CHAPITRE IX
» Le Messie rendra au peuple israélite son antique nationalité et son autonomie entière. L'édifice mosaïque sera restauré dans son intégrité.
» Investi d'une puissance surhumaine, ce révolutionnaire de la Providence changera la face du monde. Le dogme unitaire y régnera désormais, et Jérusalem en sera la métropole et le foyer. » (Ibid., p. 4 08).
Nous n'avons pas à nous occuper ici des développements que les Juifs donnent dans ce tableau à la prophétie messianique. Il nous suffit de faire remarquer qu'ils mettent arbitrairement l'accomplissement de la prophétie au futur. Ils ne veulent pas voir que l'Ange a fixé le jour de la venue du Messie ; ils se bouchent les yeux pour ne pas voir que les paroles de l'Oracle du chap. IX sont explicites et qu'elles fixeut les termes de façon à ce qu'on ne puisse pas raisonnablement s'y méprendre. Nous ne rappellerons pas non plus que les Juifs n'ont jamais répondu rien de sérieux aux arguments que l'on tire de Daniel pour montrer que le Messie est déjà venu. Il nous suffit de constater que l'idée messianique est un des éléments essentiels de la religion juive» Pour pouvoir se dire Juif, on est tenu d'adhérer à cet article que nous lisons dans la Confession de foi des Juifs publiée par Buxtorf (art. XII) : « Je crois d'une foi ferme que le Messie doit venir et, quoique son avènement tarde beaucoup, je l'attendrai toujours. »
Il est impossible, en effet, de ne pas voir, par l'inspection même des textes, que ce dogme est écrit en toutes lettres dans l'Ancien Testament. La foi au Messie promis par l'Eternel est — on ne peut en douter — la doctrine centrale de la révélation accordée aux patriarches et aux prophètes ; elle joue dans la religion juive le rôle prépondérant. La foi d'Abraham « le père des croyants » n'était pas seulement la foi au Dieu unique, mais encore la foi au Dieu de la promesse : cette foi était l'âme de sa vie ; elle a été aussi l'âme du peuple élu. Il y avait ainsi dans la nation juive, un ressort qui n'était pas secret et caché. Ce ressort était le dogme national, la croj'ance exclusivement propre à ce peuple, la persuasion où il était que Dieu dirigeait les événements pour l'avènement du Messie.
Mais en voyant que les chrétiens prouvent que les caractères assignés par les prophètes au Messie se sont réalisés en Jésus- Christ, beaucoup de Juifs, disciples du voltairianisme et du philosophisme allemand plus que de Moïse et des Prophètes, ont renoncé à ce point fondamental de leur religion ; ils rejettent la
doctrine du Messie : s'ils l'invoquent dans les récitations des psaumes, ils n'attachent aucun sens à leurs paroles, et ils ne les regardent que comme des formules surannées. Les prophéties relatives au Messie les agacent et, par suite, ils ont à peu près cessé de lire les livres prophétiques (V. Buxtorf, Syn. Jud., c. 3). Ils comprennent que le Messie est si étroitement mêlé à la trame des récits et des prophéties bibliques, qu'on ne peut pas plus l'en extraire qu'enlever d'un tapis les dessins tissés dans l'étoffe. Ne voulant plus lire ces livres qui leur annoncent l'apparition du Messie et du royaume des cieux; repoussant l'Evangile qui leur montre la réalisation des promesses messianiques, ces Juifs ont, de leur autorité privée et par un jugement qu'ils n'ont pas môme essayé de motiver, déclaré que le Messie est le monothéisme.
C'est ainsi, par exe mple,!que Munk, qui fut membre de l'Institut, professeur au collège de France, et en même temps membre et secrétaire du Consistoire central Israélite, subtilise en ces termes les prophéties messianiques : « Ce triomphe du monothéisme, les prophètes l'annoncent avec une profonde conviction, comme le terme où doit aboutir le développement progressif des idées religieuses du genre humain. C'est là l'avenir qu'ils ont constamment devant les yeux, et que çà et là, ils présentent sous l'image du Messie de la race royale de David. » (Palestine, p. 421.) Un autre Juif, Cohen, exprime en ces termes équivalents la même pensée : « L'avènement du Messie dans les traditions prophétiques du judaïsme, est bien moins l'apparition matérielle d'un Etre tout-puissant, Roi, Prophète ou Dieu, que l'éclosion d'une grande époque au point de vue religieux, social et moral. Le caractère essentiel de l'époque messianique est la proclamation et la reconnaissance de l'unité et de la spiritualité de Dieu par toutes les nations de la terre (Les Déicides, Introd., p. XXXIII). Nous n'insisterons pas pour montrer qu'il y a là une façon fort libre d'entendre la Bible. Ces lettrés juifs ont trouvé plus conforme à leur manque de foi de s'asservir au Juif allemand Mendelssohn qui, au dernier siècle, transforma lejudaïsme en déisme. Mais il n'y a pas chez eux un /^transformateur, et le judaïsme est une chose et le déisme une autre chose : la transformation imaginée par ces Juifs qui, au fond, n'étaient plus Juifs, ne dépassaient pas les limites de leur rêverie.
Sans doute, il s'est trouvé des rabbins qui ont défini le judaïsme par des formules incomplètes. Hillel, par exemple, définissait la loi juive par cette formule : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse. » Mais il est évident que cette