CHAPITRE IX
chus Epiphane devait être marqué par la semaine et la demisemaine. Lengerke repousse ces hypothèses et répond : 1° que la date de 609 est antérieure de vingt-deux ans à la destruction de Jérusalem ; 2° qu'il n'y a aucune autorité pour fixer la date de l'avènement de Cyrus ; 3° que la mort de Philopator, dans ce système, était le terme des soixante-deux semaines: et que, d'après l'hypothèse qu'il était le Messie, elle avait lieu après ces mêmes semaines-, 4° que dans le texte de Daniel, la demi- semaine était bien certainement une partie de la semaine, comme le prouve l'emploi de l'article [hhatzi haschschabouang), dans la demi ou dans le milieu de la semaine; 5° qu'il n'y avait aucun motif pour allonger la période jusqu'au règne d'Hyrcan. Néanmoins, Lengerke adopte cette étrange conception d'une période de huit semaines. Mais il ordonne à ces huit semaines de rebrousser chemin et il fait aller ces cinquante-six ans de la mort d'Antiochus Epiphane (164 av. J.-C.) à l'année 220 qui coïncide à peu près avec le commencement du règne d'Antiochus III le Grand, qui' monta sur le trône en 224. Ainsi, pour rendre compte des huit semaines qui lui restent, il ne trouve rien de mieux que de les compter en remontant (aufivarts), en revenant en arrière (page 445). Peu de mots suffiront pour faire remarquer que tout ce remaniement et toutes ces complications de la prophétie n'offrent que des inexactitudes. En partant de l'an 588, les soixante-deux semaines nous portent en 154 : dix ans après la mort d'Antiochus-, et en comptant les huit semaines ou les cinquante-six ans en remontant en arrière à partir de l'année réelle de la mort d'Antiochus (164), nous arrivons à l'an 220, qui ne se rapporte à aucun événement important, car il tombe quatre ans avant l'avènement d'Antiochus III et dix-huit ans avant la défaite de Ptolémée Epiphane (203). Lengerke pense, du reste, très justement, que l'on n'explique pas ces différences en attribuant, avec Hitzig, à l'auteur, l'ignorance de la chronologie (Gradezu Unkenntniss der Chronologie, xoie Hitzig, a. a. 0. S. 153. meint... war wohl nicht der Grund). Mais il a une manière de s'en tirer tout aussi légèrement et d'une façon tout aussi impertinente. Il se contente de dire que « l'auteur n'a pas pris scrupuleusement en considération cet excédant d'années et que, absolument lié par le nombre 70, il a laissé reposer cet inconvénient sur luimême » (so sind wir genôthigt und auch hinlanglich berechtigt zu der Behauptung, dass der Verf. jenen Ueberchuss von Jahren nicht ângstlich berûchsichtigt, und, weil et einmal an die Zahl 70 gebunden war dièse Inconvenienz auf sich habe beruhen hissen). C'est là une explication bien commode!
Nous n'avons pas besoin d'insister sur les autres interprétations chimériques de Lengerke que nous avons déjà réfutées : ]e dabar dont parle l'Ange ne se rapporte pas au dabar du vs. 2 (voy. p. 888) ; il n'est pas question d'expliquer la prophétie de Jérémie et de transformer les soixante-dix ans de l'exil en soixante-dix semaines d'années (pp. 883, 885, 925); les vains radotages de Lengerke à propos de Yathnach , ont été réfutés (pp. 953-957), etc., etc.
Hitzig a, de son côté, très bien compris que la date de la sortie de la parole n'est pas indiquée clans les chap. XXV et XXIX de Jérémie (voy. p. 930). Mais il s'arrête à la prédiction des ch. XXX, XXXI, du môme prophète; et il suppose qu'ils furent écrits en 588, année de la destruction de Jérusalem, mais c'est en vain qu'il en appelle au contenu de ces chapitres. Les conseils de Jérémie aux captifs détenus à Babylone font plutôt remonter ces chapitres à l'an 594 (v. p. 931). D'ailleurs, nous avons montré que dans cet oracle de Daniel, il ne s'agit d'aucune prophétie de Jérémie (voy. pp. 929-934). L'unique motif du choix de la date de la destruction de Jérusalem , c'est que de la sorte on aboutit à un « Oint, le Prince » qu'on veut trouver au bout de quarante-neuf ans. Hitzig fait donc finir ces quarante-neuf ans à l'année 539, et il prétend que ce fut à cette époque que Cyrus entra la première fois (zuerst) dans l'horizon des Juifs. Il y avait cependant vingt ans que Cyrus faisait assez parler de lui dans toute l'Asie. Les Juifs ne pouvaient pas ignorer, en particulier, que Cyrus avait conquis la Médie et détrône Astyage dix ans auparavant , en 549. Mais Hitzig a son siège fait : pour lui le Messie-Nagîd est Cyrus et il admet, avec Eichhorn et Wieseler, que « le Messie retranché » est le grand-prêtre Onias III. Il reconnaît, du reste , que les dates ne s'agencent pas avec les interprétations fantaisistes que ses collègues en rationalisme et lui-même en donnent. Mais il croit se garer en prétextant « l'ignorance » de l'auteur des livres de Daniel. Le vrai coupable, cependant, n'est autre que le critique qui s'obstine à prendre un point de départ faux , et à embrouiller ainsi un texte qu'il prétend expliquer.
Ewald ne pouvait manquer de se faire encore, à propos de l'oracle de Daniel, te champion du rationalisme. Il essaya donc de défendre l'interprétation anti-messianique. Prenant les nombres selon l'ordre donné, il les a remanié à sa guise -, mais il n'a abouti qu'à les faire inexacts et discordants. D'après lui, le point de départ des semaines tombe dans la quatrième année de Joa-