CHAPITRE IX
fantaisie. De Cyrus, il remonte à Sédécias et, de la captivité de Sédécias (588), il descend au meurtre d'Onias (171). Mais il n'obtient que 417 ans; de sorte que le meurtre de son oint arrive dix-sept ans avant le terme de quatre cent trente-quatre ans , qu'il s'était proposé d'atteindre (66 avant la fin des soixanteneuf semaines ou des quatre cent quatre-vingt-trois ans). Sa traduction de ce passage du verset 25 mérite, d'ailleurs, d'être mentionnée : « Et dans le cours des temps (au lieu de : et dans Vangoisse des temps), et après soixante-deux semaines d'années, Messie sera retranché , et le peuple qui doit venir détruira la ville et le sanctuaire (qui ne furent pas détruits à cette époque) » ; ce qui signifie : Onias III sera assassiné 1 7 ans avant le terme de quatre cent trente-quatre ans et Antiochus détruira la ville et le sanctuaire après cette date. Evidemment, il ne pouvait ignorer que l'expression « dans l'angoisse des temps » n'a jamais signifié « dans le cours des temps ». Il ne pouvait pas ignorer non plus qu'il faisait du galimatias en prenant pour point de départ l'avènement de Cjtus (537), et en comptant sept semaines d'années en arrière pour aboutir à Sédécias (588). Il subtilisait, il est vrai, ainsi ces sept premières semaines ; et il n'en demandait pas d'avantage. Inutile d'ajouter qu'il ne motive en aucune façon le choix qu'il fait du terme initial des soixantedeux semaines, terme qui n'est bien certainement pas celui que le texte impose.
Wieseler a très bien reconnu qu'il ne fallait pas tenir compte de Vathnach, comme point d'arrêt, au vs. 25 (1). Mais il déclare, à priori, que toute explication des versets 24-27, qui ne se borne pas à indiquer une délivrance (Erlb'sung), des malheurs qu'endurait la nation juive à cette époque (aus dem gegenwartigen Elende), est erronée (Die 70 Wochen, etc., p. 13). Nous disons à priori, parce que la preuve de cette opinion est sans valeur; elle consiste dans cette hypothèse qui n'est pas justifiée : « Car c'est avant tout au sujet de ce malheur de l'exil que Daniel avait prié (denn in Bezug auf dièse ward von Daniel zuniichst gebetet) . La prière de Daniel n'a en vue, en effet, que secondairement les calamités de l'exil. Aussi Stuart remarque-t-il justement qu'il suffit de lire les versets 16-19, pour voir que Daniel est plus
(1) Voici sa traduction de ce verset : Vom Ausgange eines Wortes., zurùckzuftihren (das Volk) und zu bauen Jérusalem bis zu einem Gesalbten, einem Fùrsten, sind 7 Wochen und 62 Wochen ; wieder wird es aufgebaut werden in die Breitc und beschlossen ict's und in Enge derZeiten (Die 70 Wochen, etc., p. 19).
préoccupé du culte de Dieu et des dévastations de Jérusalem et du sanctuaire, que de la condition politique et civile des captifs juifs dont la situation en Babylonie n'était pas intolérable. Les fils de Jacob surent même la rendre très supportable. Daniel et les Juifs pieux avaient surtout souci du culte du Très-Haut et du développement delà vraie religion. Ils ne s'occupaient de Jérusalem et du temple qu'en vue du salut et de l'avènement du Messie. C'est pourquoi le verset 24 contient l'assurance que , au temps décrété , Dieu y pourvoira. De la sorte la réponse de l'Ange porte sur la principale demande du prophète (voj. p. 883 et se.).
D'un autre côté, Wieseler ne saurait limiter les promesses du ▼s, 24 de manière à ne leur faire signifier qu'un simple retour de l'exil, accompagné d'une reprise des rites religieux et d'un renouvellement des privilèges, après soixante-dix semaines de jours, depuis la vision de Daniel. Le texte est, en effet, trop remarquable et il a une signification telle que l'on ne peut borner les promesses qu'il renferme au simple retour de la captivité et aux événements qui eurent lieu à cette époque. Puis, c'est encore sans aucun fondement que Wieseler essaie de transformer les soixante-dix semaines en semaines de jours. Il n'a adopté ce sentiment que parce qu'il veut que la prophétie ait eu son accomplissement sous Cyrus, à partir du décret qui donna aux Juifs la liberté de retourner à Jérusalem. Dans ce but, il prétend que les soixante-dix semaines du vs. 24 indiquent le temps qui manquait à la première année de Darius (il a pris au sérieux le Cyaxare II, oncle fictif de Ojrus, qui aurait régné à Babylone après la conquête que celui-ci en avait faîte), pour arriver à l'accomplissement de la prophétie de Jérémie, relative à la fin de l'exil. (Ibid., p. 92.) Mais cette hypothèse est renversée par le fait que la vision de Daniel, qui eut lieu sous Darius le Mède ne doit pas être reportée à l'an 69 de l'exil (538-537), mais à l'an 558, vingt ans plus tôt. C'est encore à tort qu'il veut que, dans ce verset, nabi (prophète) signifie Jérémie et que hazén (vision) idique la prophétie des soixante-dix ans. Le sens de ces expressions est plus général (voy. pp. 912-914). Enfin, il n'est pas vrai que «l'onction du Saint des Saints» ait trait à la reconstruction de l'autel des holocaustes par Josué et Zorobabel (voy. pp. 915-923-, spécial, p. 929). Il ne faut pas négliger non plus de faire remarquer que l'Ange prend le point de départ de ces soixante-dix semaines, non pas au décret permettant de reconstruire le Temple, mais à une autorisation qui doit avoir pour
objet la reconstruction de Jérusalem. Ainsi il ne peut être question, dans le cas présent, d'une période de 490 jours, commencée dans l'année 538, année de la prise de Babjlone par Cjrus.
Notre attention doit se porter aussi sur le mélange fantaisiste que Wieseler fait de semaines de jours et de semaines d'années. Après avoir supposé que les soixante-dix semaines du vs. 24 sont des semaines de jours, il prétend que les 7 4-62 + 1 semaines du vs. 25 sont des semaines d'années. Et il croit prouver que ces semaines détaillées doivent être prises dans un sens différent, parce que, dit-il., les événements qu'elles renferment, parmi lesquels sont compris ceux de la soixante-dixième semaine (versets 26-27), exigent un temps plus considérable. Il voit dans ces versets un tableau dû châtiment de l'ennemi des Juifs (Antiochus Epiphane). Sans doute, Wieseler a eu raison de croire que la division 7 -|- 62 + \ font un total dont les parties sont de même nature. Mais il aurait dû comprendre que ces divisions se rattachaient aux soixante-dix semaines du vs. 24, dont elles offrent le développement. Notons encore une particularité étrange de ce système. Les sept premières semaines n'y trouvent pas leur place. Wieseler prétend dès lors que l'auteur n'a pas voulu en tenir compte. Se demandant, toutefois, pourquoi elles ont été mentionnées, le critique allemand répond que c'est afin d'harmoniser sa prophétie avec l'omission présumée de sept années dans la prophétie des soixante-dix ans de Jérémie relative à l'exil ; ou bien par crainte que les soixante-dix semaines du vs. 24 étant comptées comme des semaines d'années antérieures à Antiochus, on put être tenté de les compter à reculons, comme avait fait Corrodi. MaisWieseler fut bientôt mécontent de ses propres allégations : il condamna cette théorie qu'il avait trouvée admirable, et il reconnut qu'elle était évidemment arbitraire et contraire au texte.
Voulant toutefois, coûte que coûte, faire finir la soixantedixième semaine au moment où Antiochus mourut dans une expédition guerrière en Elymaïde, Wieseler adopta un autre système que nous avons déjà suffisamment réfuté. Il a accepté comme certain que Gabriel compte les années de la captivité à partir de l'emprisonnement de Joachim en 599 (598). De sorte que les soixante-dix ans d'exil prédits par Jérémie sont abrégés de sept ans Cest une assertion contraire aux faits, puisque d'après Daniel lui-même Ja déportation a commencé dans la troisième année du règne de Joachim et qu'il est parfaitement établi que Cette captivité a duré soixante-dix ans (de 607 à 537). Mais cette
hypothèse lui suffit pour admettre que les soixante-dix semaines (vss. 25-27) sont aussi raccourcies de sept semaines et que, dès lors, il n'a à tenir compte, non plus de soixante-dix semaines, mais de soixante -trois semaines ou de 441 ans. Mais pour les trouver, il a recours à un autre stratagème, et il les fait commencer à l'an 606. De sorte que la période des soixante-trois semaines va de l'an 606 jusqu'en février 4 64 av. J.-C Nous n'insisterons pas davantage sur les conclusions d'un système où tout est en l'air. On voit assez que la seconde opinion de Wieseler n'est pas meilleure que la première.
Lengerke crut donc qu'il était nécessaire de venir au secours de la théorie anti-messianique en lui apportant de nouvelles chicanes, de nouveaux embrouillements. Il commence par supposer que les sept premières semaines doivent aller de front avec les soixante-deux autres semaines, ou, ce qui revient au même, il ne les compte pas. Voici les hautes conceptions du critique prussien. « L'auteur, dit-il, divise la période de la sortie de la parole de Jérémie jusqu'à la fin, en apparence en 7+62-1-1 semaines. Ce serait toutefois une erreur si l'on voulait additionner ces trois nombres à la suite l'un de l'autre. Le nombre doit plutôt être regardé comme un mystère (DieZahl soll wielmehr ein Mysterium seyn) ; et l'apparente facilité avec laquelle il pourrait être additionné, est précisément voulue,, avec intention, pour donner plus d'intensité à cette mystérieuse obscurité. L'écrivain divise la période, à partir du terminus a quo (c'est-à-dire l'an 588 av. J.-C), en deux périodes, l'une de soixante-deux et l'autre de huit semaines. Dans la première, il assigne une période de sept semaines à Cyrus, et puis il reprend de nouveau le compte des années à partir du même terminus a quo (c'est-à-dire encore de l'an 588 av. J.-C). Ainsi, les nombres 7 et 62 courent parallèlement; tous deux commencent au même moment; mais les sept arrivent à leur terme pendant les soixante-deux semaines. La plus petite période est mentionnée pour deux raisons 1° à cause de l'importance considérable de Cyrus pour les Juifs 2° de cette manière le nombre sacré trois est mis en saillie il ne restait à l'auteur — la sainteté du nombre sept ayant été plus d'une fois prise en considération — que le nombre sept. Car, puisque, dans le but de désigner plus spécialement le temps d'Antiochus et de le montrer plus distinctement, une semaine (vs. 27) devait être placée à part, et que le nombre de soixantedeux semaines était fixé, il était forcé, pour ce motif, en avançant vers la fin, de distinguer une période non indiquée (eine