CHAPITRE IX
dra sur ce qui est terrible » (Hist. crit. de l'Ane. Test., tome II, p. 543, 544).
Le professeur hollandais fait suivre cette traduction de cette réflexion : a le non-sens qu'offre ce dernier verset provient probablement d'une erreur de copiste ». Il aurait jugé plus correctement ce passage, s'il l'avait attribué à une erreur du traducteur, ainsi que nous l'avons constaté déjà (p. 1035). En comparant la version de Kuenen avec le texte, nos lecteurs>emarqueront aisément quelques inexactitudes et en particulier le contre-sens au sujet du point virgule après « sept semaines ». La discussion des interprétations et des conclusions que nons contestons à Kuenen, a été faite dans notre exégèse du texte ; et nous n'aurons, pour les réfuter, qu'à nous reporter à notre précédent travail. Toutefois, pour que l'on ne puisse pas nous accuser d'avoir affaibli les arguments de ce critique, nous allons citer en entier le passage où il commente les versets 24-27, et où il s'efforce d'en établir le caractère anti-messianique. Après avoir donné la traduction que nous venons de transcrire, il s'exprime ainsi :
« Tâchons de rendre cette traduction un peu plus intelligible :
» Nous avons dit que les prédictions contenues dans les versets 24-27 ont été mises dans la bouche de l'ange Gabriel. Voici donc ce qu'il est censé annoncer à Daniel : De même que Jérémie avait fixé la durée de l'exil à 70 années, l'Ange prédit que 70 semaines d'années ou 490 ans devront s'écouler avant que l'humiliation actuelle du peuple ne prenne fin, avant l'accomplissement de la prophétie (vs. 24) (1). Ces 490 années se répartiront comme suit : Depuis le moment où Jérémie avait prédit la fin de l'exil jusqu'à l'avènement au trône de Cjrus (l'oint, le prince) il y aura sept semailles ou 49 ans (2); on rebâtit Jérusalem, mais
(1) L'Ange ne dit en aucune façon que 70 semaines d'années ou 490 doivent s'écouler avant que « l'humiliation actuelle du peuple prenne fin ». C'est vouloir faire dire à Gabriel que la captivité durera 490 ans. Il y a seulement dans le texte, que les 490 ans s'écouleront avant l'accomplissement des bénédictions enumérées au vs. 24.
(2) Le texte ne dit pas : «Depuis le moment où Jérémie arait prédit la fin de l'exil »... C'est là une falsification de ce passage qui porte seulement : « Depuis la sortie d'une parole (et non pas de la parole; il n'y a aucune allusion à une parole qui ait précédé le moment où l'envoyé céleste expose cette révélation). Il est également faux que le texte finisse les sept premières semaines à «l'avènement au trône de Cyrus »; il n'est pas vrai non plus que Cyrus soit
durant 62 semaines, on 444 (sic) ans, ïa ville continuera de se trouver dans un triste état (vs. 25) (1). Cette période une fois terminée, les événements qui suivront auront lieu dans la dernière semaine (de 7 ans) (2). Le grand prêtre Onias III (un personnage oint) sera tué, Jérusalem et le sanctuaire seront pillés par l'armée d'Antiochus Epiphane (le prince qui viendra) ; on aura la guerre, la mesure des dévastations sera comblée, mais en même temps, la plupart des Juifs seront confirmés dans le culte du vrai Dieu et dans l'alliance (vs. 26, 27) (3) ; lorsque la moitié de
«l'oint, le prince » dont il est parlé. Cet Oint ne doit venir qu'après 7+62 semaines. Le Messie-Nagid est, d'ailleurs, le Messie par excellence, le Messie, en un mot, que les Juifs ont attendu sous le nom de Messie (voy. pp. 934-938).
(1) Admirons l'idée lumineuse qu'ont les rationalistes de mettre dans la bouche de l'Ange une prophétie qui a pour but d'apprendre à Daniel et aux Juifs captifs à Babylone que Jérusalem sera rebâtie «durant» 62 semaines d'années ou pendant 4-34 ans. Cette traduction est non seulement inexacte au point de vue grammatical, mais elle est, déplus, inepte quant au sens (voy. pp. 963-966). Il n'est pas vrai, d'ailleurs, que l'on soit autorisé à faire rapporter les mots 62 semaines aux mots qui suivent (emplacements et murs seront rebâtis). Enfin, il n'est pas dit que, pendant toute la période des 62 semaines, la ville se trouvera «dans un triste état», mais seulement que la reconstruction qui jorendra 49 ans se fera « dans un temps difficile ».
(21) D'après Kuenen cette période était terminée à la mort d'Onias qui eut lieu au plus tard en 170. Il n'est pas, dès lors, permis de dire que, à cette époque, la période des 62 semaines était terminée. De Cyrus (537) à l'an 170, on ne trouve que 367 ans au lieu de 434, et la mort d'Onias devrait être reportée à l'an 103 de notre ère.
(3) Onias n'a pas été et n'a pas pu être oint (voy. p. 1236-1240). Un pseudo-Daniel du temps des Machabées n'aurait pas donné le nom d'oint à un grand-prêtre de cette époque : il n'aurait pas pu ignorer que les grands-prêtres n'étaient plus oints. Il n'est pas, d'ailleurs, question ici d'un oint quelconque, d'un oint simple grand-prêtre ou simple roi, mais du Messie mentionné déjà sous le nom de Messie- Chef (voy. p. 968). Kuenen n'est pas non plus autorisé à dire que, dans la description présentée au vs. 27, il soit question d'un simple pillage de Jérusalem et du Temple. Au temps d'Antiochus, « la mesure des dévastations » ne fut pas comblée : la ville et le sanctuaire ne furent pas détruits. Le tableau n'est pas le même. Quant à la confirmation de l'alliance, l'absence de l'article désigne une alliance différente de l'ancienne alliance (voy. p. 1000). On arrive à la même conclusion si on tient berlt pour un nom propre, ainsi que nous l'avons vu (Ibicl.).