CHAPITRE IX
qu'Hardouin prétend que la prophétie s'arrête à des événements figuratifs de ceux qui devaient arriver au temps de Jésus-Christ. Il résulte, au contraire, du texte de la prophétie et de son accomplissement que la dernière semaine des soixante-dix semaines est celle où le Messie a été mis à mort. Ce n'est pas non plus la profanation du temple, mais sa destruction, qui survint à la suite de cette dernière semaine. La prophétie est donc messianique: on ne peut lui supposer un sens littéral qui l'arrête à Onias. Nous avons vu, d'ailleurs, que le système d'Hardouin n'est conforme au texte ni pour le point de départ ni pour le point d'arrivée, et nous savons aussi que la prophétie des soixante-dix semaines s'est accomplie : il n'y a donc pas à se laisser aller égarer par des anologies insuffisantes et à s'abandonner à des rapprochements arbitraires : ils manquent aux premières conditions du problème.
Dom Calmet a aussi essayé de détourner, par de vaines hypothèses, le sens de cette prophétie. On croirait qu'il a trouvé un certain agrément à se laisser compromettre et duper par les «Nouveaux. » Son sentiment n'est autre, au fond, que celui de Marsham, et nous verrons que les améliorations qu'il a cru devoir y apporter ne l'ont pas rendu moins insoutenable. Il commence par une attaque contre l'interprétation messianique qui explique la prophétie à partir de la vingtième année du règne d'Artaxerxès , et les termine au temps de Jésus-Christ. Il remarque d'abord que « l'opinion la plus suivie » de son temps « est de mettre le commencement des Septante Semaines à la vingtième année d'Artaxerxès à la Longue-main ». Après avoir dit que « de là jusqu'à la dernière semaine où Jésus-Christ immolé mit fin aux sacrifices de la Loi, il y a soixante-dix semaines, ou quatre cent quatre-vingt-dix ans, » il constate qu'il y a d'autres supputations, et que « toute la différence qui se rencontre entre les chronologistes n'est que de neuf ou dix ans, qui sont de plus qu'il ne faudrait pour faire les quatre cent quatre-vingt-dix. » Il trouve, de reste, « qu'il y a dans ce système plus d'une difficulté (Comment., édit., Paris, 1715, p. 530).
Voici donc les objections qui ont porté Calmet à lâcher la proie pour l'ombre : « 1° La mort du Christ, et la confirmation de son alliance dans la dernière semaine n'ont été suivies immédiatement ni de la désolation de Jérusalem, ni de la ruine du temple, ni de l'abomination de désolation, qui sont des caractères bien marqués par Daniel, comme devant suivre la mort du Christ, et devant arriver à la fin de la soixante-dixième
semaine. Daniel marque expressément qu'après la mort du Messie, le peuple qui Ca renoncé, ne subsistera plus ; que le Temple sera ruiné par le Chef, et le peuple étranger, etc. (\) ; 2° De plus, on n'y fait pas voir qu'aussitôt après la soixante-dixième semaine on ait vu réellement cesser les sacrifices dans le Temple de Jérusalem ; on sait qu'ils y subsistèrent encore pendant quarante ans après la mort du Sauveur (2) ; 3» On n'y remarque pas non plus Y oint du Seigneur qui doit paraître après la septième semaine, suivant le texte exprès de Daniel, et qui est différent de l'autre Christ du Seigneur, qui doit être mis à mort après la soixante-deuxième semaine (3) ; 4° On ne voit pas pourquoi le prophète aurait marqué quarante-neuf ans, ou sept semaines d'années, depuis la vingtième année d'Artaxerxès, pour le rétablissement des murs et des fossés de Jérusalem dans des temps
(1) La mort du Christ termine les soixante-dix semaines d'années, mais l'Ange ne dit pas que cette mort sera suivie « immédiatement » de la destruction de Jérusalem (voy. 1009, 1010 et 1113). Après avoir mentionné le crime, Gabriel porte les yeux de Daniel sur les malheurs qui fondront bientôt après sur la cité coupable : il ne détermine pas le laps de temps, peu considérable, trente-sept ans, qui devait s'écouler entre le déicide et la ruine totale de la ville et de l'Etat juif; il lui suffit de déclarer que le rejet du Messie motivera la destruction prochaine de Jérusalem et de son temple. En un mot, après avoir parle de la mort du Christ qui devait avoir lieu dans la dernière des soixante-dix semaines, l'Oracle annonce les événements qui devaient en être, à bref délai, la suite et le châtiment.
(2j II en est de ce qui est dit de la cessation des sacrifices dans le Temple, comme de ce qui concerne sa destruction et celle de Jérusalem. L'Ange ne dit pas qu'ils devaient cesser dès le jour de la mort de Jésus. Il ne dit pas si cet événement aura lieu subitement^ immédiatement ou après un temps moral très court (voy. p. 1010- 1012 et 1130). Il est certain qu'un autre culte fut substitué au culte lévitique à l'époque marquée dans la prophétie, et que Jésus abolissait ainsi le ritualisme des Juifs. Dès ce moment, la substitution du nouveau culte s'effectuait : l'ancien culte était frappé de mort. La cessation de fait succéda bientôt à la cessation de droit.
(3) On ne peut que trouver étrange que D. Calmet veuille trouver un « oint du Seigneur » apparaissant « après la septième semaine ». Il dit que cet oint devait paraître alors « d'après le texte exprès de Daniel ». Dans ce cas, il aurait bien mal traduit ce texte. Voici la traduction de ce passage accompagné de son commentaire : « Depuis l'ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem, jusqu'au Christ-Chef de mon peuple, il y aura sept semaines, et soixants-deux semaines ». Puis, il ajoute : l'Ange partage les septantes semaines en trois parties ; la première est de sept semaines, qui font quarante-neuf