CHAPITRE IX
Bertholdt, Eichhorn, Maurer, Lengerke, Hitzig, Ewald, Stuart ; les moyenneurs ou intermédiaires et moins radicaux, Bleek, Wieseler, et d'autres critiques : Lûcke, Hilgenfeld, Kranichfeld. Le même sentiment a été soutenu plus récemment par Kuenen, Michel Nicolas, Maurice Vernes, Reuss , Davidson, Williams, Philip Desprez. Cette mésinterprétation du texte est reproduite en ces termes par un rationaliste français : « L'ange, ou plutôt l'auteur du livre, profite de l'occasion pour parler, sous forme prophétique, des graves événements qui viennent de se passer en Judée et en Syrie ; savoir: du meurtre du grand prêtre Onias III ; de l'éclatante vengeance qu'en a tirée Antiochus Epiphane, de la persécution que ce monarque vindicatif a exercée pendant plusieurs années contre les Juifs; de la destruction du sanctuaire et du culte de Jéhovah; de leur rétablissement par Judas Maccabée ; de la mort d'Antiochus, et de l'alliance conclue entre les Juifs et les Romains ». (Carre, L'Ancien Orient, etc.) (1).
Nous avons déjà discuté tous les éléments de cette théorie : nos lecteurs savent ce qu'ils doivent en penser. Pour les ratio» nalistes, tout se réduit à prendre un point de départ contraire à celui qui est indiqué par le texte (prophétie sans date de Jérémie , destruction de Jérusalem, etc., voy. pp. 925, 930-933) , à donner une importance ridicule à un accent rabbinique (voy. p. 942-962), et à s'autoriser de cette falsification inepte du texte pour imaginer deux Messies (Voy. p. 944-968) ; à introduire, au bout de 49 ans, un Christ-Chef : Cyrus (Marsham, Bertholdt, Rosenmùller, Bleek, Hitzig, Lengerke, Ewaldj, Judas Machabée (Collins), Zorobabel (Eckermann), Nabuchodonosor (Eichhorn), Sédécias (Paulus), Onias (Wieseler), Josué et Zorobabel, après Cyrus ou la grande prêtrise (Marsham, Herzfeld) , et enfin à faire aboutir la prophétie à un terminus ad quem de fantaisie (Alexandre, Seleucus IV, Onias III, le sacerdoce juif en général). En exposant le texte, nous avons fait connaître et nous en avons réfuté cette exégèse rationaliste de ce passage. Mais, pour compléter notre travail et mieux montrer le défaut de la cuirasse des systèmes qu'on nous oppose, nous allons exposer en détail les interprétations de la prétendue Critique : nous ver-
(1) Les traductions rationalistes du verset 25 données par Cahen, Kuenen et Reuss se trouvent à la page 944, et la traduction des versets 24-27, par Second est citée à la page 962.
rons aisément que toutes ces théories sont bien fragiles et tombent en ruine au premier choc.
Roman rationaliste de Marsham. — Ce chevalier anglais fut le premier qui imagina un système pour faire aboutir les soixante-dix semaines à l'année de la mort d'Antiochus Epiphane , en 164 [Chronicus Canon, aegyptiacus, ebraicus). Nous entrons dans quelques développements, car, quoiqu'il puisse être regardé comme une curiosité archéologique, ce roman offre toutefois les principaux sophismes sur lesquels s'appuient les critiques rationalistes plus récents. D'après ce système, les paroles de l'Ange ne marquent que ce qui devait se passer chez les Juifs depuis la vingt et unième année de la Captivité de Babylone, jusqu'à la profanation du temple sous Antiochus Epit)hane.
Pour le prouver, Marsham suppose d'abord que les paroles de l'Ange furent prononcées vingt et un ans après le commencement de cette captivité. Il croit établir cette hypothèse en disant que l'Ange apparut après une prière et un jeûne du prophète. Or, il se trouve que , après avoir jeûné et prié (ch. IX, 3-4), Daniel eut une vision, racontée dans ce même chapitre, et que, après avoir « prié et avoir été dans le deuil pendant trois semaines de jours » (ch. X , 3) , il eut une autre vision. Marsham n'hésite pas à identifier ces deux époques déjeune et de prière.
Puis, après avoir dit que peut-être on peut entendre ici parle mot jour une année (Neque aliter forsan intelligendi aies XXI. Nam dies pro anno sumi potest juxta loquendi morem atque Hebdomarum harum analogiam. — Ibid., p. 5^0), il transforme hardiment ces trois semaines de jours de jeûne et de pénitence en semaines d'années ou en vingt et un ans, et il suppose que la prière du chap. IX dura aussi vingt et un ans. Mais on peut voir de suite que le fondement des calculs de l'auteur anglais est entièrement en l'air. Marsham ne prouve que les trois semaines du jeûne de Daniel sont des semaines d'années, qu'en disant que, « d'après l'usage et l'analogie de ces semaines, » le mot «jour » peut se prendre pour a année ». Mais ce n'est pas en vain que le texte porte expressément qu'il s'agit de « semaines de jours » (X, 2) : il en résulte, en effet, clairement que le prophète emploie cette expression pour qu'on ne confonde pas ces trois semaines avec les semaines du chap. IX, qui sont des semaines d'années. Daniel distingue ainsi ces semaines de tristesse et de deuil de celles dont il venait de parler dans le chapitre précédent. C'est donc d'une façon arbitraire que Marsham transforme ici les «jours » en « années ». D'ailleurs, ce jeûne