‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 236 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tion cTOnias, il eut été plus conforme à la théorie rationaliste de partir de l'an 170, époque de la mort d'Onias, afin de f;iire aboutir la dernière semaine à l'an 164, année de la purification du temple), on arrive à l'an 608 (ce serait plutôt à l'an 612). Mais admettons que l'on arrive ainsi à l'an 606-605, date de la prophétie de Jérémie comprise au ch. XXV. Que résulte-t-il'de là ? Peut-on prendre l'année où fut annoncée la captivité de soixante-dix ans pour l'année où doit « sortir une parole pour la reconstruction de Jérusalem » ? Il n'en est pas dit un mot dans cette prophétie de Jérémie, et l'on se demande ce que peut valoir une exégèse qui ne tient aucun compte du texte important où le point de départ de quatre cent trente-quatre ans se trouve fixé , et qui se contente de lui substituer un point de départ purement imaginaire. Le vide sur lequel repose ce prétendu point de départ suffit pour montrer que toute la supputation de Reuss est fausse.

Pour les quarante-neuf semaines , il faut encore « accorder en principe » à Reuss une niaiserie, qu'il nous a servi en commençant, et dont nous avons fait justice. Non, rien ne nous porte à admettre que le nombre 70 était imposé au pseudo-Daniel parla prophétie d e Jérémie, relative aux soixante-dix semaines de l'exil; il pouvait fort bien dire qu'il s'écoulerait soixante-trois semaines « depuis que la parole (de Jérémie) avait été prononcée; » et il aurait même pu ajouter la date, puisqu'elle se trouve au eh. XXV de ce prophète. On ne peut admettre que le pseudo- Daniel n'a pas pu, comme le dit Reuss, « caser » ces quaranteneuf ans « dans le prolongement de la ligne ». Cette supposition est inacceptable. Daniel fait une série continue de sept -Jsoixante-deux -j- une semaines et il indique très bien le point de départ et d'arrivée de chacune de ses périodes. Il n'est d'ailleurs pas vrai que ces sept semaines correspondent à la période comprise entre le destruction de Jérusalem et l'édit de Cyrus qui n'avait en vue que la reconstruction du temple. Reuss ne le prouve pas en recourant à Zacharie qui ne parle que des soixante-dix ans relatifs à la désolation du temple (voj Introd., p. 345), qu'il fait très justement commencer à l'année 588-587. Il est d'ailleurs tout à fait faux que Jérémie (ch. XXIX, 10) les date de Tan 598. Cette année-là Jérémie écrivit une lettre aux captifs qui étaient alors à Babylone. Mais i! ne dit pas que la Captivité n'avait pas commencé plus tôt. Seulement, il faut distinguer entre les soixante-dix ans de la captivité et les soixante-dix ans de la désolation du temple. Il n'y a donc

aucune contradiction entre ces prophètes-, et les passages allégués par Reuss ne prouvent pas que le nombre soixante«dix indiqué par ces prophéties ne doive pas « être serré de près ». D'où il suit que ce critique n'est pas fondé à prétendre « qu'on pourrait se permettre de dire que notre auteur s'en est tenu aussi à un à peu près ».

En résumé , le procédé de Reuss consiste à admettre à priori des hypothèses que rien ne justifie : un point d'arrivée de fantaisie, un point de départ qui n'en est pas un et qui certainement n'est pas visé par l'Ange, et enfin à escamoter les sept premières semaines. Ayant détruit tous les éléments dont se cornpose l'argument de Reuss , nous n'avons donc pas besoin d'insister pour en montrer la futilité. Nous avons fait toucher du doigt et nous avons suffisamment démoli l'enfantin badinage , dont se contentent quelques-uns de nos plus difficiles critiques rationalistes.

Philip Desprez n'a aussi trouvé rien de mieux que de chausser pieusement les souliers éculés de Marsham. Dans son livre (Dan, and John, p. 4 00), publié en 1878, il fait commencer les soixantedix semaines « à l'an 606, date de la prophétie de Jérémie, et finir à la première année de Cyrus, en 536 ». « Le Masiah Nagîd est Cyrus », parce que, d'après Desprez, il combina, dans sa personne, la qualité de Messie et de Prince, et aussi celle de restaurateur de la Ville et du Temple. Cyrus, cependant, n'émit pas un décret qui eut pour objet le rétablissement de Jérusalem; et puis, il n'est pas venu après sept semaines, mais après dix semaines, d'après les dates même, choisies par ce nouveau critique. Le terminus à quo des soixante -deux semaines, est tout indiqué par la fin des sept premières semaines ; mais Desprez, sans dire ni pourquoi ni comment, les compte à partir du même point de départ primitif de l'an 606. Marsham, du moins, avait cherché quelque prétexte qui lui permit de motiver, du moins en apparence, le choix qu'il faisait de l'année de la ruine du temple, qu'il fixait en 607. Mais il est sans doute plus moderne de ne pas le motiver du tout. Puis, Desprez trouve que 606 — 434 = 172, date du commencement du règne d'Antiochus (ce commencement du règne est fixé à l'an 174, et par Kuenen à l'an 475). Il trouve que, « en ajoutant la dernière semaine ou sept ans, on obtient soixante-trois semaines ou quatre cent quarante-un ans, qui, déduits de six cent six, nous amènent à cent soixante cinq, année de la purification du temple et de la mort d'Antiochus. Kuenen met la purification du temple en 164 et la

mort d'Antiochus en 163. A ce compte, la dernière semaine, que Desprez fait commencer en 172, aurait duré neuf ou dix ans. Le problème de quatre cent quatre-vingt-dix ans est ensuite résolu fort cavalièrement : en ajoutant sept semaines ou quaranteneuf ans, qui sont censés se terminer à Cyrus, aux quatre cent quarante-un ans, on obtient un total de quatre cent quatrevingt-dix ans. Mais ce total n'est, en réalité, que de soixantetrois semaines ou de quatre cent quarante-un ans. Les sept semaines, en effet, ne sont pas comptées. Nous voyons donc reparaître ainsi, à la fin du xixe siècle, les grossiers moyens qui n'ont pas réussi à Marsham, au xvne siècle, et qui ne peuvent surprendre que des esprits peu attentifs aux indications du texte de la prophétie des soixante-dix semaines.

Moses Stuart est un exégète plus compétent que les Kuenen et les Reuss; mais au sujet des quatre empires et en ce qui concerne la prophétie des soixante-dix semaines, il a complètement versé dans l'ornière de la critique négative. Son tort, en ce qui touche aux versets 24-27, est d'avoir accepté, sans y regarder de trop près, la théorie de Marsham. Après avoir pris au sérieux la division factice de Yathnach et adopté ainsi une ponctuation vicieuse du verset 25, le professeur d'Andover a cherché l'apparition d'un oint à la fin des sept semaines, et un oint supprimé après la période des soixante-deux semaines. Or, après avoir essayé tous les commencements, toutes les combinaisons possibles, il se voit contraint de reconnaître que les exégèses de la prophétie, ainsi conduites , ne mènent à aucune explication sérieuse. Il avoue expressément que, au point de vue historique, il ne peut rien présenter de sortable (/ do not see, then, but that we must suspend ours investigations hère, as connected with history ; because we seem to hâve exhausted ail the probable materials ivich history présents (p. 281). Il se demande alors si la philologie ne sera pas un guide plus complaisant [we must betake ourselves at last, then, to simple philology). Après avoir examiné longuement chaque mot de ce verset, il arrive à cette conclusion que bien certainement l'auteur a en vue un personnage éminent {That some distinguished personage is meant, can hardly be questionned) . Mais Stuart se voit obligé d'avouer qu'on ne trouve aucun Christprince qui s'adapte à cette période : on ne sait où trouver ce personnage , impossible de fixer l'époque où il a apparu (who it is he> or when he was to appear, are questions, as we hâve seen, ivhich cannot easily be solved, by any history known to us, p. 283). Il reconnaît donc que son exégèse aboutit à une double impos-

sibilité : impossibilité de trouver sept semaines qui se terminent par l'avènement ou par le règne d'un Messie-prince; impossibilité de trouver soixante-deux semaines qui se terminent par le meurtre d'un Messie et la dévastation de Jérusalem. Si l'on prend le décret de Cyrus pour le commencement des soixantedix semaines, on ne trouve, à la fin des sept semaines, d'autre Messie-Nagîd que Darius à la fin de son règne ou Xerxès au commencement du sien. Or, aucun de ces rois ne se présente comme un Messie-prince. Esdras ne peut pas être le Messieprince, car il alla à Jérusalem soixante-dix-neuf ans après le décret de Cjrus, et il ne faudrait que quarante-neuf ans. Ce Messie ne peut être Néhémie qui alla à Jérusalem quatre-vingtonze ans après le décret. D'un autre côté, avant Cyrus, aucun ordre de rebâtir Jérusalem ne fut donné. Stuart remarque ensuite que, d'après Hoffmann, il faudrait placer les sept semaines après les autres périodes, et supposer qu'elles ne suivent pas les soixante-deux semaines d'une façon continue. Constatant qu'Hoffmann est amené à ce résultat par des considérations historiques, Stuart répond qu'à moins d'y être forcé, par des vues de ce genre, il est certainement plus naturel de regarder les trois périodes tout à la fois comme successives et continues [it must certainly be natural to regard the three periods both as successive and continuous. Mais enfin il demande en vain qu'Hoffmann lui montre son Messie-prince {if so, then we must ask : How ? When?); et il ajoute que ce sont là des questions auxquelles ou n'a pas le moyen de donner une réponse satisfaisante (p. 285). La période qui donnerait les plus grandes espérances et que l'histoire nous découvre, serait l'époque comprise entre Judas Machabée, qui commença à réparer les désolations faites par Antiochus, et le règne de Jean Hyrcan. Mais la fin des quarante-neuf années tomberait alors vers le milieu de son règne (l'an 116 av. J.-C ). Or, cette année n'offre rien de remarquable et qui la distingue des autres années. Dès lors, l'hypothèse d'Hoffmann est inadmissible. Stuart confesse enfin qu'il n'a pas résolu le problème et qu'il est incapable de répondre aux difficultés qu'il soulève (/ confess myself unable to answer ail the questions that may be hère raised, p. 286). Il attend un interprète qui sera plus heureux que lui. Mais on l'attendra longtemps encore et on n'en trouvera jamais un qui puisse trouver la solution d'un problème qu'on a rendu soi-même impossible. Il faut commencer par ne pas donner une traduction contraire aux textes ; il faut commencer par ne pas donner une valeur exagérée de ponctuation à un accent qui n'a trait qu'à la récitation modulée des Juifs. Aussi,

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