CHAPITRE IX
celui-ci nous est connu par toute la série de ces visions qui aboutissent invariablement à la profanation du Temple par Antiochus, et à sa purification, après laquelle, immédiatement, doit commencer l'ère messianique (chap. VII, 25; VIII, II s., 25, XI, 21-XII, 3, II s.) (1). Comme il est impossible d'admettre que l'auteur se contredise, et que, d'une page à l'autre, il recule l'époque de la glorification d'Israël de tout un siècle, sauf à revenir à la page suivante à son premier calcul, il faut de toute nécessité poser en principe que la soixante-dixième semaine (la dernière de l'ordre de choses donné par l'histoire) est celle que nous venons d'indiquer (2). On remarquera, du reste, qu'il est dit
(1) Il n'est pas possible d'admettre que « toute la série » des visions de Daniel se termine à la profanation du Temple et à sa purification par Judas Machabée. La vision du chapitre IX ne parle pas d'une profanation, mais d'une destruction de la ville et du Temple (voy. pp. 988 et 1033). D'un autre côté, Reuss s'est vainement efforcé de montrer que les visions des chapitres II et VII se rapportent à la même période que celle des chapitres VIII et XI (voy. pp. 736- 74-4). Il est faux, d'ailleurs, qu'aucune de ces prophéties ait fait commencer l'ère messianique immédiatement après la purification du Temple au temps de Judas Machabée (261-274). Mais il n'en coûte rien ù Reuss de supposer prouvé ce qui n'a jamais été prouvé.
(2) La prétendue contradiction n'existe que dans le cerveau du critique qui suppose, contrairement aux textes, que l'auteur fait commencer l'ère messianique immédiatement après le règne d'Antiochus. Or, c'est absolument faux comme nous l'avons vu au chapitre VIII (p. 830) et comme nous le démotreronsau chap. XI (voy. aussi Y Introduction, pp. 261-274.) Mais l'entreprise rationaliste exige qu'on accepte aveuglément cette hypothèse. Aussi, Reuss ne manque-t-il pas d'ajouter : « Il faut de toute nécessité poser en principe que la soixante-dixième semaine (la dernière de l'ordre des choses donné par l'histoire) est celle que nous venons d'indiquer : » (la semaine de la profanation du Temple par Antiochus). Lorsqu'il pose cette hypothèse en principe, il n'a pas voulu voir qu'il pose en axiome précisément ce qui est en question. En consultant sérieusement le texte, il aurait constaté que « la dernière semaine, la dernière de l'ordre des choses donné par l'histoire » est celle où le Messie, et non un oint quelconque, manifesté au bout des 7 + 62 semaines, contracta une alliance avec nombreux et fut retranché, comme le texte l'indique, après avoir remplacé le culte judaïque par le culte messianique ou chrétien, ainsi que nous l'avons constaté dans notre commentaire de ces passages et dans l'exposé des événements qui ont eu lieu au temps de Jésus-Christ : événements qui sont, chronologiquement et historiquement, en harmonie avec la prophétie des soixante-dix semaines. 11 s'agit d'ailleurs, de suivre scrupuleusement les indicacations du texte : et l'on est, par là-même, contraint de reconnaître
explicitement que, pendant la moitié de la dernièrne semaine, un prince fera cesser le sacrifice et l'oblation ; cette moitié correspond aux trois ans et demi déjà signalés au chap. VII, 25.
» Continuons. A la fin des soixante-deux semaines qui précèdent la dernière, un oint sera exterminé, et nul à lui (traduction littérale d'une phrase imparfaite ou tronquée, peut-être d'un texte fautif). Cet oint ne peut être qu'un prêtre, les Juifs n'ayant pas de roi à cette époque -, ce sera donc le graud-prêtre, chef de la nation. Nous songeons à l'assassinat d'Onias III, du dernier pontife légitime de la famille des Çadoqides (2 Macc. IV, 34), qui n'eut pour successeurs que des usurpateurs et des apostats, jusqu'à ce que le pontificat fût restauré dans la famille des Hasmonéens, ce qui n'eut lieu qu'après la rédaction du présent livre. Les mots : nul à lui, de quelque manière qu'on veuille les compléter, semblent donc assez bien caractériser la situation. Or, Onias, destitué par le roi en 174, selon les calculs les plus probables, ne fut tué que quelques années après; en ajoutant les soixante-deux semaines, soit quatre cent trente-quatre ans, à ce chiffre de 4 74, on trouve 608, et en défalquant de ce chiffre les quelques années, non précisées, qui se sont écoulées entre la destitution et la mort d'Onias (considérée, à juste titre, par les Juifs comme le commencement de la triste période de la persécution), nous arrivons tout juste aux années 606 à 604, qui sont la date, approximativement évaluée, de l'oracle de Jérémie (chap. XXV).
» Restent les sept premières semaines (quarante-neuf ans) pour lesquelles il n'y a plus de place, d'après notre manière de calculer. Pour en rendre compte, nous nous bornerons à demander qu'on nous accorde en principe que le nombre soixante-dix était pour l'auteur une donnée positive, émanant d'une prophétie inspirée, et par conséquent irréductible. Nous venons de voir qu'il ne trouvait que soixante-trois semaines depuis que la parole (de Jérémie) avait été prononcée (v. 2, 25). Les sept qui restent hors de compte pour lui, ne sauraient être placées dans le pro-
qu'il nous mène plus loin que le temps d'Antiochus. Il n'est pas vrai, du reste, que la cessation provisoire des sacrifices, sous ce tyran, soit à comparer avec la cessation effectuée radicalement par Jésus-Chsist, et consommée par la destruction du Temple par les Romains. Les trois ans et demi mentionnés au chapitre VII, 25, se rattachent à la période des derniers temps, et nullement à celle du persécuteur macédonien du second siècle avant notre ère (voy. pp. 627-