CHAPITRE IX
les soixante-dix semaines, les premières années de la prédication de l'Evangile par les apôtres : Eusêbe, Polyehronius, Théodoret, Albert le Grand, Nicolas de Lyre, Denis le chartreux, Petau, Bengel, Selon d'autres interprètes, les soixante-dix semaines aboutiraient à la destruction de Jérusalem par les Romains : Clément d'Alexandrie, Origône (qui les étend encore 35 ans après cette destruction), Isidore de Péluse, Petrus Alphonsi (juif du xnc siècle, converti à la foi chrétienne). Il en est enfin, qui prolongent les semaines jusqu'à la destruction de l'Antéchrist et la fin du monde : saint Hippolyte, Apollinaire de Laodicée, Bruno d'Asti.
Terminons cette revue par une remarque importante, savoir : qu'un moment d'examen réduit ces divergences à leur juste valeur : aucune ne touche à la question de principe. Tous les Pères — le seul Hilarianus excepté, — ont soutenu qu'il s'agit du Messie attendu par les Juifs, de son avènement, de sa mort et de la ruine de Jérusalem qui en a été la suite. Cette diversité de sentiments sur le commencement des 490 ans ne louche donc pas au point capital. L'essentiel demeure inébranlable, savoir : que l'Ange prédit à Daniel le temps auquel le Christ attendu viendrait au monde, et que le Christ y est venu dans le siècle prédit par l'Ange. Quel que soit le point de départ que les Juifs voudront adopter, la conclusion que nous tirons contre eux n'en reçoit aucune atteinte. Car quelle que soit l'époque (l'année de la prophétie de Jérémie, de la destruction du temple, des décrets de Cyrus, de Darius ou d'Artaxerxès), qu'ils choisiront pour fondement du calcul des 490 ans de l'oracle de Daniel, il sera toujours vrai de dire que le temps, au bout duquel devait avoir lieu la venue du Messie promis, est expiré depuis bien des siècles. D'où il suit que, si ce temps est expiré, le Messie doit avoir paru. Nous avons d'ailleurs prouvé que la prophétie s'est vérifiée à la lettre dans la personne de Jésus-Christ et que les dates exprimées dans les versets 25 et 26, ont un caractère strictement chronologique et mathématique.
Transpositions aiui-messianiques et sophistications c\égétiques imaginées par les rationalistes au sujet de la prophétie des soixante-dix semaines. — D'après l'étude que nous avons faite du texte de Daniel, nous avons pu conclure avec une entière certitude que le principal objet de la prophétie des soixante-dix semaines, est le Messie attendu des Juifs et dont le rejet et le retranchement devaient être suivis de la ruine de Jérusalem et de son temple. Jésus est le terme et l'objet de cette
prophétie : cette thèse est prouvée. Or, lorsqu'une thèse est établie et démontrée par des arguments irrécusables, il est impossible aux défenseurs de la proposition contraire d'appuyer leur doctrine sur de bonnes raisons. Après avoir démontré la messia nité de la prophétie du chapitre IX, et son accomplissement dans la personne de Jésus-Christ et au temps marqué par l'Oracle divin, c'est-à-dire au commencement de notre ère, nous avons donc par là même enlevé aux tenants des opinions contraires tout moyen d'établir sérieusement los assertions qu'ils opposent à notre thèse. Nous avons, d'ailleurs, chemin faisant, fait connaître et démoli tous les trucages , au moyen desquels les pseudo-critiques ont voulu faire aboutir les semaines prophétiques au temps d'Antiochus Epiphane -, nous avons déjà enlevé à ces avocats d'une mauvaise cause la ressource de présenter des motifs plus ou moins spécieux, mais faux ou mal appliqués, pour construire des systèmes qui puissent raisonnablement donner le change à l'opinion des lecteurs honnêtes et sérieux. Acculés à la nécessité d'admettre une intervention surnaturelle au sujet de cette prophétie, les soi-disant libres penseurs ont cherché, il est vrai, à opérer ce qu'on appelle une diversion, et ils ont dirigé contre cette révélation surnaturelle les attaques les plus astucieuses. Mais nous les avons ramenés sur le véritable terrain, nous les avons empêchés d'équivoquer sur le texte, et nous avons ainsi relevé et réfuté toutes leurs insinuations, tous leurs arguments. Si nous y revenons, c'est pour mettre encore plus en évidence les rêveries exégétiques, les défaillances, les déviations, les jongleries, les explications bizarres que nous offre la critique rationaliste ; c'est, enfin, pour résumer ainsi et mieux constater la légèreté , la prévention , l'ignorance et l'énorme dose de fantaisie ou d'arbitraire qui s'y trahissent.
Les attaques de Porphyre contre le livre de Daniel et sans doute aussi en particulier contre la prophétie du chap. IX, ne furent qu'une protestation épisodique : elles restèrent isolées." Depuis cette époque l'interprétation qui veut faire aboutir cette prophétie au temps des Machabées n'avait été suivie que par Julius Hilarianus (voy. p. 1223). Mais au xvne siècle l'anglais Marsham la mit à la mode parmi les prétendus libres penseurs; et depuis le commencement de notre xixe siècle, de nombreux écrivains ont prétendu que l'horizon prophétique du chap. IX (24-27) se terminant à Antiochus Epiphane, n'embrasse dès lors, nullement l'activité terrestre de Jésus-Christ et la destruction de Jérusalem par les Romains, C'est l'opinion adoptée par