CHAPITRE IX
une môme fable dont toutes les péripéties ont été éventées. Nous avons déjà montré le néant de leurs prémisses, des points fondamentaux de leur rêverie et de toute leur argumentation. Nous nous contenterons de les signaler.
Corrodi avait déjà, vers la fin du dix-huitième siècle, essayé de relever les affaires de l'exégèse anti-messianique de nos versets 24-27. Pour arriver à ce résultat, il a cru qu'il suffisait de détacher les quarante-neuf ans du commencement et de les mettre à la fin ; de sorte que, au lieu des divisions de Daniel (49, 434, 7), il obtient 434, 7, 49. Les quatre cent trente-quatre ans vont de la prophétie de Jérémie (606 av. J.-C.) jusqu'à la première invasion de la Palestine par Antiochus Epiphane (170 av. J.-C); les sept ans doivent finir à la mort d'Antiochus (164) et les quaranteneuf ans qui ont été reportés à la fin forment une période au bout de laquelle le Messie devait venir. Cette explication est évidemment arbitraire et en opposition avec le texte. Qu'il nous suffise de rappeler que le point de départ ne saurait être justifié (voy. pp. 929-934).
Bertholdtest le premier critique du dix-neuvième siècle qui s'offre à nous. Dans son travail daté de 1 806-1808, cet écrivain qui, pendant quelques années, fut regardé comme le véritable interprète de Daniel, avoue que le but n'a pas été atteint par ses collègues en exégèse anti-messianique. Il essn ja donc un autre moyen, qui fut aussi adopté par Rosenmûller. Supposant donc qn'Antiochus était infailliblement l'objet de cette prophétie, Bertholdt pensa que si les rationalistes ne peuvent pas établir leur hypothèse, la faute en est due à Daniel et non à son commentateur. Il se croit ainsi fondé à supposer queles soixante-dix semaines ne sont qu'un nombre prophétique indéfini. D'après lui, les soixante-dix années de Jérémie ne doivent pas être regardées commeUndiquant une période déterminée; de cette assertion contraire aux faits, il se croit permis de déduire qu'il en est de même des soixante-dix semaines de Daniel. Cependant, on peut constater que les divisions de ces années par la prophétie (7, 62, 1) n'offrent pas cette indétermination. Soixante-deux n'est pas un nombre septénaire. Bertholdt en vient alors à dire que pour avoir les soixante-dix semaines, l'auteur a allongé le temps qui s'est écoulé entre Cyrus et Antiochus Epiphane, et qu'il a ainsi falsifié la chronologie, en lui supposant une durée de soixante-deux semaines ou quatre cent trente-quatre ans au lieu de trois cent soixante et un an.
Le motif que porte ensuite Bertholdt à introduire ainsi Antiochus Epiphane dans la prophétie des soixante-dix semaines, est
qu'il est question de cet Antiochus dans les chap. VIII et XI* Elargissant ce point de vue, Bertholdt constate, d'un autre côté, que la prophétie s'occupe aussi d'Alexandre, dans ces chapitres, et il conclut de cette mention que le conquérant macédonien est aussi désigné dans le neuvième chapitre. Mais comme il n'y a pas d'autre place pour lui, Alexandre sera « le Messie qui doit être retranché. » Mais ce prince mourut, en 333, de mort naturelle (le sens de karat, qui indique une mort violente, suffit pour réprimer cette opinion de Bertholdt) ; et le commencement de la persécution d'Antiochus (le Chef-le-Venant) eut lieu en décembre 168, c'est-à-dire un siècle et demi après. Ainsi, « après soixantedeux semaines » signifie « dans la seconde moitié de soixantedeux semaines. » De la sorte, la prophétie signifie : Et vers la fin des soixante-deux semaines un oint (Alexandre) sera retranché et il n'aura pas (de successeur de sa race) ; et la ville et le sanctuaire seront détruits par une armée d'un prince qui viendra après. » L'oracle de Daniel aurait été ainsi écrit pour nous apprendre que la mort dAlexandre arriva cent cinquante ans avant la fin des soixante-deux semaines; et que la destruction de la ville et du sanctuaire eût lieu après l'expiration des soixante-deux semaines. On peut remarquer, d'ailleurs, que le critique allemand se garde de dire que ni la ville, ni le Temple ne furent détruits par Antiochus ou vers le temps de son règne.
D'autres contradictions sont encore à signaler entre le texte et l'explication donnée par ce rationaliste. Il explique le verset 24 de la façon suivante : « Soixante-dix fois sept ans ont été décrétées sur ton peuple et sur ta ville sainte, jusqu'à ce que l'iniquité soit consommée et que la mesure des péchés soit comble, et que la transgression soit expiée par la souffrance et la punition, et que la prospérité des anciens temps soit ramenée, et que la prophétie (de Jérémie) soit accomplie, et Saint des Saints (le Temple) consacré (par Judas Machabée). » C'est arbitrairement et faussement que Bertholdt prend pour point de départ la destruction de Jérusalem par Nabchodonosor (en 588). Cette date est loin d'être indiquée par le texte et elle est antérieure de cent trente ans au fait signalé par l'Ange. Bertholdt commence ensuite les soixante, deux semaines à l'avènement de Cyrus ^Messie-Chef) àBabyloneen 536, et il les termine à l'année 170. Ces soixante-deux semaines ne font que cinquante-deux semaines et deux mois, c'està-dire trois cent soixante-six ans au lieu de quatre cent trentequatre ans.