‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 204 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

taies après les soixante dix ans de suppression du culte prédits par Jérémie. Mais cette époque, la sixième année du règne de Darius, n'est pas le terminus ad quem des sept premières semaines qui n'étaient pas encore commencées. Hippoplyte applique néanmoins le reste de la prophétie à l'avènement du Christ, qui est la Justice éternelle , le Saint des Saints , qui efface les péchés, accomplit les prophéties et reçoit l'onction divine. Toutefois, le saint docteur ne développe pas les données du texte d'une façon exacte. Il compte les soixante-deux semaines (= 434 ans) du retour de l'exil (536 av. J.-C.) jusqu'à la naissance de Jésus- Christ. Saint Jérôme a montré que ce calcul est inexact. En effet, il y a une erreur de quatre-vingt-dix-huit ans : le retour de la Captivité date de l'an 336 avant l'ère chrétienne ; et de cette époque à l'année de la naissance de. Jésus-Christ il y a 532 ans. Enfin, Hippolyte étend la dernière semaine jusqu'à la fin du monde : la première moitié sera le temps d'Elie et d'Hénoch ; la seconde moitié sera le temps de l'Antéchrist. On voit aisément les défauts de cette interprétation. Saint Hippolyte prend un point de départ qui n'est pas légitimé par le texte : la vingt et-unième année de la Captivité qui serait la première de Darius le Mède et qui, en réalité , est la vingt-quatrième de Nabuchodonosor. Il sépare ensuite, arbitrairement et contrairement au texte, les soixante-neuf semaines de la soixante-dixième, et il met un trop grand intervalle entre la fin de la prophétie et les temps qui précèdent.

Eusèbe de Césarée atteste aussi la messianité de cette prophétie ; il pense que l'abolition du péché dont il est parlé au verset 24, a eu lieu par le sacrifice et par la mort de Jésus-Christ -, la « Justice éternelle , » mentionnée dans ce verset, est « Celui qui est le Verbe de Dieu -, » et il cite saint Paul (I Cor., 1,30): « C'est par lui que vous êtes ce que vous êtes en Jésus Christ, qui nous a été donné de Dieu, pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption. » Il tient également que Jésus-Christ est le ayiov àytav ou le Saint des Saints. Mais, dans ses supputations, Eusèbe., quoique très versé dansla chronologie, s'est égaré, parce qu'il n'a pas tenu ses regards fixés sur le fait initial d'où part la prophétie (une parole relative à la reconstruction de la ville) et parce qu'il a pris pour base une interprétation imaginaire, d'après laquelle le y^ptatbç r]you[j.evoç ou le Christ- Chef du verset 25 n'est pas Jésus-Christ, mais la succession des grands prêtres depuis la fin de l'exil babylonien jusqu'à l'avènement du Messie.

Ainsi il a trop cédé à des préoccupations qui ne sont pas fondées sur le texte : la reconstruction du temple et l'extinction des grands prêtres supposés oints et légitimes. Il fallait reconnaître tout d'abord qu'il est question dans le texte du rétablissement de la ville de Jérusalem, et que, dès lors, toute date qui ne commence pas à une autorisation ajant pour objet ce rétablissement est inadmissible, quelque convenance qu'elle eût d'ailleurs avec la suite des faits. D'un autre côté, il fallait concentrer l'attention sur la grande figure qui est mise en relief dans la prophétie , et comprendre par là-même et par l'analyse du texte que

I/expression « Christ-Chef » ne saurait désigner la succession des grands prêtres légitimes des Juifs. — Trompé par les versions grecques qui portent XP^(J-0C (onction — l'abstrait pour le concret) au lieu de x.PtaT<^ j Eusèbe a supposé que par « l'onction, » il fallait entendre la succession des pontifes de l'ancienne loi et qu'il s'agit, 'au verset 26, de l'extermination du dernier successeur légitime d'Aaron. Ainsi le célèbre historien commence par regarder comme certain que, par « le Christ- Chef, » il faut entendre « les pontifes juifs qui gouvernèrent le peuple de Dieu depuis l'époque de la prophétie de Daniel et après le retour de la Captivité de Babylone. » Pour motiver cett3 opinion , il se fonde d'abord sur ce que , d'après lui, depuis le retour, les grands prêtres furent aussi et tout à la fois les souverains des Juifs. Il trouve que « christ, » mentionné par Daniel, prit fin au temps d'Hérode, parce que jusqu'alors christs, c'està-dire prêtres, étaient rois des Juifs et qu'ils avaient commencé à régner en la soixante-cinquième Olympiade ou depuis la restauration du temple sous Darius jusqu'à Hyrcan. Il dit encore : « Christs , c'est-à-dire prêtres, consacrés par l'onction , régnèrent jusqu'à Hyrcan. »

Mais Eusèbe aurait pu voir aisément que cette preuve n'était pas sérieuse. Cette royauté des grands prêtres n'existait pas au temps de Josué et de Zorobabel. Les successeurs de Josué ne furent ni rois ni chefs du peuple. Tls ne l'étaient pas non plus au temps d'Esdras et de Néhémie. Dans la suite, les grands prêtres obtinrent une situation prépondérante dans la direction du gouvernement, mais ils ne devinrent princes ou rois que l'an 153 avant J.-C, lorsque Alexandre Balas , fils naturel ou supposé d'Antiochus Epiphane , établit Jonathas grand prêtre des Juifs et lui envoya une robe de pourpre et une couronne d'or (1 Matth., X, 20). Plus tard (l'an 140) « les Juifs et les prêtres » consentirent à reconnaître son frère Simon comme « leur nassi

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