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CHAPITRE IX

nisme, c'est-à-dire unité de loi dans le monde et triomphe terrestre de la justice dans l'humanité. Ce sont les deux dogmes qui, à l'heure présente, éclairent l'humanité en marche, dans l'ordre de la science et dans l'ordre social, et qui s'appellent dans la langue moderne, l'un unité des forces, l'autre croyance au progrès (Ibid., pp. 275, 276).

Il ne vaut pas la peine de nous arrêter à ce que ce Juif dit de la fin du christianisme. Tout homme qui veut bien se servir de ses jeux peut aisément constater que la religion chrétienne, bafouée par certains gouvernements et par des lettrés plus épris de chimères que de choses sérieuses, n'a rien perdu de sa vitalité. Nos lecteurs sont aussi en état de juger si les hommes qui suppriment tout ce qui leur plaît dans la Bible et qui renient les croyances de leurs pères peuvent encore être regardés comme conservant la religion juive. En disant que le judaïsme n'a pas à souffrir de la suppression des miracles et des pratiques de la religion mosaïque, ils croient établir ainsi que cette religion « ne peut jamais entrer en lutte avec la science ni avec le progrès. » (Ibid.). Cette méthode est connue et jugée : c'est celle de Gribouille qui, pour éviter quelques gouttes de pluie qui ne sauraient même pas l'atteindre, se jette dans une mare où il se noie. Mais le point que nous devons surtout signaler ici, est celui qui concerne les deux grands dogmes du judaïsme, le monothéisme et le messianisme. Darmestetter les refond et les réduit « à l'unité de loi dans le monde et au triomphe terrestre de la justice dans l'humanité. » Mais qu'y a-t-il là-dessous ? Verba et voces. Qu'est-ce que cette unité de loi? Qu'est-ce que ce triomphe de la justice? Cette unité de loi sans un Dieu vivant et ce triomphe de la justice sans un Messie, auteur de ce triomphe, ne sont que des mirages, et, disons le mot, des mensonges. En fin de compte, toutes ces évolutions de quelques Juifs sont plus comiques qu'édifiantes. Ces êtres hybrides ne peuvent passer pour Juifs qu'en se dupant. Le judaïsme peut évoluer en rationalisme, si ce mouvement lui plaît, mais il rompt avec le judaïsme. On connaît des protestants qui font des évolutions de ce genre, mais nul ne s'y trompe, et tout esprit judicieux comprend qu'ils ont changé de foi.

Le même jugement doit être aussi , évidemment, porté sur ceux qui s'imaginent nous faire croire que le Messie, promis aux Juifs, n'est rien autre que la liberté. Sans doute, la liberté est un bien précieux, mais il n'en est pas moins vrai que le synode tenu à Breslau, en 1846, a modifié d'une étrange façon la nature

du Messie promis et restreint outre mesure les bienfaits messianiques, lorsqu'il a fait la déclaration suivante : « Nous n'attendons pas d'autre Messie que la liberté » (Arch. israél., p. 694). Dans le moyen-âge, pendant plusieurs siècles, les Juifs ont joui, dans divers états chrétiens, d'une entière liberté, et les Juifs résidant en France jouissent de cette liberté depuis l'année 1787. Mais il serait difficile de voir dans cet acte de tolérance l'avènement du Messie. Le rabbin Cahen , dont nous avons eu déjà diverses occasions de relever plus d'une bévue, ne nous montrera pas non plus quels rapports il y a entre les textes messianiques de la Bible et les assertions suivantes : « Le Messie est venu pour nous le 28 février 1 890, avec la déclaration des droits de l'homme. Le Messie que nous attendons, c'est la diffusion des lumières, c'est la reconnaissance de tous les droits, c'est l'émancipation de l'humanité entière » (Arch. Israël., an 1847, p. 801). Ce grand rabbin oublie trop que ce qu'il y a de vrai et d'humain, dans cette Déclaration, vient du christianisme et est en opposition avec les doctrines du Talmud. Nous devons, en effet, le proclamer bien haut : la liberté de conscience est un des articles fondamentaux de la Charte évangélique , tout ce qu'il y a de vrai et de bon, dans les idées de liberté, d'égalité, de fraternité et dans la Déclaration des Droits de l'homme, vient du christianisme : l'application de ces principes n'a été retardée depuis le règne des Césars jusqu'à nos jours, que par les légistes, enti* chés des doctrines païennes de la législation romaine en ce qui concerne les droits de l'Etat sur la religion.

Que les Juifs le veuillent ou non, il n'est que juste de rattacher à Jésus-Christ ce qu'il y a de légitime et de chrétien dans la Révolution française. D'un autre côté, ils doivent reconnaître qu'il est par trop absurde de faire de la liberté civile un Messie, et de nier que le Messie annoncé par les prophètes ne devait être qu'une date. Le mouvement provoqué par la révolution de 1789 avait, il est vrai, exalté l'imagination de quelques Juifs ; et ils se sont efforcés de rattacher à cette époque l'accomplissement de leurs espérances messianiques devenues toutes terrestres. C'est cette manière de voir que nous trouvons dans ce dialogue de M. Adolphe Franck avec son père, « lecteur assidu de l'Encyclopédie. » Vers 1820 , à l'âge de douze ans , A. Franck demanda à son père ce que c'était que le Messie et cette Jérusalem dont il était si souvent question dans les livres qu'il lisait : « Le Messie, lui répondit le père, n'est pas une personne; c'est une date, c'est 1789, l'ère de la liberté; et Jérusalem c'est la France déli-

vrée. — Et 1793, reprit l'enfant, qu'est-ce ? — C'est tout le contraire, dit M.Franck. » M. Charles Lévêque, qui raconte ce trait à la louange de la famille Franck, ajoute : « Exég-èse très libre assurément et tout à fait hétérodoxe, mais où respirait le patriotisme d'une âme ferme et élevée. » Nous ne contredirons pas ce jugement d'un philosophe porté sur un philosophe, son collègue à l'Institut. M. Ad. Franck, qui a toujours maintenu avec fermeté, dans son enseignement, des doctrines spiritualistes qui doivent être chères à tous les chrétiens, à tous les esprits, ne sera pas étonné que nous ne prenions pas plus au sérieux que son docte panégyriste, la théorie du Messie réduit à n'être qu'une date. Le père de A. Franck avait eu le tort d'ajouter foi aux prétendus philosophes du xvme siècle qui croyaient à la toute-puissance de la raison humaine et qui annonçaient le retour de l'âge d'or. Il aurait dû comprendre que raisonner sur le Messie en dehors des textes bibliques, c'est raisonner dans les nuages.

Il y a, du reste, dans cette fantaisie, qui porte certains Juifs à identifier le Messie avec la liberté civile , une persistance de cet esprit pharisaïque et sadducéen, lequel empêcha leurs pères, entichés de domination terrestre, de reconnaître le Messie dans la personne de Jésus-Christ. Les uns et les autres ont rapetissé les promesses messianiques et les ont confinées dans le cercle des jouissances terrestres. Ils ressemblent à ces Juifs infidèles qui, du temps d'Antiochus Epiphane, frayèrent la voie à ce persécuteur, en s'éprenant d'une folle passion pour les Gentils et en adoptant leurs mœurs et leurs habitudes. La liberté de la chair, voilà ce qui leur souriait (I Mach., 1 , 12-14). Ils ouvrirent donc des théâtres , des gymnases à la mode grecque , et , tout en sacrifiant à Jérusalem, ils envoyèrent au dehors de l'argent pour faire offrir des sacrifices à Hercule (II, Mach., IV, 19). C'est ainsi que beaucoup de Juifs adorent, sous le nom de Liberté, une idole qui leur permet de satisfaire les mêmes appétits d'ambition, de domination et de jouissances terrestres. Le culte qu'ils rendent à ce faux Messie ne les empêche malheureusement pas de s'associer à ceux qui suppriment ou amoindrissent la liberté des chrétiens.

Le Dieu-Messie de ces Juifs est, du reste, une Liberté qui offre de nombreuses faces : il peut être le premier prince venu qui paraîtra en état de procurer à ses adorateurs le bien-être matériel. Le Messie-Liberté transformé en Messie-Napoléon Ier. — On sait que ce grand capitaine organisa le rabbinat et nul ne

sera étonné d'apprendre que, l'aveuglement ou la flatterie disposant les Juifs à saisir le premier objet qui se montrait à eux avec un certain éclat, ils aient regardé Napoléon comme le Messie annoncé par les propètes. Ainsi, en 1807, le Grand Sanhédrin reconnut dans Bonaparte l'être surnaturel annoncé par le prophète Daniel. Josèphe avait adoré Vespasien -, des Juifs du xix6 siècle doanèrent à l'empereur des Français les attributs que la Bible réserve au Messie. Dans cette assemblée de docteurs juifs, un rabbin s'exprima ainsi : « Il a paru vraiment sur la terre un génie surnaturel, entouré d'une grandeur et d'une gloire infinies : Et ecce cum nubibus cœli, quasi fîlius hominis veniebat, et dédit ei potestatem et honorera et regnum (Daniel, VII, 13. — Discours de M. le rabbin Sêgre , député du département de la Sesia au Grand Sanhédrin). Un autre rabbin confirmait en ces termes l'identification de Napoléon avec le Messie : « Nous voyons clairement, » disait-il, « les merveilles infinies du Créateur suprême annoncées par Daniel. Il a choisi Napoléon. On doit lui appliquer les paroles de mon texte : « Voici mon serviteur dont je prendrai la défense; voici mon élu dans lequel mon âme a mis toute mon affection. Je répandrai mon esprit sur lui, et il rendra justice aux nations -, il ne sera point triste ni précipité quand il exercera son jugement sur la terre, et les îles attendront sa loi. Je suis le Seigneur qui vous ai conservé, qui vous ai établi pour être le réconciliateur du peuple et la lumière des nations. » (Isaïe, XLII. — Sermon de M. David Zinsheimer , rabbin député de Strasbourg. — Procès verbaux du Grand Sanhédrin). Voilà « les nuées du ciel, » emblèmes de la puissance et des manifestations divines (voy. p. 595) accordées à Bonaparte. D'après les rabbins du Grand Sanhédrin qui acquiescèrent à cette profanation, Napoléon est le Messie que Daniel a vu comme homme et comme Dieu venant avec les nuées du ciel (ch. Vil, 13). De sorte qu'il suit de cette bizarre interprétation des saints Livres, qu'Isaïe décrivant les qualités qui devaient se trouver dans la personne du Messie, avait en vue le vainqueur d'Àrcole, de Marengo, d'Iéna, etc. En un mot, Napoléon réalisait, en 1807, les caractères prédits par les prophètes ! Le spectacle que nous donnent ainsi les Juifs ne nous surprend guère, mais nous tenons à en montrer le côté instructif et peu amusant à la fois. Il est bien pénible, en effet, et bien humiliant d'avoir à balayer de l'exégèse biblique de tels contes à dormir debout.

Interprétation 'fantaisiste du vœu liturgique des Juifs : l'année prochaine à Jérusalem. — Rêvant toujours un empire ter-

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