‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 230 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

plus encore; l'expression du verset 26 il {n'y aura personne) pour lui, l'exégèse traditionnelle l'explique comme s'il y avait : ce n'est pas pour lui, dans le sens de ce n'est pas à son propre bénéfice, mais au bénéfice d'autrui, sens que le texte ne comporte pas du tout (1). Ainsi les difficultés surgissent de toutes parts. » (Ibid.y pp. 545-547).

Après avoir réfuté péremptoirement, dans les notes qui les accompagnent, les objections de Kuenen, nous sommes donc en droit de conclure, de cette discussion, qu'il n'est pas autorisé à terminer ce réquisitoire en disant que « les difficultés surgissent de toutes parts. » Il aurait fallu montrer que ces difficultés étaient insurmontables. Or, c'est ce que n'a pas fait le critique de Leyde. Il né devrait pas s'imaginer qu'il a anéanti une montagne, parce qu'il a soulevé un peu de poussière sur le chemin qui y conduit. Le souffle de la critique n'a pas de peine à la faire disparaître. Il en sera de même des objections que Kuenen a ajouté en note au bas de la page 547 : « Signalons encore les points suivants : 1 ° L'hypothèse que nous combattons ne rend pas compte de l'emploi de l'article dans le mot s^n ■ elle réunit contre l'évidence même Tïpl non pas à TUJ mais à ©YpH ' dans tous les cas, elle essaie de se débarrasser d'une manière ou de l'autre de l'idée exprimée ici que le « prince » — qu'elle veut identifier avec Titus — doit périr (2) ; 2° comment peut-on prétendre que, dans les trois ans et demi de la carrière publique de Jésus et les trois premières années et demie de l'existence de l'Eglise chrétienne (faisant ensemble les sept ans du vs. 27), l'alliance ait été confirmée pour la plupart (a*nS avec l'article") ? (3) ;

(1) L'expression « et non à lui » que Kuenen traduit mal par « il n'y aura personne » est incomplète et suppose forcément une suppression de la suite de ce membre de phrase. Voyez à ce sujet p. 970 et ss.

(2) L'article devant habbo' est justifié plus haut (p. 980) , et au sujet de veqi'z'zô, voyez pp. 988-99i. Le texte ne dit pas que le Nagîd périra dans l'inondation; et cette interprétation de Kuenen est réfutée, page 994. Du reste, nous avons vu que « Chef-le- Venant » n'est pas distinct du Messie-Nar/id du vs. 25. Cette expression est un des noms du Messie; et Hitzig a eu raison de dire que « très vraisemblablement le nom du Messie-le-Venant, dans Matthieu, XI, 3, dérive de habbo'* du vs. 26 de Daniel» (Sehr Warscheinlich stammt der Name des Messias ô ipyôjju-voç, Matth., 11, 3, aus ann> v- 26, p. 171).

(3) La réponse à cette question se trouve page 1003. L'alliance fut confirmée pour de « nombreux » pendant la soixante-dixième semaine (p. 1114).

3° on sait déjà que, suivant l'hypothèse traditionnelle, la mort du « prince », c'est-à-dire du Messie, doit avoir lieu au milieu de la dernière semaine; mais dans ce cas (voir le vs. 27), elle a dû coïncider avec la cessation du culte de Jéhovah dans le temple; ce qui pourtant n'a pas été le cas, le culte du temple ayant été célébré jusqu'en 70 après le commencement de l'ère chrétienne-, 4° dans l'hypothèse traditionnelle, l'extermination dont il est question au vs. 27 serait postérieure de quarante ans à la fin de la 70e semaine (1). »

Les réponses que nous avons données aux objections du professeur hollandais suffisent pour fa;re comprendre aux critiques anti-messianiques qu'ils doivent donner à leur exégèse une orientation plus conforme au texte et, par suite aussi, à la thèse traditionnelle qui fait partie de l'enseignement chrétien. La même conclusion s'impose également par l'examen de la chronologie. D'abord, les aveux des rationalistes suffisent pour nous montrer que leur chronologie est en défaut. Ainsi, après avoir examiné si le cadre chronologique de la dernière semaine est justifié par les événements, Kuenen aboutit à un résultat qui ne saurait le satisfaire. Il le constate en ces termes : « Vient à présent une question importante : cette dernière semaine a-t-elle été, en effet, la 70e ; en d'autres termes, la période écoulée entre la prophétie précitée de Jérémie et la mort d'Antiochus Epi-

(1) Le Messie devait faire cesser le culte lévitique, soii au milieu de la dernière semaine, soit à la fin de cette semaine, comme nous l'avons expliqué. Mais il n'est pas dit que cette cessation devait avoir lieu , en fait, subitement et aussitôt que l'acte qui le supprimait fut posé (voy. pp. 1010-1012). Jésus mit fin à ce culte en substituant une nouvelle alliance à l'ancienne (p. 1130). Il prononça la déchéance de la loi juive; et on ne peut douter que la cessation de droit indiquée par le prophète n'ait été suivie bientôt après de la cessation de fait. On ne peut pas dire non plus que cette cessation de droit décrétée par Jésus-Christ soit une supposition gratuite, parce que la mission de ce divin Rédempteur fut attestée par des signes propres à persuader ceux qui veulent en faire consciencieusement l'objet de leur examen. 11 en est de même de la destruction de la ville. Après avoir indiqué le terme final des soixante-dix semaines, l'Ange prolonge la vision de Daniel, et lui montre le cnâtiment qui était étroitement lié avec la mort du Messie et qui arriva trente-sept ans après (voy. pp. 1009, 1012, 1132). Cette association de la vision de la mort du Messie, qui termine les soixante-dix semaines, et de la vision de la destruction de Jérusalem, n'infirme en aucune façon la thèse traditionnelle. Il n'en est pas moins vrai que la prophétie des vss. 24-27 est une prophétie messianique et qu'elle a eu son accomplissement au commencement de notre ère.

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