‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 24 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et embrassant le polythéisme des Grecs, avec ses cérémonies et ses usages, employa tout son crédit pour entraîner tous les juifs dans son apostasie. Mais pour obtenir la souveraine sacrificature, il avait donné de l'argent et il en avait promis beaucoup plus qu'il ne pouvait en donner. Alors (an. 171) il commit un horrible sacrilège : aidé par son frère Lysimaque, il vola sans pudeur un grand nombre de vases d'or destinés au service du temple. Le grand prêtre légal et régulier Onias III, qui avait été relégué à Antioche, ne put s'empêcher de blâmer hautement ce sacrilège commis par ses frères. Ménélas, résolu de s'en venger, le fît assassiner par Andronic, un des lieutenants d'Antiochus. Les Juifs qui adhéraient à la Loi de Moïse, excités par ce meurtre et par les vols sacrilèges — le riche mobilier du temple disparaissait d'une façon effrayante — se révoltèrent et Lysimaque fut tué dans l'enceinte du Temple.

Le pillage du Temple et les sacrilèges qui furent commis dans ce saint lieu pour payer la vente du souverain pontificat, formeraient le commencement de la période de dévastation, d'oppression et de persécution contre les juifs qui signala le règne d'Antiochus. L'année où commença cette profanation du Temple est certaine (1 7 1 av. J.-C). Mais on n'a trouvé aucune date qui fixe le mois et le jour où eut lieu le commencement de la dévastation dont parlerait ici le prophète. Il n'y a rien non plus qui empêche d'admettre qu'elle concorde avec la date indiquée d'après les chiffres de notre texte et d'après la supputation que nous avons indiquée (fin de juillet 1871). Peu de temps après, en 169, Antiochus s'empara de Jérusalem (II, Mach., V, 1-21 ; I, Mach., 1, 20-28) fit égorger 40,000 personnes et en fit vendre un pareil nombre comme esclaves. Puis, ce contempteur du vrai Dieu entra de force dans le Temple et dans les lieux les plus sacrés où le conduisit Ménélas ; et pour faire une injure à ce sanctuaire, à la religion et au culte qu'on y rendait à Dieu, il fit sacrifier un cochon sur l'autel des holocaustes et arroser toutes les parties du Temple avec le bouillon qu'on fit d'une partie de la viande de cette bête impure. Ajoutant le vol sacrilège à la profanation, Antiochus enleva l'autel des parfums, le chandelier d'or, la table des pains de propositions, beaucoup de vases sacrés et le trésor du Temple. Depuis cette époque, le culte fut évidemment gêné; mais les sacrifices ne furent interrompus que deux ans après (167 av. J.-C). D'après cette interprétation, il faudrait admettre que la durée indiquée dans la vision, embrasse toute la période de la persécution.

C'est, d'ailleurs, fort inutilement [que Bertholdt a pris pour terminus a quo l'érection de l'abomination ou de l'autel de Jupiter (1fi8 av. J.-C.j, et pour terminus ad quem la fête remportée par Judas Machabée sur Nicanor (161 av. J.-C). Cette fête, que l'on célébra tous les ans, avait lieu le 13 du mois d'Adar. Mais, même en ajoutant deux mois intercalaires, on ne trouve que 2,271 jours. Il est vrai que l'on pourrait trouver les 29 jours qui manquent en disant que la fête n'eut pas lieu tout de suite après la victoire, et qu'il y eut quelques jours de repos entre la victoire et la fête. Mais cette explication de Bertholdt ne tient pas assez compte du texte. La purification et la nouvelle Dédicace du Temple marque la fin de la période comprise dans la vision prophétique ; et, d'un autre côté, les versets 11-13 mentionnent des faits qui sont- antérieurs à la suppression du tamid. Le système d'Hsevernick qui rentre dans celui de Bertholdt doit être abandonné pour le même motif. Il en est de même de celui que Lengerke, Maurer et Wieseler ont adopté, et d'après lequel le terminus ad quem serait fixé à la mort d'Antiochus (164 av. J.-C). La reconsécration du Temple avait déjà eu lieu un an auparavant.

2° Envisageant le texte à un autre point de vue, nous pouvons considérer le nombre de 2,300 comme étant plutôt celui des sacrifices que des jours : la question posée par le premier Saint est surtout, en effet, relative à la durée de la désolation du sanctuaire. Ce qui domine ici, c'est l'horreur de l'insulte faite à Jéhovah, lorsqu'on éleva sur l'autel des holocaustes un petit autel à la mode des Grecs (I, Mach., l , 54, 59 ; VI, 7) -, ce qui domine, c'est la tentative d'Antiochus qui avait pour but de détruire le culte du vrai Dieu. Toute la vision (vss. 9-1 4, est traversée par cet éclair d'indignation qui l'illumine et qui se fixe tout particulièrement sur l'autel profané. Il est vrai que le Saint mentionne aussi «l'armée» au verset 14; il ne veut pas l'oublier; mais on comprend très bien qu'elle n'a dans ce verset qu'un rôle épisodique, et que c'est surtout l'offense faite au Très-Haut qui le préoccupe. C'est l'abrogation des deux sacrifices ou du Perpétuel ; c'est le crime signalé expressément aux versets 11, 12 et 13 ; et le verset 14 se termine par ces mots : «et le sanctuaire sera vengé. » L'honneur restitué à l'autel du Dieu vivant est, en effet, le terme de la vision des « soirsmatinsj>(vs. 26). On ne saurait douter que cette expression offre une allusion aux sacrifices du soir et du matin. Elle est ici synonyme du mot tamîd, qui comprend ces deux sacrifices. La

Page 1