‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 2 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de mettre en relief l'empire grec et surtout une des formes qu'il devait revêtir. Il était, en effet, d'autant plus nécessaire d'attirer sur l'empire grec l'attention d'Israël, que c'était de cet empire que devait sortir le personnage satanique , l'Anti- Dieu de l'Ancien-Testament. Aussi, voyons-nous que la prophétie du ch. VIII a surtout pour but de signaler cette petite corne du troisième empire. L'ange - Interprête s'attache à rappeler à Daniel que « la vision est pour le temps de la fin » (vss. 4 7 et 19), ou, en d'autres termes, qu'elle a pour but le temps de la fin de toute cette vision. C'est ce temps qui est l'objet principal de la prophétie des deux empires -, c'est Antiochus qui doit attirer les regards et provoquer les craintes de la nation juive; c'est la suppression du sacrifice quotidien et la profanation future de l'autel du Très -Haut qui forment le point central de tout le ch. VIII. Nous avons vu déjà les raisons qui motivent la large place faite à l'empire grec dans le livre de Daniel (p. 720). On ne peut douter que, par dessus tout, le règne d'Antiochus Epiphane n'intéressât Israël à un haut degré, et c'est pourquoi, lorsqu'on connaît la terrible épreuve que le tyran grec devait faire subir à ce peuple, on comprend aisément que deux chapitres de notre livre visent tout particulièrement cet être maudit, chez lequel on verrait se réaliser, si ostensiblement, les traits du génie du mal. Les juifs devaient être livrés à sa fureur pendant un certain temps : il convenait qu'ils entrevissent les heures sombres ; il était bon aussi de leur faire parvenir un rayon de lumière, qui leur permettrait d'en percer l'obscurité et de prévoir la durée et l'issue de la persécution. Les circonstances devaient se faire menaçantes : nn fou furieux, qui fat si justement surnommé Epimane par les païens euxmêmes, envahirait la Judée avec un esprit de blasphème, persécuterait le peuple israëlite avec une cruauté sans exemple, et s'attaquerait à Dieu lui-même, dont il profanerait le sanctuaire en y offrant des sacrifices idolàtriques. Le tyran devait s'élever jusqu'au chef du peuple hébreu. Jéhovah apparaîtrait, dès lors, comme foulé aux pieds ; « la vérité serait renversée sur la terre» (vs. 4 2). C'était un scandale amené par les désordres des Juifs, et il aurait pu se faire que, se voyant comme abandonnés de Dieu, ceux d'entre eux qui lui restaient fidèles se sentissent poussés, eux aussi, vers l'apostasie. D'atroces combats durent, en effet, se livrer dans leur âme torturée. On comprend ainsi pourquoi Dieu voulut, en faisant connaître la tourmente, sa durée et sa fin, prémunir ces justes et les empêcher de se laisser

aller au découragement. C'est une remarque que Calvin exprime en ces termes : « Successus Antiochi potuit pios omnes turbare, ac si tjrannus ille esset Deo superior. Ergo opportuit etiam hoc prsedici, ne quid novum vel inopinatum contingeret fiVlelibus. » A propos de cette guerre déclarée au vrai Dieu et au sujet de la profanation du Temple de Jérusalem, causée par la substitution qui y fut faite de l'idolâtrie au culte de Jéhovah, Auberlen motive aussi très bien, ainsi qu'il suit ^p. 74), la révélation prophétique du ch, VIII : «Ceci était d'autant plus grave qu'il y avait en Israël même un parti grec et penchant au paganisme (1 Macc. I, 12 et suiv. ; 2 Macc. IV, 9 et suiv. ; Comp, X£, 30-32). Le peuple saint, la religion révélée et par conséquent l'existence même d'un règne de Dieu sur la terre étaient menacés par là. Dans tout ce qu'Israël a eu à souffrir des gentils, avant Jésus-Christ, il n'y a rien de comparable aux persécutions d'Antiochus, car les empires dans la dépendance desquels s'était trouvé précédemment le peuple de Dieu ne l'avaient jamais gêné sensiblement dans l'exercice de son culte ; souvent même, comme on le voit par les livres de Daniel, d'Esdras et de Néhémie, ils avaient protégé ce culte et l'avaient honoré. Ainsi, par exemple, Nébucadnezar (Dan. IV, 31-34), Darius le Mède (VI, 27-28), Cjrus (Esdr. I, 2-4), Artaxerxès Longuemain (Esdr. VII, 4 2 et suiv. ; Néh. II, 7-8), enfin, au rapport de Josèphe (Arch. XI, 8), Alexandre le Grand. Il fallait donc, pour que le peuple fût en garde contre les attaques et les séductions d'Antiochus, qu'elles lui eussent été signalées d'avance par des prophéties particulières. Ces avertissements ne furent point inutiles : on le voit par le glorieux soulèvement des Maccabôes qui, dans tout ce qu'il a de pur et de saint, peut être considéré comme un fruit du livre de Daniel. »

Ce devait être, en effet, un moment solennel et terrible, que celui où apparaîtrait le monstrueux personnage de l'empire grec. C'est pourquoi le tyran, qu'il serait difficile de concevoir plus répulsif, plus odieux, plus cruel, est mis sur le premier plan, au centre de la scène. Le reste du chapitre (vss, 1 -8, 20-22) peut être regardé comme un préambule, syant pour but de montrer que la petite corne devait sortir de l'une des quatre cornes de l'empire grec.

Tous les critiques reconnaissent, du reste, que cette prophétie fut réalisée au temps d'Antiochus Epiphane. Les faits concordent : les rationalistes ne trouvent rien à objeter sur cet accord. Ils veulent seulement que ce chapitre, comme tout le

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