‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 232 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'an 521 avant J.-C. » [Ibid., p. 553). Ainsi, le professeur de Leyde s'étonne qu'un prophète ait annoncé qu'une période de 490 s'écoulerait avant la venue du Messie, et que cette période commencerait à partir d'une autorisation de rebâtir Jérusalem; mais sans qu'il connût lui-même l'année à partir de laquelle il fallait compter cette période d'années. Il est cependant facile de comprendre qu'un prophète ne soit pas tenu de tout savoir. D'après sa prédiction, les Juifs n'avaient qua se préoccuper d'une autorisation qui permît de rebâtir leur ville, et de compter ensuite, à partir de l'année de ce décret, 4 90 ans, pour arriver à l'année où le Messie devait paraître. C'était là un bien grand résultat. Le prophète n'était tenu ni d'en savoir ni d'en dire davantage. L'étonnement de Kuenen arrive à son comble lorsqu'il pense que «le point de départ de ces 490 ans » devait être postérieur de 60 ans au moment où Daniel écrivit sa prophétie. » Nous pouvons même dire que cet intervalle fut encore plus long, car la première année de Darius le Mède, que Kuenen confond bien à tort avec Darius le Perse, fils d'Hjstaspe (voj. Introd., p. 478), remonte à l'année 558. Mais que prouve l'étonnement de Kuenen? A-t-il donné un argument contre la possibilité d'une prophétie divinement inspirée ? A-t-il découvert, nous ne disons pas une preuve, mais le moindre indice qu'il puisse présenter comme favorable à la thèse rationaliste contre l'authenticité du livre de Daniel ? Il n'a pu rien dénicher du tout qui puisse porter atteinte à l'authenticité de ce livre. Sur ces points comme sur tous les autres, nous avons repoussé toutes les attaques des rationalistes; et nous avons montré que leurs arguments — quelques ingénieux qu'ils aient pu paraître - ne sont que des sophismes. Nous ne craignons pas d'attester que tout exégète, libre de préjugés, qui aura lu avec attention le texte de la prophétie des soixante-dix semaines, n'hésitera pas à dire que la paraphrase qu'en adonné Kuenen est insoutenable. L'interprétation anti-messianique est, en effet, en opposition complète avec les paroles du texte. C'est, au contraire, très justement que l'exégèse traditionnelle de l'Eglise chrétienne a vu, dans ce passage, une prédiction de la mort du Messie, c'est-àdire de Jésus de Nazareth, et de la destruction de Jérusalem par Titus.

Reuss prétend avoir traduit le fameux passage du ch. IX, 24- 27 «avec la plus grande exactitude » et il ajoute qu'il l'a ainsi traduit « au risque de le rendre tout aussi obscur et inintelligible qu'il Test dans l'original». Mais il est facile de voir que

c'est ce qu'il y ajoute qui rend sa traduction obscure et inintelligible. Voici cette prétendue traduction : « Sache donc et comprends : Depuis qu'a été prononcée la parole de ramener et de rebâtir Jérusalem, jusqu'à un oint, un prince, il y a sept semaines; et pendant soixante-deux semaines, elle sera ramenée et rebâtie, place et enceinte, mais dans l'angoisse des temps. Et après les soixante-deux semaines un oint sera exterminé et nul à lui... » Après avoir donné cette traduction dans laquelle la glose dénature le texte, surtout en y introduisant une ponctuation que rien ne motive (voy. pp. 944-966, et, en particulier, p. 959), Reuss essaie {La Bible, etc ,p. 263) de découvrir le sens de cette traduction, « au moyen d'une analyse rationnelle ». Cette expression dans la bouche de ce critique veut dire tout simplement qu'il suivra les mouvements d'une imagination qui ne se règle pas sur le texte. Il commence, toutefois, par reconnaître « qu'il y a là une prophétie messianique », mais il veut que « cette prophétie se trouve en parfaite harmonie avec les chap. VII et VIII, ainsi qu'avec la plus explicite de toutes, ch. XI et XII». C'està-dire qu'il veut continuer à mêler la prophétie du ch. Vil avec celle des ch. VIII et XI : toutes les prophéties n'ont en vue que le roi Antiochus. Voilà la thèse. Nous avons vu qu'elle est insoutenable (pp. 736-745).

Remarquant ensuite que Daniel dit qu'il a dirig'é son attention sur un passage du livre de Jérémie, le critique rationaliste suppose que, « à l'époque où Daniel est censé écrire, l'empire des Chaldéens a été conquis et ruiné par les Mèdes et les Perses », et que cependant la prédiction ne s'est pas accomplie. Nous avons vu que la prédiction ne s'était pas encore accomplie, parce que l'avènement de Darius-le-Mède eut lieu bien avant (21 ans avant) la prise de Babylone par Cyrus, qui mit seulement, alors, fin à l'empire des Chaldéens. Mais n'ayant rien compris à tout cela, Reuss continue d'entasser hypothèses sur hypothèses. D'après lui « Daniel se préoccupe du sens probable de ce texte » (comme si le texte des 70 ans de la captivité n'était pas assez clair) ; et il ajoute qu'un autre ange fut envoyé pour expliquer ce texte et que «Daniel reçut une nouvelle révélation à ce sujet ». Il avoue cependant que ce point de vue n'a pu être celui de Daniel. Mais laissons la parole à Reuss : «Nous ferons remarquer tout de suite que cette exposition préliminaire, ou si l'on veut, ce point de vue, ne peut pas avoir été celui du prétendu Daniel de l'exil, au moment même où la prophétie de Jérémie, lors même qu'on voudrait prendre les soixante-dix ans

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