CHAPITRE IX
ab Adam usque ad septuaginta annos qui fuerunt post dispensationem Christi {Ibid.). Il admettait donc que les quatre mille neuf cents ans vont d'Adam à la naissance de Jésus-Christ. A la fin des soixante-neuf semaines ou quatre mille huit cent trente années après Adam, « le Christ-Prince » ou Jc^sus-Christ a construit, au sens spirituel, « la rue et le mur, » et les temps du peuple juif vont à leur fin (xsvcoOrfcovTat 01 xaipoi). La demi-semaine comprend les trente-cinq ans qui se sont écoulés depuis le ministère de Jésus jusqu'à la destruction de Jérusalem. Alors fut enlevée l'Onction qui était dans le Temple. Il y a là, évidemment, une chronologie que cet homme, si érudit, mais trop souvent entraîné par son imagination, aurait eu de la peine à établir. Il n'aurait certainement rien trouvé dans le texte qui l'autorisât à reporter le commencement des soixante-dix semaines à la création d'Adam.
Jules Africain, qui vivait vers l'an 230, est le premier qui, dans sa Chronographie — ouvrage dans lequel était comprise l'histoire depuis la création jusqu'à l'an 22i — a ouvert la voie aux interprètes qui voulaient se rendre sérieusement compte de la prophétie de Daniel. Il a compris qu'il fallait faire commencer les semaines à partir d'un décret autorisant la reconstruction — non pas du Temple — mais de la ville de Jérusalem : il remarque très bien que l'Ange indique comme point de départ « une parole pour rebâtir Jérusalem. » Il trouve ensuite que cette autorisation fût donnée dans la vingtième année d'Artaxerxès, roi de Perse. Toutefois, il se trompe lorsqu'il dit que « jusqu'alors la ville était restée déserte (u-iypi piv yàp im'vou xou yp6vou Vj rjoXiç Ipy^- [juoto), et il suppose que la réédification de la ville avait été défendue à Esdras. Mieux étudié, le livre de cet illustre Scribe nous a montré, au contraire, qu'il avait été autorisé à reconstruire la capitale juive (voj. p. 1060 et ss.). Africain fut sans doute séduit par l'expression « aller rebâtir les murs de Jérusalem, » employée par Néhémie et il n'examina pas assez le décret donné à Esdras.
Ayant fixé le commencement des soixante-dix semaines à la vingtième année d'Artaxerxès Longuemain, — Jules Africain les termine à la mort de Jésus-Christ qu'il fixe à la seizième année de Tibère (an. 28 de notre ère, après un an seulement de ministère). Il dit que de la vingtième année d'Artaxerxès, qui est la quatrième de la quatre-vingt-troisième olympiade jusqu'à la seconde année de la deux cent deuxième olympiade, la seizième du règne de Tibère, il y a quatre cent soixante-quinze ans, c'est-à-dire
quatre cent quatre-vingt-dix années juives lunaires. Il a cru pouvoir obtenir l'accord de la prophétie et de la chronologie en supposant que l'Ange a en vue des années lunaires. Pour donner une base à cette interprétation, ce savant historien et ehronologiste prend comme prouvé que les Juifs comptaient les années d'après le cours de la lune, de sorte que leur année comprenait trois cent cinquante-quatre jours, lorsque le cours du soleil comprend trois cent soixante-cinq jours et un quart de jour. Ainsi les années lunaires sont surpassées par les années solaires de onze jours et quart. C'est pourquoi les Grecs et les Juifs ajoutent trois mois à chaque huitième année. Quatre cent soixantequinze ans offrent donc cinquante-neuf huitaines d'années et trois mois. Or, en intercalant trois mois à chaque huitième d'année, on obtient quinze années, à peu de jours près. Et si on les ajoute aux quatre cent soixante-quinze, on obtient les soixantedix semaines. Nous avons déjà vu que les années lunaires n'étaient pas en usage chez les Juifs (p. 1087), et que le décret yisé par l'Ange Gabriel ne date pas de la vingtième année du règne d'Artaxerxès I" (p. 1073). Le système ne s'éloigne pas beaucoup de la vérité, et il est facilement réformable. Les treize ans qui lui manquent se retrouvent aisément en remontant au décret d'Artaxerxès donné dans la septième année de son
règne. .
Le sentiment de Jules Africain est adopté par saint Jean Uirysostome, Isidore de Péluse, le vénérable Bède et un grand nombre de commentateurs modernes.
Saint Hippolyte, qui applique très justement la prophétie au Sauveur, a eu cependant le tort de faire aussi commencer les sept semaines avant la fin de la Captivité : il compte les soixante-dix semaines à partir de la cinquantième année avant la fin de l'exil , et de la sorte les sept premières semaines se seraient écoulées avant le retour du peuple en Palestine. Il suppose que ces 49 ans partent de la première année de Cyrus comme roi de Perse (voy. saint Jérôme , in loc.) et que les sept premières semaines finissent avec les soixante-dix ans de la captivité. Il prend Josué, fils de Josédec, le grand prêtre qui vint à Jérusalem, pour le « Christ-Chef, et il suppose qu'il était appelé ypiat6; parce qu'il était « oint d'huile » et parce qu'il était le type du parfait grand prêtre et roi Jésus-Christ. Mais nous avons vu que le fils de Josédec, pas plus que les autres grands prêtres depuis la Captivité, n'a été oint et qu'il n'a jamais été appelé « Christ. » Ce grand-prêtre reprit les fonctions sacerdo-