CHAPITRE VIII
jours génésiaques commencent le matin et le texte les termine en disant : « Il fut soir, il fut matin : un jour » (Gènes., I, 5, 8, 13). C'est ce que la Vulgate rend très bien en la ponctuant ainsi : Factum est vespere, et mane : dies unus, etc. (Voy. Les Origines de la terre et de l'homme, p. 4 97). Le soir et le matin de l'Hexaméron ne forment pas à eux seuls un jour entier ; il y a de plus l'intervalle du matin au soir dans lequel se produit l'œuvre spéciale de chacun de ces jours. Mais on sliabitua à compter les jours a vespera ad vesperam, parce qu'on supputait les mois et les jours d'après le lever de la lune, et que la lune ne commence à paraître que le soir. D'un autre côté, nous voyons que lorsque les Hébreux voulaient exprimer séparément un nombre de jours et de nuits, ils énonçaient à part chaque nombre des parties du tout. Ils disaient, par exemple, quarante jours et quarante nuits (Genèse, VII, 4, 12; Exod. XXIV, 18), trois jours et trois nuits (Jonas, II, 1 ; Math., XII, 40) : ils ne disaient pas quatre-vingt jours-nuits, six jours-nuits. Aussi pouvons-nous constater que les LXX et Théodotion n'ont pas vu dans notre texte un équivalent de nuit jour ou de vu^0/];j.spov. On lit dans ces anciennes versions : £wç ïordpaç, xoà rcpwï, fj^épai oia^iXioa... (jusqu'au soir et au matin, deux mille...)-, et la Vul gâte reproduit cette traduction : Usque ad vesperam et mane dies duo millia, etc. Il est vrai que ces traductions introduisent dans le texte original le mot «jours » qui n'y est pas exprimé ; mais elles ont conservé à chacun des mots hërëb boqër leur sens propre. Il se peut cependant que la vision ait indiqué, par l'expression «soir- matin, » un jour entier. Dans ce cas, les critiques seraient autorisés à regarder la réponse du Saint comme indiquant une période de 2,300 jours.
Mais comme la suppression des sacrifices et la profanation de l'autel du Très-Haut sont les deux faits saillants de cette vision, nous ne saurions être étonnés que le texte indique pir le mot hërëb, soir) « le sacrifice du soir, » et par le mot boqer (matin), « le sacrifice du matin. » De la sorte, l'expression hërëb boqer signifierait les deux sacrifices qui se faisaient séparément chaque jour : d'après cette interprétation, il s'agirait de 2,300 sacrifices; et, comme on en offrait deux par jour, il ne serait question ici que de 1 ,1 50 sacrifices du soir et de 1 ,1 50 sacrifices du matin ou de 4,150 jours. Les deux subst. hërëb boqër ne sont pas unis ici par une conjonction, et on peut les regarder comme formant une expression populaire employée pour désigner les deux sacrifices de chaque jour et comme un équivalent du mot tamid, qui corn-
prend les deux sacrifices quotidiens. Nous ne repoussons aucune de ces deux interprétations. Le Saint peut avoir voulu que sa réponse fut à double entente et que sa révélation embrassât deux périodes très importantes pour le peuple juif.
e Le sanctuaire sera purifié, nizdaq ; littér. sera justifié : il redeviendra conforme à la loi, à la justice. Le verbe zadaq signifie « être juste, intègre ; au niphal, «être justifié, vengé des insultes, purifié. Quelques critiques ont traduit : sera veng,é (justice lui sera rendue ; la sainteté lui sera restituée) ; les-LXX et Théodotion ont traduit ainsi : le sanctuaire (to ayiov) sera purifié. » Cette purification ou réhabilitation du sanctuaire fut faite par Judas Machabée : le 25 du mois de kislev (25 décembre) de l'an 165 av. J.-C, l'autel des holocaustes fut rendu à sa juste ou légale destination.
Accord entre l'histoire et la prédiction relative aux 2.300 soirs-matins). — Nous avons vu que l'expression hereb boqêr a été expliquée de deux manières. De là proviennent deux conclusions que nous allons exposer :
1° D'après quelques critiques (Cornélius A Lapide, Pererius, Bertholdt, Hsevernick, Lengerke, Maurer, Keil, Herzfeld, Wieseler, etc.), elle signifie un jour de vingt-quatre heures. Nous pourrions supposer que les Juifs se sont habitués à regarder l'expression « soir-matin » comme désignant un jour entier. Il suivrait de là que l'oracle des 2,300 soirs-matins comprend une période de 2,300 jours, c'est-à-dire, en comptant par mois de 30 jours ou par année de 360 jours, une durée de 6 années, 4 mois et 20 jours ; ou, si la révélation a en vue des années de l'ère de Nabonassar , ou des années syriennes de 365 jours , une durée de 6 ans, 3 mois et 20 jours. Il est, d'ailleurs, certain que la purification du Temple eut lieu le 25 décembre de l'an 4 65 avant notre ère (Cfr. I, Mach., IV, 53). A cette époque recommencèrent l'offrande des sacrifices et les exercices du culte. C'est le terminus ad quem, le dernier terme des 2,300 jours. D'après cette donnée, nous pourrions aisément trouver le terminus a quo ou le commencement de cette période. En effet, si nous remontons de 6 années, 4 mois et 20 jours, nous arrivons vers la fin de juillet de l'an 171 av. Jésus Christ (l'an 143 des Séleucides). Ce serait le point de départ des jours indiqués par la vision. Ce fut alors que commencèrent les violences d'Antiochus Epiphane contre le temple et contre les Juifs fidèles au culte de Jéhovah. Ce tyran avait, en 172, imposé Ménélas comme grand prêtre et celui-ci, abjurant la religion mosaïque