CHAPITRE IX
la valeur des biens spirituels, est venu précisément apprendre aux hommes, par son exemple, à donner une valeur secondaire aux choses de ce monde, et à s'élever au-dessus de la matière. En refusant d'être un Messie politique, Jésus Christ a voulu condamner l'esprit du monde qui s'était glissé parmi les Juifs sous forme d'attache démesurée aux choses présentes. Le divin Maître n'a pas voulu resserrer son empire dans les limites d'un empire terrestre : le royaume des cieux est surtout un royaume spirituel. Il comprend les hommes qui n'ont pas concentré leur affection sur cette terre ; il exclut ceux dont l'idéal est d'amasser de l'argent et dont toute l'activité se consume dans l'acquisition de la fortune. Pénétrés de cette vérité et renonçant à leurs doctrines terre à terre, les Juifs n'ont ensuite qu'à étudier attentivement la prophétie de Daniel, et ils se trouveront bientôt amenés aux pieds de Jésus-Christ.
La légitimité de cette conclusion a été reconnue non seulement au temps de la vie terrestre du Sauveur et de la prédication des apôtres, mais à toutes les époques. Des Juifs très instruits et des rabbins n'ont pu s'empêcher de lui apporter leur adhésion. C'est ainsi que se conduisirent, dans le moyen âge, Josua Lurki (Hieronymus a. s. Fide). Paul de Burgos (Salomo Levi), qui motivèrent leur conviction à ce sujet dans des écrits très concluants. Nous nous contenterons de citer quelques lignes du rabbin Samuel de Maroc, président d'une synagogue, converti au christianisme en 1085, qui avait exposé, dix ans avant sa conversion, à un rabbin de ses amis, nommé Isaac, la prophétie des soixante-dix semaines et réfuté l'illusion des Juifs qui attendaient encore le Messie. Dans cet ouvrage écrit en arabe et qui a été traduit en latin par Alphonse Bonihominis sous ce titre : De adventu Messiae, quemJudaei temere eœpectant liber (Voy. Migne, série lat., vol. CXLIX, pag. 344), le rabbin Salomo de Fez s'exprime ainsi : Videtur etiam, Domine mi, quod completum est, quod scribit Daniel : « Postquam consummatse fuerunt sexaginta duœ hebdomadœ, occidetur Christus, et tune veniet populus cum principe venturo, et destruet civitatem, et domum comminuet, et condemnabunt eam et auferetur sacrifîcium et consummabitur destructio perpétua, » Et non est dubium, Domine mi, quin destructio desolationis perpétua sit captivitas ista in qua sumus, jam sunt 1,000 anni. Et aperte dicit Deus per prophetam quod erit desolatio perpétua post occisionem Christi sicut est désolatio nostra, postquam Jésus fuit occisus, nec comminatus est Deus nobis perpetuam desolationem, nisi per occisionem Christi. Et si
voluerimus dicere quod ante mortem Jesu fuimus in desolatione, ad hoc respondent nobis Christiani, quod ante mortem illam non fuit desolatio, nisi 70 annis, et post hoc fuimus apud Deum in gratia et honore. Certe, Domine mi, ego non video evasionem contra prophetiam istam, quia de facto isto probatur nobis, quod postquam a resedificatione fuerunt complet» septuaginta duœ (I) hebdomadse super annos qui sunt anni CCCC et XXXIV, tune fuit Jésus occisus a patribus nostris, et postea venit dux, se il.; Titus et populus Romanus, et fecerunt nobiscum secundum prophetiam istam, hodie sunt mille anni et ultra, et nihilominus in ira Dei sumus, et tamen in ipso speramus.
L'étude de la prophétie des soixante-dix semaines a amené aussi beaucoup d'autres Juifs à reconnaître qu'elle s'est accomplie dans la personne de Jésus-Christ. Ainsi, dans une discussion sur ces soixante-dix semaines, Simon Luzzato, rabbin de Venise, ayant été pris pour arbitre entre un Juif converti au christianisme et un Juif relaps, et ayant bien compris la valeur de la prophétie, termina la dispute en disant : « Taisons-nous et fermons les livres, car si nous continuons à scruter cette prophétie, il arrivera facilement que nous deviendrons tous chrétiens. On ne peut, en effet, nier que l'avènement du Messie, n'y soit clairement exposé et que le temps de sa venue ne soit écoulé^ » (Voy. Wolf, Bibliotheca Hebrdica, t. III, p. 4128). Ce rabbin ajouta, il est vrai : « Est-ce de Jésus de Nazareth? ce n'est pas à moi à le dire. » (/6.). Il n'y a cependant qu'à ouvrir les yeux, c'est ce que firent Schemnel Nahmias et son frère Joseph qui, ayant entendu les paroles de Luzzato, firent une étude sérieuse de la prophétie et se convertirent à la foi chrétienne. On doit à Schemuel un livre intitulé : Derek 'amûna (Voie de la foi) à l'usage des Hébreux.
Il est certain que, d'après les révélations prophétiques, et, en particulier d'après les chiffres donnés par Daniel, le Messie est déjà venu. Aussi voyons-nous que beaucoup de Juifs constatent enfin l'accomplissement, dans la personne de Jésus-Christ, de toutes les prophéties concernant le Messie (2). Ils se voient dans
(1) Il y a eu évidemment ici une erreur de copiste : il faut sesea- (jinta duce.
(2) Cette démonstration a été naguère (1887) reconnue vraie par un des Juifs les plus instruits et les plus respectés de la Hongrie, le docteur J. Lichtenstein. qui a rempli pendant trente-huit ans les fonctions de rabbin à Tupiozele. Dans deux traités parfaitement