‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 222 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Bîeek (Schleierm. Zeitschr.\ III, 291, 2) a adopté la division de Bertholdt, mais en faisant finir les soixante-deux semaines d'abord à Séleucus Nicator et ensuite à Séleucus Philopator (Jarbiicher, f. Deutsch. Theol., 1 860). Il n'a pas même essayé d'apporter une ombre de preuve pour établir que le point de départ des soixante" dix semaines doit être pris de l'an 588 (destruction de Jérusalem) ou du temps en général où Jérémie a prophétisé. Même dans ce cas, il n'obtient que quatre cent vingt-quatre ans jusqu'à l'an 164, au lieu de quatre cent quatre-vingt-dix, et il ne peut ainsi faire aboutir la prédiction à Antiochus Epiphane. Il est vrai que, confiant outre mesure dans sa théorie, il a osé dire que « l'auteur, au sujet du temps qui s'est écoulé depuis Jérémie, croyait qu'il y avait eu une durée de soixante-dix semaines à partir de cette époque jusqu'à Antiochus. Bleek attribue ainsi à Daniel une erreur de soixante-seize ans. Il n'en coûte rien de se tirer d'affaire de la sorte -, mais aussi doit-on avouer qn'on n'en a que pour son argent.

Eichhorn n'eut donc pas de peine à voir que la réalité donnait ostensiblement tort à Bertholdt et à ceux qui l'avaient précédé ou suivi dans la carrière négative. Pour amender la théorie antimessianique , il chercha dès lors à s'ouvrir une autre voie. Il a donc calculé les soixante-deux semaines ou les quatre cent trente-quatre ans à partir de la déposition d'Onias III par Antiochus Epiphane (175 av. J.-C, lisez : 174), et il remonte à l'an 609 (trois ans seulement avant la première prophétie de Jérémie, laquelle n'annonce rien au sujet de la reconstruction de la ville), et il dit que « deux ans » ne peuvent entrer en ligne de compte lorsqu'il s'agit de semaines d'années qui comprennent des nombres ronds (il aurait cependant fallu faire voir que ce point de départ est conforme à celui qui est indiqué dans le texte). Pour les sept semaines, il les commence au décret de Cyrus, en 536, et il veut trouver au bout des quarante-neuf ans son Messie-le-Prince. Il suppose, d'ailleurs, que ce Messie doit être un persécuteur, et il n'eut pas de peine à voir que Xerxès n'en fut pas un. Revenant alors en arrière et comptant les années en remontant, il en vient à s'imaginer que les quaranteneuf ans tombent deux ans avant la destruction de Jérusalem par Nabuchodonoser (il convient d'une durée de cinquante-deux ans). En résumé, il part de la destruction de Jérusalem, tandis que l'Ange indique une parole pour rebâtir cette ville. Malgré cette divergence si grave, il se flatte de trouver, dans le gâchis qu'il fait, une nouvelle interprétation de la prophétie de Jérémie.

Une autre bizarrerie , acceptée par ce critique, consiste, en effet, à prétendre que, lorsque Jérémie a parlé de soixante-dix ans de calamités (lisez transmigration, dévastation de la Judée, ruine de Jérusalem) , il n'a pas eu en vue soixante-dix ans, mais soixante-dix fois sept ans. Il prétend que, à la fin de la Captivité (en 536), il ne s'était pas écoulé soixante-dix ans, mais seulement sept semaines ou quarante-neuf ans (il fait commencer la captivité à la destruction de Jérusalem). Puis , il conclut ainsi qu'il suit : o Si on prend sept fois sept, et si on les ajoute aux soixante-deux fois sept ans , qui se sont écoulés depuis le temps où Jérémie prophétisait jusqu'à Antiochus Epiphane , et si l'on y joint à tout cela les sept ans de sa persécution , on obtient exactement le moment où la nouvelle prospérité des Juifs allait commencer ». Eichhorn entend, en effet, ainsi ce verset : « Depuis le moment où Cyrus ordonna de rebâtir Jérusalem jusqu'à l'Oint-prince, Nabuchododosor, qui détruisit cette ville, il y a quarante-neuf ans, et pendant soixante-deux semaines les rues et les murs seront rebâtis. » Mais où fait-il commencer les soixante-deux semaines ? Non pas du décret de Cyrus qu'il a choisi, ni de la destruction de Jérusalem qu'il prend pour point de départ, mais de la prophétie de Jérémie qui a précédé la destruction : c'est par ces finesses cousues de fil blanc qu'il masque l'opération par laquelle il verse les sept premières semaines dans les soixante-deux semaines suivantes. En définitive, il fait commencer les soixante-deux semaines à l'an 606, et il n'aboutit à Tan 174 qu'en biffant de son calcul les sept premières semaines. Eichhorn a compris, du reste, lui-même, que tout cela n'était pas intelligible : il le trouve « cabalistique ». Il aurait pu lui venir à l'esprit que la confusion ne doit pas être attribuée au prophète, mais à l'interprète. Nous pouvons donc nous abstenir d'exposer les autres inexactitudes du système de ce critique allemand. Pusey définit cette flibusterie exégétique « un criticisme malhonnête » (dishonest criticism). Il est bon, toutefois, de remarquer qu'Eichhorn était alorsun oracle et que des protestants qu'on tenait pour des théologiens sérieux acceptèrent ce résultat comme une représentation adéquate de la pensée du prophète.

Paulus accepta donc le système d'Eichhorn, mais en substituant au Messie-Nabuchodonosor le Messie-Sédécias, qui est signalé dans le quatrième livre des Rois (ch. XXIV, 19) comme « ayant fait le mal devant le Seigneur ». Ainsi, ce critique s'efforce de suppléer à la fantaisie d'Eichhorn par une autre

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