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CHAPITRE IX

comme le prétend Hilarianus : Revertuntur igitur populi de Babjlonia, habentes seeura ducem Zorobabel , de quo mentio facta est ab angelo ad Danielem : usqne ad Christum ducem hebdomades sept.em. La raison qu'il donne de cette identification est bien peu concluante : omnis enim rex populi Dei in divina lege christus appellatus est. Il ajoute, il est vrai, que Zorobabel est décrit comme un roi par Zaeharie (IV, 9, 4 0), qui nous apprend que « les mains de Zorobabel ont fondé cette maison » (le temple) et qui représente ce prince ayant « le plomb (de niveau) à la main. » Ce plomb est ainsi interprété par Hilarianus : quod hodie imperatores, in manu dextera, veluti populum ferre videntur. Mais nous avons vu qu'il ne s'agit pas dans le texte d'un oint quelconque , du premier roi qui peut s'offrir à l'esprit (voy. p. 934), et nous savons d'ailleurs que Zorobabel ne vint pas à Jérusalem 49 ans après la « parole pour reconstruire cette ville ». Le même écrivain suppose encore que les soixantedeux semaines ou les 434 ans vont du rétablissement du temple à l'an 141 des Séleucides (171 av. J.-C). D'après la prophétie, il s'agit d'une durée de 434 ans ; or, de l'an 536 à l'an 171 , on n'obtient que 365 ans (différence : 69 ans). Il compte pour la durée du règne des Perses 263 ans (de 538 à 333 ; en trop : 57 ans) , et, pour le règne des Grecs, d'Alexandre à Antiochus Epiphane, 171 ans (il y aurait 162 ans-, par conséquent, 9 ans de plus). Mais l'argument chronologique n'est pas seul contraire à la théorie d'Hilarianus -, il est en désaccord avec les données contenues dans le texte.

Aussi les saints Pères n'ont-ils jamais douté que cette prophétie n'ait le Messie, c'est-à-dire Jésus-Christ, pour objectif. Mais, s'il est certain qu'il y a une tradition catholique, attestant le sens messianique de cette prophétie, il faut néanmoins reconnaître que ces mêmes docteurs sont en désaccord en ce qui touche à l'analyse détaillée qu'ils en ont faite. Le docteur Fraidl , professeur à l'Université de Graz , qui a réuni et commenté les textes des Pères et des commentateurs du moyen-âge, résume, en effet , très bien en ces termes , le résultat de cette étude : « Avec l'accord dans la compréhension des pensées principales (Nebst der Uebereinstimmung in der Aufassung der Hauptgedanken), règne cependant une grande variété dans l'explication des expressions séparées et dans la supputation. (Herrscht aber grosse Mannigfaltigkeit in der Deutung der einzelnen Ausdrûcke, und in der Berechnung). Il faut reconnaître uneexplication traditionnelle de la prophétie des semaines (dans leur pensée

principale) , mais on ne peut parler d'une supputation traditionnelle « des semaines » [Man muss eine traditionnelle Erklarung der Wochenprophetie {in Hauptgedanken derselben) anerkennen, aber man kann von einer ti aditïonnellen Berechnung der Wochen nicht sprechen). Die Exégèse der siebzig Wochen Daniels in der alten und mittleren Zeit, Graz, 1883, p, 154).

Le silence de quelques Pères au sujet de la prophétie des soixante-dix semaines. — On objecte que cette prophétie n'a pas obtenu, dans l'enseignement des Pères, la place à laquelle elle a droit. Elle a été passée sous silence par quelques-uns de ces docteurs qui ont exposé les prophéties messianiques ou discuté avec les Juifs. D'autres Pères n'ont pas reproduit ce passage (IX , 24-27) dans les endroits de leur apologétique, où les prophéties de l'Ancien-Testament ont une grande importance. Ainsi, saint Justin (contre Tryphon), saint Cyprien (Testimonia contra Judœos), Lactance (Instit.). Mais on s'explique très bien que ces apologistes, ayant de nombreux arguments pour établir la divinité de Jésus-Christ, aient négligé celui que nous tirons de la prophétie du ch. IX. Ils ne doutaient pas de la messianité de ce passage ; mais, parce qu'ils ne pénétraient pas bien le sens de certains détails, ils ne se trouvaient pas suffisamment en état de l'exposer, de la discuter et de la défendre. Lorsqu'on songe aux difficultés que devaient leur présenter les traductions grecques dont ils faisaient usage et l'imperfection des connaissances historiques et chronologiques inhérentes aux érudits de leur temps, on s'explique très bien pourquoi quelques Pères n'ont pas insisté sur une prophétie qui est cependant si importante pour la religion chrétienne, et qui fournit un appui solide à la divinité de cette religion. D'un côté , il ne leur était pas possible d'entrer dans une étude approfondie des textes, et de l'autre, ils n'auraient pu montrer, d'après la chronologie , l'accomplissement de cette prophétie. N'oublions pas que la Bible renferme de nombreux trésors et reconnaissons qu'ils n'ont pas tous été découverts dans les premiers siècles. Il ne faut pas supposer que les Pères et les scholastiques aient achevé l'œuvre de l'apologétique et qu'il ne nous aient laissé rien à faire. Eu ce qui concerne la prophétie des soixante-dix semaines, il faut reconnaître qu'elle avait été donnée d'abord en faveur du peuple élu et que c'était à lui de l'expliquer : nous avons vu qu'il avait les moyens de la comprendre de façon à arriver à un résultat certain. Au temps de Notre-Seigneur , les Juifs en avaient retiré une connaissance approximative de l'époque où devait apparaître

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