CHAPITRE IX
restre, les Juifs ont prétendu que le Messie reconstruirait Jérusalem et son temple. Dans l'espoir de cette restauration de leur ancienne capitale, ils se saluent, à certaines fêtes, en disant : « L'année prochaine à Jérusalem. » Les Juifs modernes ont essayé de donner à cette locution un sens mystique. Ainsi Ad. Franck disait naguère : « Jérusalem est resté un nom symbolique, signifiant la métropole idéale, d'où est partie la loi de Dieu. Personne ne voudra la convertir en résidence réelle. » 11 nous semble que le docte Israélite s'aventure beaucoup à ce sujet et qu'il généralise trop ses propres idiosyncrasies. Pour beaucoup de ses coreligionnaires, Jérusalem n'est pas quelque chose d'aussi éthéré qu'il veut bien le dire. Du reste , le Juif Abraham Dreyfus nous apprend lui-même dans la Revue politique, etc., le motif qui pourrait porter de nombreux enfants de Jacob à rejeter avec horreur l'idée de se confiner en Palestine : « Les Israélites disent à certains jours de fôte : « L'année prochaine à Jérusalem » ; ils font allusion à une Jérusalem toute spirituelle, à la Jérusalem de l'ère messianique, prédite par les prophètes, c'est-à-dire au temps où tous les peuples, ayant abjuré leurs haines , seront confondus dans le culte d'un même Dieu. Le siège terrestre de cette Jérusalem peut donc être où l'on voudra — à Paris même si les nations un jour réconciliées consentent à prendre notre ville pour capitale de l'univers. En attendant , les israélites, qui s'y trouvent bien , n'ont aucune raison de la quitter , sans compter qu'ils se priveraient ainsi d'un des plaisirs auxquels ils tiennent le plus , le plaisir d'applaudir les pièces de M. Dumas. C'est l'observation qu'exprimait un artiste du Gymnase en me disant, quelques jours après la première représentation de la Femme de Claude : « Oui, votre départ pour Jérusalem, ce serait certainement un beau rêve...; mais ça ferait bien des vides à l'orchestre ! »
Il est, en effet, permis de croire que beaucoup de Juifs ne songent pas à quitter l'Europe, pour retourner dans les contrées aujourd'hui incultes de la Judée. Parodiant un mot célèbre adopté par les Epicuriens et par les sceptiques de tous les temps (ubi bene, ibi patria), ils disent volontiers : Ubi bene, ibi Jérusalem. Cette ville se trouverait très bien à Paris, à Londres, à Vienne ou à Berlin, lorsque les Juifs auront établi leur empire dans une de ces capitales.
Cependant , il y a, dans le judaïsme moderne, des individus qui tiennent encore à une interprétation des rabbins du moyenâge relative à la reconstruction matérielle de Jérusalem et au
retour réel dss Juifs dans le pays de leurs aïeux. Laissons la parole à un écrivain, qui n'est pas des nôtres, et qui résume ainsi leurs projets : « A-t-on quelque autre indice des projets du silencieux Jacob? A-ton quelque autre soupçon des desseins d'Israël ? Oui, si l'on tient pour des révélations authentiques ou du moins pour des intuitions du génie, les plans grandioses que M. Alexandre Dumas prête au juif Daniel dans la Femme de Claude , et la politique mystique que Georges Elliot attribue , dans son roman de Daniel Deronda, au juif Mordecaï.
» Mordecaï affirme qu'il est nécessaire de rétablir la nationalité d'Israël. C'est aussi la pensée qu'exprime le Daniel du dramaturge philosophe. Il y a sans doute parmi les Juifs plus d'un inspiré , qui rêve, comme Daniel, la reconstitution du royaume d'Israël. De pieux voyageurs ont parcouru le monde pour retrouver les tribus perdues. Le juif moldave Benjamin explora pour cette recherche l'Egypte, la Syrie, le Kurdistan et la Perse. Le rabbin Mardochée fouilla le Sahara. On dit qu'aujourd'hui toutes les tribus sont retrouvées, excepté Juda. Gad fut découverte la dernière, mêlée aux Nestoriens et aux Afghans. Faire cesser leur longue dispersion , les réunir en un vaste royaume autour du temple relevé , qui cette fois durera autant que le soleil, c'est à quoi songent, dans uu délire religieux, quelques enthousiastes solitaires. Et qui oserait les en blâmer? Qui oserait leur envier une si généreuse espérance ? Mais le peuple juif est-il docile à la voix de ces derniers nabis ? Je ne le crois pas. »
Il pourrait paraître inutile de le savoir. Mais les chrétiens ne feraient peut-être pas mal de découvrir la pensée de derrière la tête des Juifs, au sujet de leurs projets de domination universelle. Nous allons en dire un mot.
Le Messie de beaucoup de Juifs modernes serait le Veau d'Or : la royauté financière et la domination universelle. — Les Juifs qui repoussèrent et mirent à mort le Christ Jésus , attendaient un Messie politique qui serait un roi comme les autres rois et qui ferait la conquête du Monde. Nous ne sommes donc pas étonné que la masse de la nation juive attende toujours un Messie exterminateur et spoliateur de tous les peuples au profit des Juifs. De nombreux liens la rattachent à l'école Talmudique qui disait : « Entre le temps présent et les jours du Messie, il n'y aura aucune différence, si ce n'est que les nations païennes seront sous notre joug » (Gfrorer , Das Jahrhundert des Heils, tom. II, p. 219). Beaucoup de Juifs ont, d'ailleurs, été élevés dans cette tradition que le a Roumi » est une proie pour