CHAPITRE IX
rite d'Eusèbe a entraîné Théodoret dans ce système que rien ne justifie. Il suppose donc que, d'après le texte, l'onction, c'est-àdire le pontificat juif, sera supprimé; il croit que, à l'époque indiquée, les princes des prêtres étaient oints contrairement à la loi et que, dès lors, « le jugement n'était pas en eux ». De sorte que ce serait comme s'il j avait: quoiqu'ils fussent oints, cependant, ils n'étaient pas oints conformément à la loi. Mais ils n'étaient pas oints du tout. D'ailleurs, la traduction exterminabitur unctio est inexacte, à moins de supposer que l'abstrait est mis ici pour le concret par excellence ou pour le Christ, comme « la justice » pour « le juste », etc. La vraie leçon et le vrai sens est : « le Christ sera mis à mort ».
Pour la division des semaines, Théodoret part de l'an 15 de Tibère, c'est-à dire de l'année 26 où Jésus-Christ apparut près du Jourdain et fut baptisé; et, remontant en arrière, il arrive, comme Jules Africain, à la vingtième année d'Artaxerxès : il obtient ainsi quatre cent soixante-neuf années hébraïques qui font quatre cent quatre-vingt-trois ans ou 7 -f 62 semaines. Il prend les soixante-deux semaines jusqu'à Hjrcan, sous lequel le légitime souverain pontificat (xpfef**) fut supprimé. Les sept autres semaines commenceraient à la mort d'Hjrcan et finiraient au temps ou Jésus-Christ vint sur les bords du Jourdain. Cette interversion des semaines n'est certainement pas conforme au texte, qui d'ailleurs n'a nullement en vue Hjrcan, et qui, donnant pour point de départ des soixante-dix semaines la parole qui a autorisé la réédification de Jérusalem, nous reporte à la septième année du règne d'Artaxerxès.
Saint Cyrille de Jérusalem suit la seconde opinion d'Eusèbe : ilprend pour point de départ (Catech., XII, 19), la seconde année de Darius, fils d'Hjstaspe (Esdr., VI, 1-12), en 520, et il les fait finira Hjrcan. Il suppose que ce décret, qui se rapporte seulement au Temple, est un décret pour rebâtir Jérusalem. Toutefois, il ne compte pas les semaines à partir de cet édit, mais à partir de l'achèvement de la construction du Temple, c'est-àdire de la sixième de Darius, qu'il confond avec Darius le Mède, et qui, d'après lui, commença à régner dans la première année de la soixante-sixième olympiade (en 516), et il dit que la ville de Jérusalem fut rebâtie la sixième année du règne de ce roi. Cjrille place ensuite la fin des semaines à la première année de la cent quatre-vingt-sixième oljmpiade (de l'an 35 à l'an 32 avant l'ère chrétienne) et il compte ainsi, depuis le commencement de son Darius jusqu'à la naissance du Sau-
veur, quatre cent quatre-vingt-trois ans ou soixante-neuf semaines d'années. Il trouve que de la soixante-sixième olympiade à la cent quatre-vingt-sixième, il y a cent vingt olympiades qui font quatre cent quatre-vingt-trois ans. On voit assez que saint Cyrille s'en rapporte à l'interprétation d'Eusèbe.
Saint Prosper d'Aquitaine reproduit textuellement l'interprétation d'Eusèbe : il compte soixante-neuf semaines de la construction du Temple sous Darius jusqu'à Hyrcan.
Saint Basile de Séleucie fait partir les soixante-neuf semaines du décret de Cyrus qui, « dans la première année de son règne délivra les Juifs de la captivité et leur ordonna de rebâtir Jérusalem ». De ce moment à la mort de Cyrus, il compte trente ans [et remonte par conséquent bien au-delà de la date fixée) ; donnant ensuite six ans à Cambyse, un an au Mage, et faisant reprendre les travaux de la reconstruction du Temple la seconde année de Darius, il pense que cette réédification fut terminée dans la neuvième année du règne de ce prince. C'est une durée de quarante-six ans. Puis, saint Basile admet que Néhémie acheva la reconstruction des murs cent ans après l'an 1er de Cyrus, dans la vingt-huitième année de Xerxès {Orat., XXXVIII). Il a confondu Xerxès avec Artaxerxès Longuemain, parce qu'il a suivi Josèphe qui les identifie {Antiqq., liv. XI, V, 7, S). Les soixante-neuf semaines sont obtenues par le procédé suivant : Saint Basile compte jusqu'à la fin du règne des Perses, cent trente-sU ans; de là jusqu'à Auguste, c'est-à-dire jusqu'à la mort de Cléopâtre, deux cent quatre-vingt-sept ans; il ajoute ensuite à ce nombre quarante trois ans du règne d'Auguste et dix-huit ans de Tibère jusqu'à l'ascension, et il obtient quatre cent quatre-vingt-quatre ans, ou comme il dit quatre cent quatre-vingt-trois ans : soixante-neuf semaines d'années. Mais il ne prend pas pour point de départ « la parole pour rebâtir Jérusalem ». Enfin, la dernière semaine est comptée depuis la résurrection du Sauveur jusqu'à la troisième année de Caius, la quarantième de notre ère, époque ou Paul et Barnabe dirent aux Juifs : « Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous nous en allons présentement vers les gentils ». Act. XIII, 46.
Apollinaire de Laodicée base une nouvelle théorie sur l'opinion d'après laquelle la dernière semaine tombe à la fin des temps ; et, pour ne pas séparer la soixante-dixième semaine des soixanteneuf autres, il prend pour terminus aquo la naissance du Christ