CHAPITRE LX
byse 9 et, avec les 6 de Darius, il n'y a que 45 ans, qu'il essaie de compléter en s'appuyant sur un texte de Josèphe qui ne se rapporte pas à cette époque. Ce savant historien termine ensuite (Démonstr. Evang., VII, 2, 55) les soixante-deux semaines à la mort d'Alexandre Jannée, grand-prêtre et roi des Juifs, qu'il regarde, comme le yjsiaxov fiyoû^svov (Christ-Chef) et à l'invasion de Pompée (64 av. J.-C ), c'est-à-dire de 536 à 64 av. J.-C. Mais de l'an 536 à la prise de Jérusalem par le général romain, il n'y a que 473 ans au lieu de 483 ans. Ce serait une erreur de dix ans. Mais Eusèbe ne tient pas compte du texte qui fixe le point de départ à un édit qui doit autoriser la reconstruction, non du temple, mais de la ville de Jérusalem. Puis, il se trompe en supposant que la grande prêtrise légitime finit « au principat d'Alexandre Jannée ». Il se contredit du reste lui-même à ce sujet, car, après avoir donné cet Alexandre comme le dernier pontife légitime des Juifs et en reconnaissant ensuite que ce fut Hyrcan, il se voit obligé de changer le point de départ de son système.
2° Dans ses Chroniques , le même historien part donc de la seconde année du règne de Darius d Hystaspe (Olymp., 66, I, 520 av. J.-C), qu'il suppose être l'année de l'achèvement du temple, à cause d'un texte mal compris de Zacharie (ch. I, 7. — Voy. YIntrod., p. 346), et il donne aux soixante-neuf semaines, pour terminus ad quem, la 186e Olympiade, le règne d'Auguste et d'Hérode sous lesquels naquit le Christ. C'est l'opinion qu'Eusèbe paraît regarder comme la meilleure. Il fait commencer les semaines la seconde année de Darius (en réalité la sixième) , et il les fait aboutir à la quinzième d'Auguste, lorsqu'après la bataille d'Actium, ce Romain devint le maître du monde. Vers ce temps (l'an 31 av. J.-C), Hyrcan , souverain pontife et le dernier de ceux qui portèrent légitimement ce titre, fut tué par Hérode. Mais Hyrcan , qui n'était plus grand-prêtre depuis longtemps, avait eu pour successeurs légitimes Antigone et Aristobule. En tout cas , s'il est vrai que ces trois personnages furent les derniers pontifes Asmonéens, il n'est pas exact de dire que ce furent les derniers pontifes légitimes des Juifs. Tous ces grandsprêtres étaient aussi légitimes les uns que les autres. Hyrcan II n'était pas, au fond , plus légitime que Caïphe. Eusèbe n'est donc pas fondé à dire que cet Hyrcan est le dernier « Oint » du Seigneur ou le dernier grand-prêtre légitime des Juifs. A proprement parler, ce fut Aristobule qui fut le dernier grand-prêtre de la race des Machabées. Mais, après eux, les Juifs continué-
rent à avoir des grands prêtres qui furent aussi légitimes que les Asmonéens. Et Josèphe , interprétant justement « l'Oint- Prince » du verset 25 de l'Oint du verset 26 , aurait pu , tout aussi bien, ou plutôt tout aussi mal , supposer qu'il s'agit du grand prêtre Ananus, qui fut tué par les Iduméens {Bell. Jud., IV, V, !). Ce meurtre, qui eut lieu l'an 67 , à l'époque du dernier siège de Jérusalem, pourrait plus aisément passer pour celui du dernier oint. Du reste, on a pu voir qu'Eusèbe se contredit, car il reconnaît que les soixante-neuf semaines finissent à la naissance du Sauveur. Ainsi, quoique le calcul fut assez juste depuis la deuxième année de Darius jusqu'à la mort d'Hjrcan, en 31 av. J.-C. (519-31 = 4881, il ne l'est pas depuis cette même année de Darius jusqu'à la naissance de Jésus-Christ, qui n'eut lieu qu'après une période de 516 ans. D'ailleurs, Eusèbe n'explique pas comment il rend Compte de ce qui est dit touchant les sept premières semaines. Elle=; ne commencent ni au décret relatif à la reprise de la reconstruction du temple ni à la dédicace de ce sanctuaire.
L'erreur fondamentale de l'interprétation qu'Eusèbe donne de la prophétie des soixante-dix semaines au point de son accomplissement chronologique, l'a conduit encore à séparer, dans les deux opinions que nous venons d'exposer, les soixante-neuf semaines de la dernière. Il y a, en effet, un surplus de quelques années entre la mort d'Hjrcan et l'avènement du Messie. Quant à la dernière semaine, ce savant historien a émis deux opinions. Il en donne d'abord la moitié au ministère évnngélique de Jésus- Christ, et l'autre moitié à la prédication des apôtres. Mais ailleurs [Eclogae proph.), il donne à cette dernière semaine une durée de soixante-dix ans, qui commencerait à l'ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ (l'an 30) et finirait au règne de Trajan, à la mort de l'apôtre saint Jean (de 98 à 117). Le milieu de la semaine serait la destruction de Jérusalem par Titus, mais rien n'autorise à faire cette semaine plus longue que celles qui la précèdent.
Théodoret déclare que le péché (vs. 24) a été détruit psr Jésus-Christ, qui est la Justice éternelle, et que le Saint des Saints est Jésus de Nazareth, Notre-Seigneur. Il reconnaît que le Messie du verset 26 est encore Jésus-Christ, et il applique aussi le verset 27 au Sauveur qui a institué la nouvelle alliance et le sacrifice qui remplace ceux de l'ancienne loi. Mais il interprète le verset 26 de façon à y trouver que, après soixante-deux semaines, l'onction, le pontificat légitime sera enlevé. L'auto-