CHAPITRE IX
cette dernière période sera écoulée, par conséquent lorsqu'il ne restera que trois ans et demi, le culte public de Jéhovah dans le temple de Jérusalem (le sacrifice et l'oblation) sera interrompu, un petit autel idolâtre sera élevé au-dessus du grand autel (les abominations terribles) et cette profanation de ce qu'il y a de plus sacré aux yeux des Israélites durera jusqu'à la fin de la dernière semaine, c'est-à-dire de la dernière période de sept ans; c'est alors que s'exécutera le jugement définitif (vs. 27) (1).
» Cette paraphrase s'écarte notablement de ce que l'exégèse traditionnelle de l'Eglise chrétienne a cru trouver dans le passage en question. On y a voulu y découvrir la mort du Messie., c'est-à-dire de Jésus de Nazareth, et de la destruction de Jérusalem par Titus. Nous n'hésitons pas à dire que cette opinion est en contradiction ouverte avec les paroles de l'auteur (2).
(1) Kuenen ajoute ici en note la remarque suivante : « Sauf les difficultés de détail que nous avons signalées dans les notes précédentes, l'exactitude de cette paraphrase devient évidente lorsqu'on compare : ch. XI : 28, 30, 31 ; VIII : 10 12, 23-25 ; VII : 21, et pour les dates : ch. VII : 25, XII : 7 ». Nous avons examiné déjà les difficultés dont parle Kuenen et nous avons montré qu'elles suffisent pour renverser la transformation anti-messianique qu'il fait subir au texte. La confusion qu'il veut établir entre les ch. VIII et XI et les ch.VIL IX et XII n'est appuyée que sur une fausse manœuvre déjouée par les textes (voy. pp. 736-745). Remarquons de plus que Kuenen n'est pas fondé avoir, dans l'expression «moitié de semaine» (cfr. pp.1004-1008), une allusion aux 1150 jours (ch. VIII, 14) de l'interruption du culte au temps des Machabées (voy. p. 810-823) et que, d'un autre côté, l'Ange ne parle pas d'une simple interruption du culte lévitique : le Messie fera cesser, mettra fin au sacrifice (cfr. p. 1004). A propos du kiphil du verbe sahat, Gesenius dit : fecit ut cossaret res vel Jînem haheret sacrificium Dan. IX, 27 {Thésaurus, etc., p. 1360), et il observe queâ d'après quelques passages, nonnulli perdendi delendwe significatum admittunt. Mais c'est en vain, d'ailleurs, que l'on chercherait dans le texte une allusion au «petit autel idolâtre élevé sur le grand autel ». D'abord, il n'est dans le texte aucunement question du temple (voy. pp. 1015-1031) : on lit seulement dans l'hébreu : « Et sur aile d'abominations, dévastateur». C'est seulement dans son imagination que le critique voit dans ce passage un petit autel sur un grand autel. Rien ne permet non plus de conclure que la destruction — il ne s'agit pas de la profanation — ne durera que jusqu'à la fin de la semaine. Voyez, pour la traduction de la fin du vs. 27, pp. 994 et ss.
(2) Kuenen peut très facilement ne pas hésiter à le dire. Mais il n'en est pas moins vrai que l'interprétation messianique est la seule qui soit conforme aux données du texte. Nous l'avons montré dans
Dans l'hypothèse traditionnelle, la fin des 490 ans serait marquée par la ruine de Jérusalem et la dispersion des Juifs loin de leur patrie. Or, l'auteur dit expressément (voir les vss. 2i et bs.) que cette période se terminera pour Israël par l'avènement d'une ère de bénédictions divines et de prospérité (4) ; de même, le « prince » qui, dans l'hypothèse, serait le Messie, doit venir après 7 4- M semaines d'années. Ces deux chiffres, comme on sait, se trouvent au vs. 25. Or, les deux accents du texte hébreu nous défendent absolument de réunir Jes chiffres 7 et 62 de manière à leur faire indiquer une seule et même période. Le temps qui doit s'écouler avant la venue du « prince » est ainsi de 7 semaines d'années seulement ; les 62 semaines d'années représentent, au contraire, la période pendant laquelle Jérusalem continuera de se trouver dans un état très précaire (2).
notre étude de cette prophétie; et nous avons trouvé un parfait accord entre l'exégèse messianique de l'Oracle et son accomplissement dans la personne de Jésus-Christ, dont la mort fut suivie de la destruction de Jérusalem et de son temple.
(1) La contradiction qui arrête la critique rationaliste n'est pas un obstacle qui demande des efforts surhumains pour être surmonté. D'un côté, la prophétie annonce des biens spirituels : l'effacement de l'iniquité, l'abolition de la prévarication, l'expiation du péché, l'avènement de Justice éternelle , l'accomplissement des prophéties qui avaient en vue la venue du Messie , et l'onction de Saint des Saints. D'un autre côté, après avoir mentionné le rejet du Messie, vs. 26., l'Ange annonce la destruction de Jérusalem, comme un châtiment du forfait commis par les Juifs. Il n'y a là aucune contradiction : ce sont deux ordres d'événements qui peuvent très bien coexister ensemble et se produire parallèlement. C'est, en effet, ce qui a eu lieu au premier siècle de notre ère. Le Messie a apporté les bénédictions et accompli les merveilles qui devaient signaler la soixante-dixième semaine de la prophétie. On a pu voir aussi que, par le crime de son peuple , le Messie s'est trouvé être une pierre d'achoppement. Siméon avait, en effet, pénétré cette pensée du texte de Daniel, lorsqu'il fit à Marie , au moment de la présentation de Jésus au temple , la prédiction suivante : « Cet enfant est pour la ruine et pour la résurrection de nombreux dans Israël, et pour être en butte à la contradiction » (Luc, II, 34). Ainsi la prophétie a pu très justement annoncer que la période des quatre cent quatre-vingtdix ans se terminerait à la mort du Messie, suivie de la destruction de Jérusalem, et déclarer, en même temps, que cette période serait signalée par « l'avènement d'une ère de bénédictions divines ». Remarquons aussi qu'il n'est pas dit un mot dans cet oracle qui ait trait à une prospérité matérielle.
(2) Il est faux que le « prince » ou plutôt « le Messie-Prince ou Chef » doive venir après les sept premières semaines d'années.