CHAPITRE IX
tre sous le voile d'une vision emblématique-, Zacharie (ch. XII- XIV) et Malachie (III; cfr. Joël, passim) , mêlent à leurs riantes prophéties de sombres et funèbres peintures ; le Psalmiste (Ps., CXXVI, etc.) salue avec allégresse la mystérieuse époque de la délivrance, et Isaïe (ch. XL et suiv. Cf. ch. XI et XXVI, etc.) voit tour à tour dans cet élu de la Providence, l'homme des douleurs et l'homme du triomphe, le martyr des peuples et le dominateur de l'avenir. » (/6., p. 105-106).
Nous avons là déjà des données qui nous permettent de retrouver les traits qui caractérisent le Messie et qui nous montrent que la croyance messianique [a reçu des développements, a progressé dans la série des révélations divines. Les divergences signalées par Wogue ne vont pas jusqu'à la contradiction : elles se concilient dans la personne de l'Homme-Dieu, à la fois Fils de l'homme et Fils de Dieu. Les « systèmes du Talmud » et
persécution dont ni l'année du commencement, ni l'année de la fin n'est indiquée (heureux celui qui attend, et qui parvient jusqu'à mille trois cent trente-cinq jours). En se contentant d'ajouter passim, il ne favorise en rien l'esprit de recherche, et il laisse dans l'ombre le magistral exposé du chapitre IX, 24-27. Il eût été trop évident que si le chap. XII laisse dans le vague et sans la déterminer le début de la période des 1335 jours, il n'en est pas de même de la période des soixante-dix semaines. Dans cette dernière prophétie, les points de départ et d'arrivée sont expressément indiqués : l'époque de la venue du Messie est caractérisée d'une façon absolument certaine, « avec la précision des chiffres, » et Wogue n'est pas fondé à prétendre que « ces chiffres sont une énigme. » Aussi n'est-ce pas à ces chiffres-là qu'il a recours. En supposant qu'il y ait, au ch. XII, un passage dont la teneur peut paraître incertaine et obscure, il ne s'en suit pas, en effet, que la< prophétie du ch, IX soit énigmatique : il suffit de la lire pour constater le contraire; aussi le rabbin s'est-il abstenu de la mentionner expressément : les jeunes Israélites du séminaire dirigé par Wogue y auraient lu clairement que le Messie est déjà venu. Nous sommes trop polis pour dire que le professeur du séminaire israélité de Paris se laisse prendre ici en flagrant délit d'ignorance ou de mauvaise foi ; nous admettons plus volontiers qu'il n'a songé qu'à appliquer, à l'égard du texte du ch. IX, le procédé, fort à la mode dans les écrits des rabbins, qui consiste à éluder par de faux fuyants l'affirmation catégorique imposée par le texte. Wogue doit se trouver, en effet, fort gêné par les versets 2i-27 du ch. IX : on le comprend du'reste. Alors il a fait ce que font aussi les rationalistes en pareil cas : il se dérobe-, la clarté de cette prophétie le blesse, il la passe sous silence; il sort de la question; il se jette à côté sur un texte qui a tout autre chose en vue, et il escamote le texte qui l'embarasse.
des théologiens juifs ne sont différents que parce qu'ils sont incomplets ou interprétés d'après une exégèse de pure imagination ; ils sont différents parce que les Juifs veulent voir dans la Bible ce qui n'y est pas et donner à la prophétie messianique un dénouement conforme à leurs intérêts matériels. C'est ainsi, en négligeant quelques traits essentiels, que Wogue en est venu — comme nous l'avons vu dans la note qui précède — à imaginer que la prophétie de Daniel « est une énigme. » Le même procédé le conduit à supposer que « de la foule de données dissemblables » fournies sur le Messie dans les saints Livres, « il est difficile de dégager la grande inconnue, je veux dire le caractère exact du Messie et de son œuvre. » (/6.,p. 407) (1).
Mais il y a, néanmoins, un point fixe qui surnage à toutes les échappatoires rabbiniques et à toutes leurs hypothèses bizarres, c'est la persistance dans le judaïsme moderne de la foi au Messie. Wogue nous transmet en ces termes la doctrine messianique des Juifs de notre temps :
« Essayons d'établir ici, dans une série de propositions, les faits qui ressortent le plus clairement de l'ensemble des autorités juives, et qui constituent la croyance de la Synagogue ou le messianisme orthodoxe.
» Le Messie sera un homme; cet homme sera un roi-prophète descendant de la race de David, seule en possession de régner sur Israël.
[1) Ce ne sont pas les « données » bibliques qui sont cause du fâcheux résultat auquel aboutissent les Juifs et les rationnalistes* C'est à l'imaginative de ces exégètes mus par des vues extravagantes qu'on doit s'en prendre. Wogue le constate lui-même en s'exprimant ainsi dans dans la même page : « Chacun se taille un Messie sur le patron de ses préjugés, de ses intérêts ou de ses désirs. Pour le vulgaire, c'est un homme qui vengera Israël de ses persécuteurs et le ramènera triomphant dans la terre sainte, trop étroite peut-être pour le contenir. Pour les philosophes rationalistes, le Messie n'est pas un personnage, c'est un mythe, c'est une époque, c'est la civilisation, que sais-je? Les uns estiment qu'il est promis aux seuls Israélites, les autres à la terre entière; mais, ici encore, nouveau dissentiment : la révolution messianique, si tant est qu'elle soit universelle, s'opèrera-t-elle temporellement au profit des Juifs, ou spirituellement au profil du judaïsme? L'héritier de David possèdera-t-il la monarchie universelle, et les rois de la terre seront-ils ses vassaux? Le judaïsme imposera-t-il au monde le complexé appareil de son culte ou seulement ses principes fondamentaux, tels que le monothéisme pur, l'unité et la spiritualité de Dieu ?» — Les livres prophétiques et les saints Evangiles donnent une réponse à toutes ces questions.