‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 22 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l'autel de Jéhovah, ou, en un mot, la substitution de l'idolâtrie au culte du vrai Dieu. Il s'agit là du plus horrible forfait dont les annales juives aient conservé le souvenir : un jour arriverait où, sur l'autel des holocaustes, on offrirait des sacrifices à une divinité païenne. C'est ce qui arriva au temps d'Antiochus. Aussi, voyons-nous que, après la période déterminée par le Saint, Judas Machabée ayant pénétré dans Jérusalem, trouva le temple désert, les portes brûlées, le hiéron encombré de broussailles qui, après l'abandon du temple, avaient poussé partout : la prophétie de Daniel s'était accomplie : le péché du désolé, du sanctuaire désolé ou de la désolation du temple, le péché relatif à l'autel grec avait été consommé. A la vue de cette désolation, Judas et tous ceux qui le suivaient ne purent s'empêcher d'éclater en sanglots.

b Le donner, têt, infinitif kal nominascens de ^jrij donner, accorder; avec un autre infinitif, permettre de faire une action : combien de temps durera... le donner. Ce verbe a pour régimes les mots « saint et armée » et un autre accusatif, le subst. mirmas (de DD1, fouler aux pieds, écraser, opprimer), qui ne signifie pas l'action de fouler aux pieds, mais « ce qui est foulé aux pieds. » Ce mot est ainsi traduit par Maurer : dare et sacrarium et exercitum conculcandum) et par Rosenmùller : et visio dandi, i. e. de dando et sanctum et exercitum conculcationem Le sens passif est parallèle à celui qui est indiqué par le mot somëm, dont cette dernière clause est une explication.

Le «saint, » unp, ne signifie pas seulement le sanctuaire : l'abstrait est employé ici pour le concret et l'article a été omis. De sorte que ce mot peut signifier tout ce qui est saint et consacré à Dieu. L'armée zaba, sans article, parce qu'avec l'article ce substantif aurait désigné l'armée d'Antiochus, dont il est parlé au verset précédent. Ici, comme l'indique le contexte, il s'agit de l'armée ou de la congrégation juive, de la partie de la nation qui résista aux injonctions et aux menaces du tyran, et qui, par suite, fut foulée aux pieds ou opprimée.

On trouve étonnant que, dans cette interrogation, le Saint parle comme s'il avait eu lui-même la vision que Daniel vient d'avoir. Mais il n'est pss difficile de comprendre que le Fils d'homme pouvait avoir eu lui aussi la même vision, la même révélation que Daniel. La vue de l'autel profané l'avait rendu très désireux de connaître et de faire connaître en même temps à Daniel combien de temps durerait la désolation du sanctuaire, la profanation de l'autel dévasté, désolé,

4 4. Et il lui dit c : jusqu'à*1 deux-mille trois cents soirsmatins'; et le sanctuaire sera purifié f.

c Dans le texte actuel on lit : il dit à moi, 'elaî (>Sn). Rosenmùller voit ici une négligence de l'auteur qui oublie ici que c'est l'Ange qui a interrogé. Mais pourquoi supposer une négligence, lorsqu'on peut très bien comprendre que la réponse ait été aussi et en même temps adressée à Daniel, qui n'avait pas exprimé, il est vrai, sa demande, mais qui n'en avait pas moins le désir de connaître la durée et des profanations et de la persécution, qu'il entrevoyait dans sa vision ? On peut donc très bien admettre que la révélation de ce secret ait été aussi faite directement à Daniel : la réponse est donnée de telle sorte que Daniel puisse l'entendre. D'un autre côté, quoique tous les manuscrits qui sont parvenus jusqu'à nous portent 'ë/ai, il n'en est pas moins vrai que l'antiquité en a connus dans lesquels on trouvait vbx (* ^U1)- C'est évidemment d'après une leçon ancienne que les LXX, Théodotion et la Vulgate ont traduit ainsi : xoù efrcsv aùxto ; et dixit ei (et il lui dit). — d Et jusqu'à. La réponse à trait à la demande ; et celle-ci a pour but de connaître la durée de la désolation. Cette expression peut comprendre la durée des persécutions et des crimes qui eurent lieu à Jérusalem sous le règne d'Antiochus, ou, plus spécialement, la durée de la période où la persécution fut poursuivie avec le plus d'acharnement, et surtout la durée de l'interruption du culte de Jéhovah. Il ne s'agit certainement pas de l'intervalle écoulé depuis l'année où Daniel eut sa vision jusqu'à l'année où finit la persécution d'Antiochus.

e L'expression hêreb boqer a été interprétée de deux manières. De nombreux commentateurs ont pensé que -]p2 2~)V indique un jour plein, et peut se prendre comme un équivalent du mot grec vu^0^[j.Epov (II, Cor. XI, 25). Ce serait l'espace de temps comprenant une nuit et un jour ou, en d'autres termes, un jour de vingt-quatre heures. Mais, par elle-même, cette expression ne désigne pas un jour composé d'une nuit et d'un jour : le soir et le matin ne font pas un jour entier. Sans doute, les Hébreux ainsi que divers autres peuples, commençaient les jours au coucher du soleil et mettaient la nuit avant le jour. Cet usage ne provenait pas de l'expression de la Genèse où quelques traductraducteurs inexacts ont supposé que les jours de la création sont comptés d'après la succession du soir et du matin : les

Page 1