CHAPITRE IX
Jérémie, du rétablissement futur de Jérusalem et de la fin de la captivité de Juda (Jérémie, LI, 19), jusqu'au prince qui doit remettre votre peuple en liberté, jusqu'à Cyrus, YOint du Seigneur (Isai., XL VI, I), il y a sept semaines d'années, ou quaranteneuf ans, après lesquels le peuple sera renvoijé dans son pays , les murs de Jérusalem seront rétablis, et le temple réparé (4).
» Depuis Cyrus et le retour de la Captivité il s'écoulera soixante-deux semaines, pendant lesquelles les places de la ville , et les fossés seront rétablis dans des temps fâcheux, sous la domination des Perses et des Grecs , et pendant les troubles que vous susciteront les Samaritains vos voisins et vos anciens ennemis (2).
(1) Dans ces quelques lignes, D. Galmet tombe dans plusieurs erreurs de fait les plus grossières. 1° Il donne aux soixante-dix semaines un faux point de départ : la prophétie de Jérémie LI, 19. Or, d'un côté, le texte parle « d'une sortie d'une parole » et omettant l'article (une sortie de la parole) indique assez qu'il ne s'agit pas d'une parole prononcée antérieurement et que dès lors il n'y a aucune allusion à une prophétie quelconque de Jérémie (voy. p. 925). 2° IL mêle les prophéties de Jérémie sur la reconstruction de Jérulem et du temple avec ce qui est dit de « l'onction du Saint des Saints » au ch. IX, 24 , de Daniel. « Le Saint des Saints », dont il est question ici, ne peut pas être le temple. L'assertion que Calmet n'essaie même pas de motiver, a été réfutée, pp. 918-921. 3° En ce qui touche à la suspension de la phrase après « sept semaines, » Calmet n'a rien trouvé de mieux que de tomber dans le piège que Marsham avait tendu aux lettrés par trop naïfs. Seulement, Calmet se dispense de dire pourquoi il s'arrête après : « il y a sept semaines d'années ». 4° C'est en vain que Calmet prétend que- de l'année de la prophétie de Jérémie (ch. LI) à l'avènement de Cyrus et au renvoi des Juifs dans leur pays, il y a qurante-neuf ans. Dans son empressement à adopter les fantaisies du rationalisme de son temps, Calmet a supposé que cette prophétie a dû être faite en la onzième année de Sédécias, qui est celle de la destruction de Jérusalem et du temple de Salomon (an. 588-587). Mais il se trouve que le verset 60 du ch. LI atteste, comme le religieux delà congrégation de saint Vanne le reconnaît dans son commentaire, que la prédiction contenue dans ce chapitre a été faite, non pas dans la onzième, mais dans la quatrième année de Sédécias, sept ans avant la ruine du temple- Ainsi les sept semaines dont parle l'Oracle se trouveraient, d'après l'interprétation que nous venons de rapporter, réduites à six semaines d'années ou quarante-deux ans. 5° Il ne suffit pas de rappeler que Cyrus avait été désigné par Isaïe comme un oint, un roi choisi par le Seigneur en vue de desseins particuliers, pour qu'on puisse se croire autorisé à identifier ce roi avec Christ-Chef, dont il est parlé à notre verset 25 (voy. pp. 934-938).
(2) A l'égard de ces soixante-deux semaines employées a rebâtir Jérusalem, voy. pp. 963-966.
A la fin de ces soixante-deux semaines d'années, l'Oint du Seigneur , le Grand-Prêtre Onias, sera mis à mort à Antioche, et il n'aura point d'héritier de sa race (1). Un Prince étranger, Antioclms Epiphane , à la tête de son peuple, désolera Jérusalem et souillera le temple du Seigneur, il fera la guerre à votre peuple , et se répandra sur le pays, comme une inondation qui ravage tout.
» Cette dernière semaine affermira l'alliance du Seigneur avec plusieurs Israélites qui, se séparant des apostats, et se joignant aux Machabées, soutiendront généreusement le parti de la religion . Au milieu de cette semaine, V ennemi fera cesser les sacrifices et les offrandes du Temple du Seigneur. L'abomination de la désolation, l'idole abominable de Jupiter sera placée dans la hauteur du Temple, et cette désolation abominable durera jusqu'à la fin de la semaine, jusqu'à la septantième semaine accomplie ; et alors la Prophétie aura son parfait accomplissement» (p. 536) (2).
Après avoir développé de la sorte cette interprétation de pure fantaisie, comme nous l'avons montré dans les notes dont nous
(1) Le Christ retranché doit, d'après Calmet, qui traduit ici très bien le texte, apparaître après les soixante-deux semaines qui sont le prolongement des sept premières semaines. Mais où notre commentateur se trompe, c'est lorsqu'il dit que depuis Cyrus jusqu'à la mort d'Onias en 170, il y a eu soixante-deux semaines d'années : de l'année 538 à l'année 170, il s'est écoulé trois cent soixante-huit ans ou cinquante-deux semaines d'années et quatre mois. Ce simple rapprochement suffit pour montrer que l'Oracle de Daniel n'a pas en vue le grand-prêtre Onias, qui, du reste, n'était pas du tout oint et encore moins l'Oint, celui qui devait porter comme caractéristique spéciale le nom d'Oint, de Messie ou de Christ (voy. p. 968). Comme héritiers de sa race, Onias eut, du reste, pour successeurs, ses trois frères Jason, Ménélas et Lysimaque.
(2) D'après le texte de Daniel, le peuple du Chef-le-Venant détruira la ville et le Temple; et Calmet n'a pas le droit de réduire la désolation prédite au ch. IX, 24-27, à un pillage de la ville et à une simple profanation du Temple (voy. p. 988). D'après le texte, la ville et le Temple sont ruinés sans ressource et périssent comme dans une inondation. Calmet lui-même dit à ce sujet : « On avait vu sous les Machabées quelque chose de pareil^ mais seulement comme figure de ce qui devait arriver dans la suite. Ils (les juifs) n'ont jamais prétendu que dans ce temps-là le Messie ait paru» (p. 541). Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit au sujet de l'alliance qui doit être contractée par le Chef-le-Venant (p. 1000). Il nous suffira, pour réfuter toutes ces assertions, de faire remarquer que les événements fixés par le commentateur à la fin des soixante-deux semaines, auraient dû, pour réaliser la prophétie, ar river 66 ans plus tôt.