‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 214 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

que, d'après de nombreux chronologistes, ce règne aurait commencé en 560 ou 559, et que, de l'an 606 à l'an 557, on obtient quarante-neuf ans Mais on sait aujourd'hui que Cjrus ne fit la conquête de la Médie que dans l'année 549 (voy. lntrod.,-p. 446), Quoiqu'il en soit, en acceptant l'année 557, il se trouve que cette époque devance de dix-neuf ans celle de la délivrance des Juifs de la captivité babylonienne. Cependant, c'est cette époque de liberté que le P. Hardouin se voit contraint de regarder comme le point d'arrivée des sept premières semaines.

En effet, nous sommes amenés par cette hypothèse d'Hardouin, à faire une autre observation qui montre encore qu'il a fait fausse route dès le début-, c'est que, faisant finir les sept semaines à Tan 557, il a dû, à la suite de Marsham, placer un christ au bout de ces sept semaines, et qu'il a voulu que ce christ fut Cyrus. Ce serait donc en 557 que les bénédictions du verset 24 auraient été réalisées. Mais il n'est pas difficile de voir que le temps ne cadre pas avec cette interprétation. Aussi suppose-t-il, en réalité, que les sept semaines n'ont fini qu'au temps de la conquête de Babylone par Cyrus. Il s'empêtre encore plus, du reste, dans ces calculs, car il met la première année de Cyrus à l'année 531 (: Cyrus Persa. Annus primus), après lui avoir fait faire la conquête de Babylone, en 537; et il prétend que, dans l'année 530 qui aurait été la cinquante-septième de la captivité, Zorobabel alla à Jérusalem. C'est, du reste, à cette époque qu'il place « le Saint des Saints qui recevra l'onction », lequel est le grandprêtre Josué, fils de Josédec, qui vint, avec Zorobabel, à Jérusalem., et qui offrit des sacrifices à !Dieu. Il aurait pu voir que jamais le grand-prêtre n'a été appelé « Justice éternelle»; mais Hardouin vit dans le monde des rêves et il ne se préoccupe pas de la réalité. D'après lui, cette phrase : « Le Saint des Saints recevra l'onction », signifie que le grand-prêtre Josué sera rétabli dans les fonctions de la grande sacrificature. Josué n'avait pas exercé ces fonctions précédemment, et il ne fut jamais «oint». Il |en fut de même d'ailleurs du second prétendu oint d'Hardouin, c'est-à-dire du grand prêtre Onias.

En définitive, Hardouin place son Christ-Chef (Cyrus ou Josué) à l'an 531 ou 530. Il n'était pas difficile de constater que de l'an 606 à l'une ou l'autre de ces deux années, il y a plus de sept semaines d'années. Hardouin s'en est fort bien aperçu, mais il a cru n'avoir pas à tenir compte de cette différence, sous prétexte que ces semaines ont été abrégées. Mais c'est en vain qu'il essaie de s'autoriser de l'expression de la Vulgate : Septuaginta hebdomades

abbreviatae sunt. Car il ne suit même pas, forcément, de cette version que les soixante-dix semaines ont été abrégées et quelles doivent être comptées comme ne formant que soixante-trois semaines. Le sens de cette traduction pourrait être que Dieu n'a pas voulu différer davantage l'avènement du Messie et qu'il a abrégé le temps de cet avènement, « coupant » dans la série des siècles, une période abrégée comprenant soixante-dix semaines d'années; et marquant les points 'de départ et d'arrivée de ces semaines. Ainsi, quoi qu'en dise Hardouin, le latin luimême n'exige pas le sens qu'il lui donne. D'ailleurs, c'est le texte hébreu qu'il faut consulter. Or, ni l'hébreu ni le grec n'autorisent ce sens (voy. p. 898). Chez les rabbins, le verbe hatak a toujours le sens de « couper, trancher, décider ; » et la version grecque, a très bien rendu ce verbe par auvtpjôrjaav (concisae sunt) : les semaines ont été coupées, précisées, définies. Marsham lui-même, traduit ainsi : Septuaginta hebdomades definitœ sunt. Il n'est, dès lors, pas possible de faire dire au texte que les soixante-dix semaines ont été abrégées et qu'elles doivent s'emboîter les unes dans les autres de manière, à ne former que soixante-trois semaines. Le texte signifie que l'espace de temps, dont l'Ange va donner le détail, se réduit en totalité à soixante-dix semaines « fixées et déterminées, » pour l'accomplissement de la prophétie.

Une autre hypothèse chimérique d'Hardouin consiste à faire partir de la même époque ou de l'an 606, les soixante-deux semaines ou les quatre cent trente-quatre ans qui vont jusqu'au commencement de Judas Machabée. Le point d'arrivée des sept semaines devait être son point de départ pour les soixanre-deux semaines. Mais de l'an 531, première année de Cjrus, d'après Hardouin, à l'an 170 (meurtre d'Onias), il n'aurait eu que trois cent soixante et un ans au lieu de quatre cent trente-quatre, et il lui en aurait manqué soixante-treize. C'est pour les retrouver que, sans se préoccuper du texte de la prophétie, il remonte à l'an 606. Mais il est facile de constater que de la sorte, il confond, comme Marsham, la durée des sept premières semaines dans celle des soixante trois semaines, et qu'il escamote ainsi ces sept premières semaines. En résumé, au lieu de soixante-dix semaines, marquées comme l'espace de temps déterminé par l'Ange, pour l'accomplissement des événements dont qu'il fait ensuite le détail, Hardouin ne compte, en somme totale que soixante-trois semaines d'années ou quatre cent quarante-un ans.

Le même critique a prétendu aussi que le mot Dux (chef, nagid) n'est jamais, dans la sainte Ecriture, attribué au Messie. Mais

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