‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 231 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

phane embrasse-t-elle réellement un intervalle de 70 semaines ou de 490 ans? Il est évidemment impossible de répondre affirmativement. En partant de l'an 163, date de la mort d'Antiochus, et en additionnant les 490 ans voulus, on arrive à l'an 653 av. J.-C. Si l'on songe que la prophétie de Jérémie ne peut, dans aucun cas, avoir été antérieure à l'an 604 av. J.-C. (1 ), il est clair qu'en tout état de cause, la période de 490 ans indiquée par l'auteur est trop longue de 49 ans.

» Autre inexactitude : Entre l'an 604 av. J.-C, date de la plus ancienne des prophéties de Jérémie relatives à la restauration de Jérusalem et le règne de Cyrus, il y aurait 49 ans (d'après le vs. 25). Or, en réalité, il faudrait soit 47, soit 66 années, suivant que nous compterons à partir de la révolte des Perses sous Cyrus (558 av. J.-C), ou bien à partir de l'édit de ce roi autorisant les Juifs à rentrer dans leur pays (538 av. J.-C). En prenant, au contraire, pour point de départ la plus récente des prophéties de Jérémie (XXX-XXX1, 586 av. J.-C) et en faisant durer la période en question jusqu'cà ledit de Cyrus, on atteint le chiffre de 48 ans-, par conséquent, de quelque manière qu'on s'y prenne, impossible de faire cadrer le calcul du prophète avec les données chronologiques à nous connues (2).

(1) Le savant professeur ajoute ici la note suivante : « Jérémie, ch. XXV , est de cette époque ; Jérémie XXIX , et XXX , XXXI, sont encore plus récents ; ils datent de 593 et de 586 av. J.-C. ». Nous nous contenterons de rappeler ici que toute cette supputation part d'un faux supposé : L'oracle des versets 24-27 ne se rattache à aucune prophétie de Jérémie (voy. pp. 932-934). Le texte indique un terminus a quo des quatre cent quatre-vingt-dix ans, qui est indépendant et postérieur aux prophéties visées par Kuenen. Cette inexactitude rend défectueuses toutes les supputations des rationalistes.

(2) Kuenen ajoute ici en note « qu'il ne faut pas s'en étonner; » et en donne pour raison « qu'un auteur israélite, vivant en l'an 165 av. J.-C, c'est-à-dire à une époque où on n'avait aucune chronologie solide » ne pouvait « savoir exactement le chiffre des années qui s'étaient écoulées depuis les prophéties de-Jérémie ou le règne de Cyrus ». Il aurait fallu prouver que l'auteur vivait en 165; il faudrait établir que la chronologie, qui est Tellement dans son livre, est inexacte, mais c'est ce que ni Kuenen ni ses collègues en rationalisme n'ont pas démontré. Il est vrai que ce critique prétend avoir démontré « qu'en fait d'histoire, l'auteur était souvent très imparfaitement renseigné ». Il n'est pas une des imputations de Kuenen à ce sujet que nous n'ayons réfutée dans Y Introduction ou dans le Commentaire.

j) Pourtant, il y aurait peut-être un moyen de se tirer d'embarras. Entre la plus ancienne prophétie de Jérémie sur la restauration de Jérusalem (604) et le commencement de la dernière semaine (170), il y a tout juste soixante-deux semaines ou quatre cent trente-quatre ans; entre la plus récente de ces prophéties (586), et l'édit de Cyrus (538 ou 537J, il y a tout juste sept semaines ou quarante-neuf ans (1). Faudrait-il admettre alors que, dans l'intention de l'auteur, il ne s'agirait pas d'additionner les sept et les soixante-deux semaines, mais plutôt de les envisager comme deux séries de semaines, en quelque sorte indépendantes l'une de l'autre, et ayant chacune un point de départ différent. Telle serait l'opinion de MM. Hitzig et Kayser. Solution ingénieuse de la difficulté qui nous arrête ici, et qui, nous le comprenons fort bien, peut satisfaire certains esprits. Quant à nous, le texte ne nous semble pas autoriser suffisamment à compter les sept semaines et les soixante-deux semaines à partir de deux moments différents, ni à envisager ces deux chiffres comme représentant deux séries parallèles [loc. cit., pp. 550-552).

Cette opinion est, en effet, inadmissible et nous avons eu déjà l'occasion de la rencontrer et de la réfuter à propos des rêveries de Marsham et de ses associés en exégèse romanesque. Nous ne pouvons donc qu'approuver la conclusion de Kuenen à ce sujet. Il ne nous est pas possible, non plus, de ne pas reconnaître qu'il a raison d'avouer que les interprélations rationalistes de la prophétie ne le satisfont pas. Mais en jetant le manche après la cognée et en se sentant dans l'impossibilité de resserrer la prophétie dans le cadre anti-messianique, il a tort de vouloir trouver une pareille impossibilité dans l'exégèse messianique de cet oracle. « Si par conséquent, dit-il, nous ne parvenons pas à faire droit à la chronologie de l'auteur, nous nous en consolons d'autant plus facilement que l'hypothèse traditionnelle n'y réussit guère mieux que nous. » {ïbid., p. 552). Voici comment il croit prouver l'accusation qu'il porte contre l'interprétation messianique : « Elle est d'un arbitraire absolu. Ses partisans commencent à compter les quatre cent quatre-vingt-dix ans, soit à partir de quatre cent cinquante-huit avant Jésus-Christ (au

(1) Rien ne montre que la plus récente prophétie de Jérémie soit de l'an 586. Cette date n'est adoptée que pour le besoin de la cause (voy. pp. 929 et ss.). Il est d'ailleurs faux que l'oracle indique une prophétie de Jérémie comme étant le point de départ des soixantedix semaines.

moment où Esdras partit pour la Judée), soit à partir du commencement du gouvernement de Néhémie, que M. Hengstenberg fait dater de l'an 455 et non, suivant la chronologie reçue, de l'an 445 av. Jésus-Christ. Mais la mission d'Esdras n'a aucun rapport avec la restauration de Jérusalem (vs. 25), et la mission même confiée à Néhémie suppose que les murs de la capitale avaient été rebâtis antérieurement, mais qu'ils étaient de nouveau en ruines. Du reste, même en partant de l'une ou de l'autre de ces deux dates, on n'atteint pas le but. En additionnant les soixante-neuf semaines, ou quatre cent quatre-vingt-trois ans, à l'an 458 ou 455 avant Jésus-Christ, on arrive à l'an 25 ou 28 de notre ère; est-ce cette année-là que Jésus commença son œuvre ? Dans tous les cas, il resterait encore 45 ans jusqu'à la destruction de Jérusalem par Titus, et la chronologie du livre de Daniel, déjà épuisée, ne laisse plus que 7 ans disponibles. Cette dernière semaine, il s'agirait donc de l'étendre démesurément, et cela, sans que rien dans le texte nous j oblige. »

Kuenen prouve-t-il que ce choix du point de départ soit « d'un arbitraire absolu ? » Il le dit , mais il se garde bien de le prouver. L'arbitraire ne se trouve que chez les rationalistes qui ne se guident à ce sujet que d'après leur fantaisie, qui vont chercher des points de départ dans des prophéties de Jérémie que l'oracle des soixante-dix semaines exclut expressément (pp. 925-934). C'est, au contraire, en suivant le texte que nous sommes amenés à accepter, comme point de départ, le décret donné à Esdras par Artaxerxès Ier, en 458. Kuenen dit « que la mission d'Esdras n'a aucun rapport avec la restauration de Jérusalem (vs. 25), » Il n'aurait pas tenu ce langage s'il avait lu attentivement le livre du célèbre restaura, teur du mosaïsme au point de vue religieux et civil : une analyse sérieuse du texte aurait conduit Kuenen à une conclusion toute contraire à celle qu'il a émise à ce sujet (voy. plus haut, pp. 1058-1073). Ce critique confirme, d'ailleurs, lui-même ce que nous avons établi relativement à la teneur du décret donné à Esdras, comme aussi un sujet de la mission confiée à Néhémie. En effet, il reconnaît que « cette mission suppose que les murs de la capitale avaient été rebâtis antérieurement, mais qu'ils étaient de nouveau en ruines. » Or, il est certain, d'un autre côté, qu'aucun décret n'avait autorisé la reconstruction de Jérusalem et que cette ville n'avait pu être relevée de ses ruines avant l'arrivée d'Esdras à Jérusalem (pp. 1042-1058). Donc, Kuenen va lui-même au-devant de la conclusion que nous avons

très légitimement tirée de la mission d'Esdras et de celle de Néhémie. Il ne peut rien objecter de raisonnable contre la thèse messianique qui considère l'année 458-457 comme étant celle qui offre le point de départ des soixante-dix semaines. C'est sans fondement qu'il prétend que, en partant de cette date, « on n'atteint pas le but. » La preuve qu'il donne de cette assertion consiste dans cette question : « En additionnant les soixanteneuf semaines, ou quatre cent quatre-vingt-trois ans, à l'an 458 ou 455 avant Jésus-Christ, on arrive à l'an 25 ou 28 de notre ère; est-ce cette année-là que Jésus commença son œuvre? » Nous avons déjà répondu à cette question, en montrant que les soixante-neuf semaines aboutissent à l'an 26-27 de notre ère et que le Messie chef apparut précisément cette année-là, au commencement de la soixante-dixième semaine (pp. 1 100-1008). D'où il suit que, en partant de l'an 458-457, nous atteignons parfaitement le but. L'énigme arithmétique des soixante-dix semaines est résolue sous tous les rapports, en partant du décret donné à Esdras en 458-457 : nous aboutissons à l'an 32-33 de notre ère, époque où le Messie a été retranché : les sept semaines, auxquelles s'ajoutent les soixante-deux semaines et une semaine consacrée « à l'alliance avec nombreux, » font le total de quatre cent quatre-vingt-dix ans, le nombre requis. Ruenen vient encore nous répéter qu'il faudrait étendre démesurément la dernière semaine pour la faire aboutir à la destruction de Jérusalem- par Titus. Mais c'est en vain qu'il nous dit que le texte ne nous autorise pas à admettre un certain intervalle entre la fin des soixantedix semaines, qui s'arrêtent à la mort du Messie, et le châtiment qui en fut la suite. Après avoir mentionné cette mort qui doit arriver à la fin de la dernière semaine, Gabriel se contente de dire, sans en fixer l'époque, qu' « un peuple de Chef-le-Venant détruira la ville et le sanctuaire. » D'ailleurs, le texte ne dit pas que cette destruction aura lieu immédiatement : elle aura lieu bientôt après et elle sera liée, comme un effet à sa cause, au crime commis par les Juifs à l'égard du Messie.

La dernière objection de Kuenen n'est guère de force à appuyer sérieusement sa thèse. «Rappelons enfin, dit-il, combien il serait singulier que Daniel eût annoncé qu'une période de 490 années devait encore s'écouler avant la venue du Messie, mais sans savoir lui-même à partir de quel moment il fallait les compter; et surtout que le point de départ de ces 490 ans eût été postérieur de plus de 60 ans du moment où Daniel écrivit sa prophétie, cette prophétie nous étant donnée comme datant de

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