‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 211 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de Daniel eut lieu « dans la troisième année du règne de Cyrus. » Or, il n'est pas possible de jeûner ou d'être dans le deuil vingt et un ans dans une année. De plus, ce temps de pénitence de Daniel est daté de la troisième année du règne de Cjrus à Babylone. Dès lors, cette vision n'aurait pas eu lieu la vingtunième année de la Captivité, mais la cinquante-unième, selon la chronologie de Marsham ou plutôt la soixante-treizième selon l'histoire et la chronologie juive et profane : elle est postérieure à la délivrance de la Captivité.

L'écrivain anglais a aussi le tort de supposer que le deuil, que Daniel raconte au chap. IX, est le même que celui dont il parle au chap. X. Ce dernier temps de pénitence de trois semaines de jours est suivi d'une vision toute différente de celle qui est racontée au chap. IX. Ces trois semaines de deuil ne regardent pas la prophétie des soixante-dix semaines. Le chevalier anglais reconnaît lui-même qu'elles sont liées au récit d'une autre vision. Mais Marsham succombe ici à la tentation de rapprochements superficiels et d'assimilations hasardées, parce qu'il lui faut que ce jeûné ait commencé l'année où, d*après lui, la captivité a commencé, c'est à-dire à la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor. De la sorte, les sept premières semaines commençaient 21 ans avant l'année en laquelle l'ange Gabriel annonça au prophète l'Oracle des soixante-dix semaines. L'écrivain anglais suppose ainsi que la première année de Darius le Mède tombe dans la vingt-unième année après la destruction du temple sous Sédécias, année qui serait la vingt-unième de l'exil. Il y a là deux erreurs.

D'abord Marsham confond, sans aucune preuve et contrairement aux données de l'histoire, Darius le Mède avec Cyaxare, roi des Mèdes, qu'il transforme en Darius, et qu'il s'imagine avoir été mentionné par Eschyle. Pour faire ce rapprochement, il lui suffit d'avoir trouvé le mot Mède dans Daniel (IX, 1) et dans le passage du poète grec (Mrjoo; yàp rjv ô rcpGrro;...) que nous avons rapporté (Introd., p. 467). Ainsi le roi qui contribua à la destruction de Ninive, en 625, serait le Darius sous lequel Daniel reçut la révélation do Gabriel. Comme Cyaxare était déjà roi avant la conquête de la capitale assyrienne, il s'ensuivrait que le prophète aurait eu sa vision avant de naître. Ce n'est pas tout. Pour mettre ce Cyaxare-Darius le Mède en rapport, dans la première année de son règne, avec Daniel, Marsham fait faire à ce roi la conquête de Suse, et il ne trouva aucune difficulté à mettre Daniel, à cette époque, dans cette ville. Rien n'est

plus facile, et quand on fait du roman, on n'en saurait trop mettre. Il trouve donc sans peine que Daniel avait été préposé à « la Porte du roi, » portae régis (11, 49), et il n'a qu'à la transformer en « porte de l'Eulée : quae est porta Eulaei (VIII, 2), sive telonium Susianum. Captis Susis (Josèphe, lib. X, cap. XII), Darius Danielem prophetam assumptum secum duxit in Mediam ; eumque in maximo honore apud se habuit {Ibid., p. 566). Nous tombons encore ici en pleine fantaisie. Avec une pareille façon de combiner les textes de la sainte Ecriture, il n'est rien qu'on ne puisse lui faire dire. Daniel se trouvait à Suse dans la troisième année du règne de Balthasar, c'est-à-dire en 559, pour j traiter des affaires d'Etat; et il raconte qu'il eut sa vision près du fleuve Eulée. Les LXX ont cru qu'il s'agissait d'une porte située près de l'Eulée (Voy. p. 783). Mais, peut-on voir là une raison suffisante de faire de Daniel un préposé de l'octroi, un douanier? Encore moins aurait-il fallu le mettre en rapport avec Cyaxare qui était mort depuis longtemps. Marsham reconnaît, en effet, que la première année de Darius le Mède est la première de son empire sur lesChaldéens. Or, selon Daniel (V, 30, 31), Darius n'entra en possession de cet empire qu'après la mort de Balthasar (559), c'est-à-dire trente-huit ans après la mort de Cjaxare, arrivée en 59fi.

C'est donc sans fondement que Marsham veut faire coïncider la première année de ce roi avec la vingt-unième année de la destruction de Jérusalem. La vingt-unième année à partir de cette destruction tombe dans l'année 566. A cette époque, Nabuchodonosor régnait à Babylone ; à sa mort, en 562, son fils lui succéda. Le Canon de Ptolémée et Bérose en font foi. On ne voit pas, d'ailleurs, quelle raison aurait pu, à cette époque, porter Daniel à dater sa prophétie de la première année d'un roi des Mèdes. Il la date de la première année d'un Darius qui a régna dans l'empire des Chaldéens » (Ch. IX, 1). Ce Darius ne pouvait pas être Astyage qui, en 566, était loin de régner sur les Chaldéens, et qui ne régna jamais sur eux. Darius le Mède mentionné par Daniel est le successeur de Balthasar (Voy. p. 456 -, et Introd., p. 424-484). Il monta sur le trône en 559, de sorte qu'il y avait, non pas vingt-un ans, mais vingt-neuf ans que Jérusalem et son temple avaient été incendiés et rasés.

Marsham suppose aussi à tort, d'autre part, que la première année de Darius le Mède, ou, d'après lui, l'année 566, est la vingt-unième année tant de la captivité que de la destruction du temple. Il termine cette captivité à la première année du

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