CHAPITRE IX
le Messie. Dans la suite des temps « et surtout de nos jours, les nécessités de la polémique font un devoir aux théologiens de mieux scruter les textes bibliques et en particulier la prophétie de Daniel. La conversion des Juifs , annoncée par Isaïe et par saint Paul, peut, dans les desseins miséricordieux de la Providence, être préparée par une connaissance plus parfaite de cette prophétie et Dieu peut s'être réservé d'en manifester , de nos jours, plus clairement, le parfait accomplissement. »
Opinions divergentes des Pères au sujet du ternie initial et du ternie final des soixante-dix semaine*. — Quoique ces doctes écrivains aient très bien vu que la prophétie était messianique , il est néanmoins vrai qu'ils ont émis des opinions différentes sur l'époque du commencement et de la fin de ces semaines. N'ayant pas tenu suffisamment compte du texte et portant leur attention sur la reconstruction du temple dont l'Oracle ne dit pas un mot, ils se sont mis dans l'impossibilité de déterminer exactement de quel des décrets des rois de Perse il fallait compter les 490 ans. Il leur était , d'ailleurs , d'autant plus difficile d'interpréter la prophétie, que les traductions grecques en avaient obscurci quelques points. On ne peut donc trouver étonnant qu'ils n'aient pas suivi complètement les indications imposées par le texte et qu'il n'en est point mis la partie chronologique tout à fait à son plan. D'un autre côté, une connaissance exacte de la chronologie n'était pas à la portée de tous ces saints docteurs. Il n'était pas facile, à cette époque, de se débrouiller dans la chronologie des rois de Perse, et de ne pas se trouver arrêté par l'incertitude du calcul des Olympiades. Les Pères savaient, d'une manière générale , que l'objet de cette prophétie est de fixer le temps auquel devait paraître le Messie et que ce temps avait abouti à l'époque ou. parut Jésus-Christ. Ils montraient aux Juifs et aux païens que ce divin Sauveur avait accompli les prophéties -, mais ils ne se sont pas trouvés en état de mettre en évidence la parfaite exactitude chronologique de la prophétie. S'ils se trouvent en défaut à ce sujet, c'est surtout parce qu'ils n'ont pas accordé une attention suffisante a ce qui est dit de « la sortie de la parole » ou du terminus a quo des soixante-dix semaines qui doivent se compter du dabar ou de l'autorisation de rebâtir Jérusalem jusqu'à la mort de Oint-Chef, qui doit être vengée par la ruine de Jérusalem et de son temple. Il nous sera facile de constater que c'est pour ne pas s'être astreints à suivre les indications du texte que les saints docteurs , sortant dès lors du domaine de la réalité, se trouvent en lutte avec elle.
Clément d'Alexandrie fait commencer les soixante-dix semaines à la première année du règne de Cyrus en Perse (que l'on suppose dater de l'an 560); et il les finit à la destruction du Temple par Titus (c'est une durée de 630 ans : il y a donc une erreur de 140 ans). Clément entend du Christ l'expression STtoç àytav du verset 24 et, au fond , il fait finir les soixante-dix semaines à Jésus-Christ. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il se trompe dans les supputations, qu'il s'égare au sujet du décret de Cyrus et en rapportant la première semaine de la prophétie à la construction du Temple. Voici ce qu'il dit à ce sujet : « Que le temple aft été bâti dans sept semaines, c'est une chose évidente, car cela est écrit dans le livre d'Esdras. Ainsi il y a eu à Jérusalem un Christ-Chef des Juifs , après que sept semaines ont été accomplies. Au reste, dans les soixante-deux semaines, toute la Judée fut eu repos et il n'y eut point de guerre , et Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Saint des Saints étant venu , et ayant accompli la Vision et le Prophète , fut oint dans sa chair par l'Esprit de son Père. »
Ainsi, le docte chef de l'école des catéchètes d'Alexandrie fixe la fin des sept premières semaines à la reconstruction du Temple et il se réfère à Esdras, de sorte que le terminus a quo de ces semaines serait le décret de Cyrus (1, Esdr., I, 1) et le terminus ad quem la seconde année de Darius (Esdr., VI). Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que, dans le texte de Daniel, il n'est pas parlé de la reconstruction du Temple. D'un autre côté, la chronologie de Clément donne à Cyrus trente ans de règne, à Cambyse dix-neuf et quarante-six à Darius. A l'égard de ce règne de Cyrus, on comprend qu'il s'agit évidemment du règne de ce prince en Perse (cfr. Petav, De Doctr. Temp., t. II, lib. XII, cap. XXXj. Mais, dans ce cas, le docteur d'Alexandrie se trompe, en supposant que la première année de ce règne concorde avec celle qu'Esdras mentionne comme étant celle où Cyrus donna l'édit relatif à la reconstruction du Temple. En somme, de cette année (537) à la seconde de Darius (519), il n'y eut que dix-huit ans. D'après Clément, il y aurait eu quarante-neuf ans entre ces deux dates. Il est vrai que beaucoup d'anciens chronologistes ont souvent confondu ce qu'ils appellent la première année du règne de Cyrus en Perse (c'est-à-dire, d'après eux, en 560) avec la première année du règne de Cyrus h Babylone (en 537) : ils comptent ainsi du retour des Juifs (première année de Cyrus) à la dédicace du Temple, dans la sixième année de Darius, quarantesix ou quarante-cinq ans. Mais on comprend qu'il n'est pas poi-