CHAPITRE IX
longeraient de la ligne, où il n'y a plus moyen de les caser ; elles sont empruntées à deux autres faits historiques , également importants et séparés l'un de l'autre tout juste par un demisiècle : la ruine de Jérusalem (588-587 av. J.-C.) et l'édit de Cjrus (538). C'est précisément ainsi que Zacharie (chap. 1,42) avait compté pour retrouver les soixante-dix années de Jérémie, tandis que ce dernier (chap. XXIX, 10) les datait de 598, passage par lequel on voit que le nombre n'est pas à serrer de près, de sorte qu'on pourrait même se permettre de dire que notre auteur s'en est tenu aussi à un à peu près ».
Nous retrouvons dans ce passage des assertions que nous avons déjà réfutées, mais que nous ne voulons pas laisser passer sans en montrer le vide. De ce que Oint tout court, sine addito , et pas « un oint », sera exterminé, il ne s'ensuit pas que cet oint » ne peut être qu'un prêtre » et par suite « le grand-prêtre ». Quant à la théorie d'après laquelle Onias III serait « le dernier pontife légitime », elle n'est rien moins que fondée. Ce grand-prêtre, ainsi que ses prédécesseurs, avait été nommé par les rois d'Egypte, comme ses successeurs le furent par les rois de Syrie. Ses frères, Jason et Ménélas devinrent à sa mort aussi légitimes que lui : ce n'est pas la première fois que les frères du grand-prêtre écartèrent son fils du pontificat. Onias IV lui-même ne paraît pas avoir regardé ses oncles comme des pontifes illégitimes : ce fut seulement lorsque Alcime, qui n'était pas de la famille pontificale, eût été imposé aux Juifs comme grand-prêtre par Démétrius Soter , que le fils d'Onias III se retira en Egypte. D'ailleurs, ce qui rendit célèbre et intéressant ce dernier pontife, ce ne fut pas sa déposition arrivée en 4 74, mais la façon dont il fut attiré dans un guet-apens. Andronic vint à Daphné, tenait la main à Onias et lui affirma par serment qu'il n'avait rien à craindre, et qu'il pouvait sortir, en toute sécurité , de l'asile où il s'était réfugié. A peine fut-il sorti, que ce régent le fit massacrer. C'est ce parjure et la violation de l'asile qui excita l'indignation des Juifs et des païens qui dénoncèrent l'auteur de ce forfait aux vengeances d'Antiochus. Ce roi punit d'une manière éclatante le meurtrier en le dépouillant de la pourpre et en le faisant mettre à mort par la main du bourreau. Mais quelque lamentable qu'ait été le sort d'Onias IV, sa mort ne suffit pas pour faire du livre de Daniel un roman dont l'action pivoterait sur ce grand-prêtre. Il ne faut pas oublier que cet homme fut, à certains moments, d'un avarice sordide, qui le porta à refuser au roi d'Egypte l'impôt annuel de vingt talents , et faillit
ainsi provoquer une catastrophe pour sa nation. Ce refus aurait, en effet, amené en Judée une colonie militaire, dont les soldats se seraient emparés des terres appartenant aux Juifs, si un de ses neveux, Joseph, n'était venu lui reprocher le mépris qu'il faisait du salut de ses concitoyens, en refusant de payer l'argent au prix duquel le roi d'Egypte lui avait donné l'administration du peuple et la dignité de grand-prêtre. La réponse que fit Onias montre le cas qu'il faisait alors de /l'onction », que lui prêtent si gratuitement les critiques modernes. « Que m'importe, » dit-il, « le principat ? La grande prêtrise elle-même, si la chose était possible, je m'en débarrasserais à l'instant ! Non certes ! je n'irai point trouver le roi. Je ne me soucie en aucune façon de ce qui arrivera. » Ces observations suffisent pour montrer qu'un Juif du temps des Macchabées, tout en étant rempli d'indignation au sujet de ce grand-prêtre, traîtreusement assassiné, n'aurait pu avoir Tidée d'en faire le pivot et la base de sa prophétie. Il n'aurait pu le désigner par le mot « Oint », il n'aurait pu le regarder comme ayant effacé le péché, amené Justice éternelle, accompli Vision et Prophète et oint Saint des Saints. La mort de ce grand-prêtre était dénuée de toute signification messianique , et l'auteur du livre n'aurait eu aucun motif de rattacher à ce grand-prêtre les bénédictions du verset 24. On voit donc que les rationalistes apportent à leurs conceptions sur ce point une exagération dont n'aurait pas eu de peine à se défendre un pseudo-Daniel du second siècle avant notre ère. Il ne sera pas non plus inutile de remarquer que, de ce grand-prêtre, qu'on prétend mis en vedette au chap. IX, il n'est pas dit un mot aux chapitres VIII et XI. En effet, dons ces chapitres, spécialement consacrés à la période relative aux rapports des Juifs avec Antiochus Epiphane , il n'est fait aucune allusion à un grandprêtre maltraité ou retranché. C'est, d'ailleurs, tout à fait contrairement au texte que Reuss vient s'appuyer sur sa traduction de ve-'êyn lô (nul à lui) pour établir son roman : cette traduction est insoutenable (voy. pp. 670 et ss ;.
Mais admettons qu'Onias III ait été le dernier pontife légitime, et que ses successeurs furent des usurpateurs, admettons aussi que le pontificat leur ait été donné par les rois de Syrie : nous n'ignorons pas que, même lorsqu'il fut restauré dans la famille des Macchabées, il ne le fut que par la nomination qu'en fit un prétendant au trône des rois séleucides. Accordons tout cela. Que s'ensuit-il? En remontant de cette époque vers les temps de la captivité et ajoutant 434 au chiffre de 174 (époque de la destitu-