‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 219 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'avons soulignée, le savant Bénédictin cherche à la motiver. Mais au lieu de quelques preuves servant à établir cette paraphrase, Calmet nous offre une autre hypothèse également en l'air. Il suppose que «les ch. VII, VIII, IX, X, XI, XII n'ont qu'un seul grand objet, qui est de faire voir à Daniel ce qui doit arriver à sa nation, et dans tout l'Orient, depuis le règne de Cjrus, jusqu'à celui d'Antiochus Epiphane » (p. 537). C'est là une assertion que ce critique a oublié de prouver, et nous savons bien certainement que la preuve n'aurait pu guère venir sous sa plume. D'autres critiques tout aussi pénétrants et mieux outillés que Calmet, ont fait tout ce qu'il est possible de faire pour établir cette hypothèse, mais ils n'ont pas réussi à lui trouver une base quelque peu sérieuse (voy. p. 736-741). Nous avons vu que les ch. II et VII relatifs aux quatre grands empires ne finissent pas à Antiochus-Epiphane. Le ch. XII va encore plus loin que les précédents, ainsi que nous le verrons. En réalité, il n'y a que les chapitres VIII et XI, qui aboutissent au règne du persécuteur grec. Calmet se contente ensuite de délayer, sans y apporter le moindre commencement de preuve, les divagations qu'il nous a données dans la page précédemment citée.

Ajoutons qu'il ne donne pas une plus grande exactitude que ceux qui l'ont précédé à ses calculs chronologiques. Il veut que « depuis la prise de Jérusalem jusqu'à Cyrus, il y ait 49 ans » (p. 537). Mais il ne devrait pas oublier qu'il a pris pourpoint de départ de cette période la prophétie contenue dans le ch. LI de Jérémie. Au fond, il modifie son point de départ primitif. Il est vrai qu'il avait daté les soixante-dix semaines à partir de la prophétie contenue dans ce chapitre parce qu'il supposait qu'elle avait été édictée l'année même de la destruction de Jérusalem ou de l'année suivante. Or, non seulement cette supposition ne repose sur rien (voy. p. 929 et ss.), mais elle est erronée, car la prophétie du ch. L fait partie de la prophétie du ch. LI, et Jérémie nous apprend lui-même qu'il l'écrivait dans la quatrième année du règne de Sédécias (vss. 59, 60), sept ans avant la destruction de Jérusalem et, par suite, sept ans avant l'époque choisie par D. Calmet. Mais cette hypothèse lui était imposée par le désir qu'il avait de trouver, à partir de cette date jusqu'à la première année de Cyrus à Babylone, 49 ans. Il n'en est pas moins vrai que son calcul est entaché d'erreur; car, — comme il nous est facile de le constater dans le texte de Jérémie, — l'oracle que le docte abbé de Senones prend comme point de départ

des sept semaines, est de « la quatrième année» de Sédécias ou de l'an 594 ; de sorte que depuis cette prophétie, jusqu'à la première année de Cyrus à Babylone, il s'écoula 56 ans : sept ans de plus que n'en voulait Calmet; et c'est considérable pour une si courte période de 49 ans.

Le docte Bénédictin laisse ensuite de côté l'examen des prétendues preuves chronologiques apportées par Marsham et par Hardouin pour montrer que « depuis le commencement de Cyrus jusqu'à Judas Machabée, il y a 444 ans ». Il trouve que cette chronologie diffère de quatre-vingts ans de celle d'Usserius, dans l'espace de moins de 500 ans. Mais, en évitant de confondre la durée des sept premières semaines dans celle des soixante-deux autres, il tombe dans un autre inconvénient : de la première année du règne de Cyrus en 538-537 (comptée à tort en 536), jusq'au meurtre d'Onias que l'on ne peut placer plus tard qu'en l'an 170 (et non pas en 166) avant notre ère, il s'est écoulé 368 ans ou 52 semaines d'années et quatre ans. D'où il suit que, dans l'hypothèse proposée par Calmet, il ne se serait pas écoulé, entre l'avènement de son «Christ-Chef» (Cyrus) et son « Christ retranché », soixante-deux semaines d'années faisant 434 ans. Il n'est donc pas vrai que les soixante-deux semaines de l'oracle de Daniel se terminent au meurtre d'Onias. Mais Calmet a pris aveuglément le calcul de Marsham et d'Hardouin, sans s'apercevoir que ces deux auteurs comptent les soixantedeux semaines à partir du commencement de la captivité, en 607, ou de la prophétie de Jérémie en 606. Nous avons vu que ces supputations n'ont aucune valeur et on comprend aisément, d'ailleurs, qu'elles ne peuvent servir d'appui à Calmet qui a recours à une autre hypothèse. Nous venons de constater qu'elle n'est pas plus sérieuse que les deux autres. Calmet laisse là un trou béant qu'il ne s'occupe pas de combler : il n'a pas même compris que c'est ce trou que Marsham et Hardouin avaient voulu faire disparaître parles ruses exégétiques et par les tripatouillages que nous avons démasqués.

D. Calmet n'a ponc pas prouvé que les soixante-dix semaines se terminent au temps d'Antiochus Epiphane. Rien ne l'autorisait à abandonner la thèse traditionnelle de la messianité de notre prophétie. C'est en vain qu'il a essayé de distinguer deux Christs et de contredire formellement l'oracle de Daniel au sujet des points de départ et d'arrivée des sept et des soixante-deux semaines. Une erreur grave qu'on a, du reste, justement reproché à ce savant , c'est qu'au lieu que l'Ange détermine

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