‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 212 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

règne du Cyrus sur les Babyloniens qui est aussi l'époque de la liberté donnée aux Juifs et de l'autorisation de rebâtir le temple- De la sorte, Marsham ne donne que cinquante-trois ans à la captivité. La prophétie de Jérémie relative aux soixante-dix ans d'exil ou de transmigration n'aurait pas été accomplie. Or, il est certain que de la première déportation, en l'année 607-606, dont Daniel lui-même fit partie, jusqu'à l'an 537, où fut promulgué l'édit de Cyrus, il s'écoula soixante-dix ans.

Ainsi Marsham ne s'appuie sur aucune raison pour faire coïncider la première année de Darius le Mède avec la vingtunième année après la destruction du temple. Il n'a jamais prouvé que Daniel ait été dans les larmes pendant vingt-un ans. Mais il avait besoin de cette hypothèse pour donner un semblant de base à son raisonnement. Prenant donc pour point de départ la fin du deuil de Daniel, c'est-à-dire l'année où l'Ange lui fit la révélation des soixante-dix semaines, il interprète les trois divisions de manière à prétendre que les sept premières semaines sont les quarante-neuf années qui restaient depuis la vingtunième année de la captivité de la destruction de Jérusalem jusqu'au commencement du règne de Cyrus. Il n'y a toutefois que vingt-neuf ans (566-537) entre l'année fixée par Marsham à la révélation de l'Ange et la première année de Cyrus. Alors il va repêcher les vingt-un ans qui se sont écoulés avant le point de départ qu'il a choisi lui-même, et il obtient ainsi, par ce procédé bizarre, quarante-neuf ou cinquante ans. Mais en admettant qu'on obtienne quarante-neuf ans, depuis ce point de départ, qui n'a aucun rapport avec le texte de la prophétie jusqu'à la conquête deBabylone par Cyrus, on ne serait guère bien avancé. Car, on ne saurait jamais prouver que ce sont les sept premières semaines de l'ange Gabriel, à moins qu'on veuille prétendre que partout où il y a quarante-neuf ans, on peut y rattacher ces sept semaines. Du reste, le chronologiste anglais connaissait très bien l'importance de la place que le texte donne aux sept premières semaines. Il s'en explique expressément à ce sujet: Totius negotii cardo est VII harum Hebdomadarum epocha (l. c, p. 569).

On a vu, néanmoins, avec quelle impardonnable légèreté Marsham a traité cette question, 11 ne s'est préoccupé que de trouver un itervalle de sept semaines qui se termine à Cyrus; et sans même avoir pu y réussir, il se croit autorisé à compter quarante neuf ans depuis le commencement du règne de son prétendu Cyaxare-Darius jusqu'à la première année de Cyrus à Babylone.

L'auteur du Chronicus Canon donne ensuite une traduction fausse du verset 25, en séparant les sept semaines et les soixantedeux semaines. Nous avons donné cette traduction (p. 952) et nous avons expliqué aussi le procédé incorrect qu'il emploie pour couper arbitrairement ce verset. Il détruit, du reste, lui-même la valeur qu'il attribue faussement ici à ïathnach [Ibid), et, par suite, il sape la base de son système. Nous avons, d'ailleurs, suffisamment montré que cet accent ne marque pas, par lui-même, un sens achevé (p. 945-966). Ainsi, Marsham n'a pas le droit de prétendre que les paroles : Ab eœitu sermonis ad Christum ducem hebdomades septem, font un sens complet, et que, après quarante-neuf ans, comptés à partir du moment où l'Ange a parlé à Daniel, ait dû apparaître l'Oint-Chef, annoncé dans la prophétie. C'est sur l'hypothèse imaginaire de la valeur de Yathnach que repose sa combinaison ; et, comme cette hypothèse fait défaut, tout l'édifice croule. L'Oint-Chef dont parle Gabriel ne doit apparaître qu'après 7+62 semaines d'années. Cet Oint ne saurait donc être ni Cyrus, ni Josué et Zorobabel, comme le prétend le chevalier Marsham. Il a beau nous dire que, dans Isaïe, Cyrus est dit un Oint du Seigneur et que Josué et Zorobabel sont désignés, par Zacharie, comme étant « deux fils de l'huile » ou de l'onction. Nous savons à quoi nous en tenir au sujet de ces deux textes (voj. pp. 934 et ss. ; 1054; — p. 1180),

Ici encore, du reste, la chronologie de Marsham se trouve en défaut. Il prend les soixante-deux semaines, plus une semaine et la demie semaine du verset 27, et trouve que ces soixante-trois semaines et demi font quatre cent quarante-quatre ans et demi. Il devrait évidemment les faire commencer à la fin des sept premières semaines et par conséquent au début du règne de Uyrus à Babjlone ou à l'édit de la liberté des Juifs. Or, Marsham n'a pas eu de peine à voir que de l'an 538, première année de Cjrus, à l'an 167» septième année d'Epiphane, il n'j a que trois cent soixante-onze ans. Cette durée est trop longue; sa chronologie est en défaut de soixante-treize ans et demi, sur une période de quatre cent quarante-quatre ans et demi. Dès lors, le système antimessianique se renverse de lui-même. Pour parer à cet inconvénient, Marsham n'a rien trouvé de mieux que d'imaginer un autre point de départ, et il fait remonter les soixante-deux semaines jusqu'au temps de la ruine du Temple, confondant l'époque de cette destruction avec le commencement de la Captivité. Il suppose ainsi que le Temple de Jérusalem fut renversé en 607, et

que, de cette époque à l'an 167, il s'écoula quatre cent quarante ans : il arrive ainsi à peu près à l'époque où Antiochus souilla le sanctuaire. Mais en plaçant la destruction du Temple en 607, Marsham embrouille à plaisir la chronologie. Il est, en effet, constant par les dates de la sainte Ecriture (IV Rois, XXV, 2, 8; Jérém. LU, 12) comparées avec le Canon de Ptolémée, que l'embrasement du Temple est fixé à la onzième année du règne de Sédécias, ou la dix-neuvième année du règne de Nabuchodonosor, c'est-à-dire dans l'année 588-587. D'un autre côté, c'est bien arbitrairement que, après avoir pris la vingt-unième année? depuis le commencement de la captivité, pour point de départ des sept premières semaines, il fait remonter le point de départ des soixante-deux semaines à la première année de cette même Captivité. De sorte que, pour sortir de l'impasse dans laquelle il se trouve, il n'a trouvé rien de mieux que de s'y enfoncer davantage. Il a donc compté sept semaines deux fois, et il a ainsi, par ce moyen bizarre, obtenu une supputation conforme à ses vues. Ainsi, d'un côté, il fait commencer les sept premières semaines à la vingt-unième année de la captivité ; de l'autre, il fait remonter le commencement des soixante- deux semaines suivantes jusqu'à l'année de la ruine du Temple qui est, selon lui, le commencement de la même captivité. On voit donc clairement qu'il compte sept semaines deux fois, puisque les sept premières, déjà comptées, le sont encore, et font partie de ces soixante-deux. Le prophète ne parle pas cependant d'années collatérales, mais de trois périodes d'années qui se suivent, de sorte que le commencement de la seconde a lieu à la fin de la première. L'Ange a pu dire ainsi que Dieu a fixé à soixante-dix semaines le temps qui doit s'écouler entre un point de départ et un point d'arrivée indiqués dans la prophétie. Ces paroles sont formelles, claires et sans nuages. Marsham n'a aucune raison de les réduire à soixante-trois semaines, et, de plus, il ne motive en aucune façon le point de départ sur lequel il s'appuie. Il ne prouve pas que Darius le Mède, successeur de Balthasar, soit le roi dont parle Eschyle; il n'est pas prouvé, non plus, que, depuis le prince sous lequel Daniel eut la vision jusqu'au commencement de Cyrus, il se soit écoulé quarante-neuf ans -, c'est encore à tort que les soixante-dix ans de captivité, marqués par Jérémie, commencent à la ruine de Jérusalem par Nab. (587). Daniel en fixe le commencement à la quatrième année de Joachim (607- 606), dix-huit ans avant la destruction de Jérusalem. Enfin, il est faux que, depuis le commencement de Cyrus (537) jusqu'à Judas

1 25i TRADUCTION ET COMMENTAIRE

Machabée (165), il y ait quatre cent quarante-quatre ans. Cette chronologie diffère de soixante-douze ans de la chronologie réelle. Nous en avons dit assez pour mettre suffisamment en relief les erreurs fondamentales de ce système. Nous avons pu voir que les prémisses de Marsham et, par suite, sa conclusion, sont contraires au texte formel et précis de la sainte Ecriture : il n'a pas prouvé que les soixante-dix semaines de notre prophétie aboutissent au temps d'Antiochus Epiphane.

Le P. Hardouin, érudit fameux, dont on a des travaux très remarquables, mais qui s'est laissé trop souvent égarer par des imaginations désordonnées, et qui est surtout parvenu à faire parler de lui, à cause de quelques idées saugrenues qu'il a émises, était, dès lors, tout disposé à trouver admirables les conceptions baroques de Marsham et à emboîter le pas de ce chronologiste. Mais il était trop facile de voir que l'hypothèse du chevalier anglais était absurde, relativement aux trois semaines de jours de deuil transformées en trois semaines d'années ou en vingt-un ans. Voulant, toutefois, conserver ce système, Hardouin chercha un moyen qui lui permit de partir de la même époque, ou qui lui permit, en d'autres termes, de motiver la même opinion d'une façon plus spécieuse. Dans sa Chronologia Veteris Testamenti, il fit commencer les sept et les soixante-deux semaines à la première prophétie de Jérémie, relative à la Captivité (ch. XXV), et il les termine à Onias III, qui fut tué en 170, et dont il fait un type du Messie. Il croit voir dans la prophétie de notre ch. IX, 24-27, la persécution d'Antiochus, mais il ajoute au système de Marsham une autre hypothèse qui lui paraît propre à la rendre moins repoussante, savoir que Gabriel a porté aussi sa pensée sur Jésus-Christ. En sorte que la prophétie offrirait deux sens littéraux : l'un typique, vérifié dans le meurtre d'Onias ; l'autre, plus parfait, accompli dans la personne de Jésus-Christ.

Le moyen auquel Hardouin a recours pour faire aboutir la prophétie à Onias est fort simple : il consiste à supprimer adroitement les sept premières semaines de l'Oracle. Il dit que les semaines ont été abrégées et ne cessent cependant pas d'être soixante-dix semaines, si la première des sept semaines et la première des soixante-deux semaines commencent au même point de départ (1). Evidemment, si sur une longueur de 70 cen-

(1) Abbreoiatae dicuntur Hebdomadse septuaginta eo quod septuaginta esse non desinant, si et prima de septem prioribus ; et prima

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