indiqué par la clause parallèle et explicative, qui suit où mirmas, qui se rapporte à qodes (le saint) et à zabay (l'armée), est un passif. Le Saint demande combien de temps ces deux objets seront « ce qui est foulé aux pieds. » La même signification de ce participe ressort de la question du Saint : « Jusqu'à quand le sacrifice perpétuel, le péché du désolé? » Le Saint, en effet, demande combien de temps le sanctuaire restera « dévasté. »

Il est également reconnu de tous les critiquey que mesomëm est un participe piel. Or, cette voix exprime une modification particulière du kal, et donne à un verbe un sens actif ou causatif, comme Yhiphil (Cfr. gadal, être grand-, piel, élever des enfants-, lamad, apprendre, s'instruire-, piel, enseigner, instruire). Le participe mesomëm offre ainsi très bien le sens de « produisant le désolé, désolant, désolateur, » Le piel indique aussi quelquefois que le verbe renferme alors son complément en luimême. Ainsi, le passage d'Esdras, IX, 3, 4, doit se traduire ainsi : « Et j'étais me désolant. » En traduisant : « J'étais désolé, attristé, » on ne rend pas bien la nuance exprimée par ce participe. La vraie traduction du participe mesomëm doit donc lui donuer le sens de « désolant » ou de « faisant la désolation. » A l'appui de cette interprétation, nous en appelons donc justement à la signification ordinaire du piel. Nous pouvons, en outre, la justifier par l'antithèse évidente des mots mesomëm et somëm (Ch. IX, 27), dans laquelle ce premier participe a bien certainement le sens de « désolant, désolateur. » Les LXX, Théodotiou et la Vulgate n'ont, il est vrai, traduit les deux participes que par l'abstrait (Iprjixaxriç, desolatio). Mais ces versions ont, du moins, maintenu le sens passif de somën : il s'agit bien d'une désolation, d'un objet désolé et non pas d'un désolateur. La cri tique rationaliste n'y trouve pas son compte, et, après avoir remarqué que, d'après les anciennes versions, il s'agit, dans notre passage, d'une chose désolée, dévastée d'une désolation, Rœdiger ajoute (Thesaur., p. 1436) : Ali i, ut ipse quoque Gesenius, non de re interpretantur, sed de persona, se. Antiocho, ita ut mesomëm et somëm genetivus sit : abominatio vastatoris, peccatum vastatoris.

Page 1