CHAPITRE IX
quand bien même cette observation serait vraie, s'ensuivrait-il que le Messie n'aurait pas pu être désigné par ce nom dans la prophétie de Daniel ? En tout cas, nous pouvons relever aisément le détî qu'Hardouin portait à ses adversaires, lorsqu'il disait que, si l'on parvenait à lui montrer un seul passage où le Messie ait reçu cette épithète, il reconnaîtrait sa défaite : Vicisse te fatebor (Defens., cap. XI). Il devait donc nécessairement s'avouer vaincu) car on est bien obligé de reconnaître que Dieu lui-même a donné ce nom au Messie dans ce passage du prophète Isaïe (ch. LV, 4) : « Je l'ai donné pour témoin aux peuples, pour chef (Nagîd) et pour maître aux nations. » C'est en vain qu'on a essayé d'appliquer cette parole à David ou à Jérémie. Ces personnages ne furent jamais donnés pour chefs aux nations. Le Messie seul a été donné pour chef et pour maître à tous les peuples; seul, il mérite le titre de Christ-Chef. A plus forte raison, l'expression Christ-Chef sine addito ne peut-elle indiquer que le Messie (voy. p. 934). Il y avait d'ailleurs une raison toute particulière ds lui donner le nom de Nagîd (voy. p. 982-985).
Après avoir supprimé de son chef et arbitrairement les sept premières semaines, le même critique prétend que, après soixante-deux semaines, le Christ fut mis à mort dans la personne d'Onias. Puis il transporte une partie du ch. VIII dans le ch. IX, et il prétend que, au milieu de la semaine décrite dans ce dernier chapitre, les sacrifices cessent, une abomination de la désolation est placée dans le Temple. Cette désolation, survenue après le meurtre d'Onias serait une figure de celle que les Juifs devaient éprouver de la part des Romains après la mort de Jésus-Christ. Mais il n'en est pas moins vrai que les événements décrits au chapitre VIII, relativement à Antiochus, ont un sens littéral qui n'est pas identique au sens littéral du chapitre IX.
Cette confusion amenait, en outre, une étrange substitution qui changeait l'axe de la prophétie de ce dernier chapitre et qui la dénaturait complètement. Nous avons vu, en effet que, d'après ce même critique, au bout des soixante-trois semaines qui finissent à Judas Machabée, un autre Saint des Saints recevra aussi l'onction et sera mis à mort : cvest Onias III qui fut massacré à Antioche, et qui était grand-prêtre depuis trente ans, sans jamais avoir reçu une onction. Comme Hardouin fait mourir ce grand prêtre dans la dernière des soixante-dix semaines, on a pu justement reprocher à cet écrivain fantaisiste d'avoir mis Onias à la place de Jésus-Christ. Sans doute, le trop fidèle disciple de Mars-
ham, a insisté, — surtout dans l'édition de 1709, — sur le sens typique qu'il donne au « Christ retranché » du verset 26. 11 reconnaît que le Christ dont) l'Ange annonce l'extermination ne peut être que le Messie-, mais il veut que sa mort, placée après les soixante-deux semaines, ne soit qu'une mort figurative dans la personne d'Onias III. Et, cependant, il avoue que la prophétie n'a été véritablement accomplie qu'en la mort de Jésus-Christ et dans la ruine de la ville et du Temple, qui en fut le châtiment : Onias autem Christus seu Messias non est.., in Typo tune verum Messiam dici occisum intelligiprorsus necesse est {Ibid., p. 594). Non igitur Antiochi régis ac Judas Machabaei temporibus, Danielis vaticinium impletum esse dicimus. Absit .. Ad Christum illud oraculum directe pertinere, et ad excidium templi supre mum affirmamus : verum ita ut hsec prophetia typum polliceatur intra certum tempus (p. 597).
Mais alors, pourquoi va-t-il mêler ici Antiochus et Onias qui n'ont rien à y voir ? Pour nous dire que ce qui est arrivé sous ce roi dans la personne du grand prêtre et dans la profanation du temple, n'était qu'une figure de ce qui devait arriver du temps de Jésus- Christ. Mais, pour obtenir ce mince résultat, il n'avait pas besoin de venir embrouiller la prophétie du chap. IX, en changeant les points de départ et d'arrivée qui y sont indiqués et en y introduisant des événements qui ne la concernent pas-. Il importe peu qu'Onias ait pu être un type du Messie. Ce qu'il aurait fallu prouver, c'est qu'on a le droit de l'introduire dans le chap. IX. Il faudrait montrer que ce type est mentionné dans cette prophétie, et qu'elle n'a en vue qu'un Christ figuratif. Hardouin a vainement cherché cette preuve dans la combinaison qu'il a voulu introduire dans le texte au sujet des 7 + 62 semaines, qu'il réduit en réalité à soixante-deux semaines. C'est donc vainement qu'il a essayé de transformer le système subversif de Marsham en un système d'édification et de piété. Au fond, il dénature le texte et, par suite, il détruit l'avantage que TEglise chrétienne tire de cette prophétie contre les Juifs et contre les ennemis de notre foi. Il est manifeste que, lorsque Gabriel parle du Messie, c'est le Messie qu'il a en vue. Nous avons vu, du reste, que la mort de Jésus-Christ se trouve à la fin des soixantedix semaines marquées par l'Ange. C'est lui, en effet, qui est l'unique objet de la prophétie. Il n'est pas vrai que les événements annoncés dans le chap. IX, 24-25, aient été simplement figuratifs de ceux qui devaient se traduire au temps de Jésus- Christ. C'est contrairement au texte, et sans aucune preuve