CHAPITRE IX
« soixante-dix semaines pour l'abolition du péché , l'avènement de Justice éternelle, et l'onction du Saint des Saints », il a voulu que l'objet de cette prophétie se soit accompli après les sept premières semaines. Il en est de même des événements qu'il a rapportés au temps d'Onias et d'Antiochus. Il n'ignorait pas la gravité des suites que pouvait avoir cette opinion. Il avait dit lui-môme à propos du système de Marsham : « Il y a dans ce système un défaut essentiel , qui est, qu'il détruit tout ce que l'Eglise chrétienne jusqu'ici a tiré d'avantag'e de cette Prophétie contre les Juifs et les payens, lorsqu'il la borne simplement à Cyrus, et à Antiochus Epiphane -, à la ruine du temple de Jérusalem, et à la dispersion de ses prêtres. On ne voit là ni Christ mis à mort, ni alliance confirmée, ni ruine du temple, ni rien qui ait rapporta confirmer la religion chrétienne » (p. 533). Et puis, au lieu de reviser les prémisses qui aboutissent à une déviation si grave de la prophétie, il adopte le roman qui la détruit et il accepte, comme objections insolubles, des hypothèses absolument illusoires et des chicanes sans valeur. Calmet s'exprime, du reste, d'une façon très incorrecte, lorsqu'il dit que le « défaut essentiel » du système de Marsham, c'est qu'il « détruit l'avantage que l'Eglise a tiré de cette prophétie ». Il ne s'agit pas seulement, en effet, de savoir si l'hypothèse anti-messianique est conforme ou non à l'hortodoxie, à la tradition chrétienne. Il s'agit de savoir si elle est vraie : le défaut essentiel de ce système, c'est qu'il est faux, Calmet n'ignorait pas, du reste, que son hypothèse prêtait le flanc à des critiques qui la démolissaient. C'est pourquoi, après avoir fait tout ce qui dépendait de lui pour détruire la messianité de notre prophétie, il fait suivre son interprétation anti-messianique de la déclaration suivante, qui , n'étant pas suffisamment motivée par lui, ne saurait satisfaire aucun lecteur sérieux : «Nonobstant ces traits de vraisemblance, etces preuves qui semblent mettre la fin des Septante semaines à la purification du temple par Judas Machabée, le plus sur et le meilleur parti est de la fixer à la mort de Jésus-Christ, je veux dire à en mettre le commencement à la vingtième année d'Artaxerxès à la Longe-main... Nous n'avons pas dissimulé les difficultés que produit cette hypothèse ; mais où en trouver qui les sauve toutes, et qui ne laisse aucun doute ? Les termes de la prophétie nous mènent naturellement à Jésus-Christ, au Messie, le véritable oint... » (p. 539). Puis, il continue cette défense de la messianité de la prophétie. L'abbé Renaudot a pu lui reprocher néanmoins d'avoir, tout en avouant que l'interprétation messiani-
que est la plus sûre, manqué de fortifier sa démonstration et de l'avoir proposée. « sans preuves capables de détruire le système qu'il a expliqué de Marsham et d'Hardouin ». Il ne suffit pas, en effet, de dire que l'opinion messianique est « plus sûre » que l'autre : il faut montrer qu'elle est la seule sûre. Il n'est pas vrai du tout, en effet, que cette prophétie ait été accomplie au temps de Cyrus et d'Antiochus. La période de ce dernier offre sans doute quelques traits de ressemblance avec les événements qui se passèrent à Jérusalem à la fin du second temple. Mais c'est mal raisonner que de dire : Dans la prophétie des soixante-dix semaines, il est question d'événements analogues à ceux qui se passèrent du temps d'Antiochus 5 donc, la prophétie des soixantedix semaines se termine à Antiochus. Les points de départ et d'arrivée de la prophétie, ainsi que les événements prédits, s'opposent à cette conclusion. Le texte de Daniel, en un mot, montre que l'interprétation qui place au tenips de Jésus-Christ l'accomplissement de cette prophétie, est la seule qui puisse se soutenir. Calmet n'ayant pas suivi méthodiquement ce texte s'est trouvé dans une certaine indécision ; et il s'est demandé où l'on trouve une interprétation qui ne laisse aucun doute. Celle qui fait partir les soixante-dix semaines de la vingtième année d'Artaxerxès pouvait lui offrir quelque difficulté; mais s'il avait mieux compris la mission d'Esdras, il aurait reconnu que l'interprétation qui part de la septième année d'Artaxerxès ne laisse aucun doute : il aurait vu qu'il y a là un bon terrain -, qu'il faut s'y cantonner, etque le texte, interprété consciencieusement,offre un mur impossible à renverser. En donnant son concours à ceux qui veulent le démolir, Calmet a obtenu les suffrages de quelques-uns de ceux qui rient de sa simplicité : tout heureux de trouver chez lui une interprétation anti-messianique de la prophétie des soixante-dix semaines, un rationaliste de notre temps l'a appelé « un judicieux écrivain ». Calmet a, en effet, été applaudi à ce sujet, mais au prix d'une absurdité.
Coup d'œil sur les rêveries proposées par les criticistes du dix-neuvième siècle pour aboutir à une interprétation anti-messianique de la prophétie des soixante-dix semaines — Ces commentateurs ne sont guère que des Sosies de Marsham : comme lui, ils prennent de purs postulats, nullement démontrés et contraires au texte, pour des conceptions sérieuses, et ils les admettent comme des axiomes. Au fond, ils se contentent de combiner, selon la formule, un imbroglio qui n'est pas mieux réussi que celui du chevalier anglais ; ils nous répètent