CHAPITRE IX
le Christophe Colomb que demande Stuart est-il tout trouvé : il est représenté par la nature même du texte, par le contexte et par les traductions que les versions grecques nous en ont donné
Les eschatologues : Hoffmann, Wieseler, Delitzsch, etc. Nous avons vu que quelques écrivains ecclésiastiques des premiers siècles ont interprété la prophétie des soixante-dix semaines dans un sens eschatologique , comme un développement du royaume de Dieu depuis la fin de l'exil jusqu'à la dernière venue du Christ, à la fin des temps. Ainsi, saint Irénée {Hœres , V, 25, 3, 4), saint Hippolyte [de Antichristo) , saint Cyrille de Jérusalem (Catech., XV, 15), Apollinaire de Laodicée ont détaché la dernière semaine des soixante neuf semaines, et l'ont rapportée à la destruction de Jérusalem et plus particulièrement à la fin du monde , dont la catastrophe de la ville juive est une image. Hésychius, évèque de Salone, y avait vu une allusion aux sept années qui précéderont le second avènement de Jésus-Christ. La première partie de cette semaine serait le temps du retour d'Elie ; la seconde partie, le temps de l'Antéchrist. La guerre de l'Antéchrist durera trois ans et demi, d'après le témoignage de Daniel (XII, 7) et de saint Jean (Apoc, XII, 6). L'Antéchrist fera cesser les sacrifices (Dan., IX, 27) et il aura un triomphe de trois ans et demi (Dan., VII, 25). Ces rapprochements ne sont pas tous bien fondés, et ils ne nous offrent pas le sens littéral des versets 24-2 7 du ch. IX de Daniel. La dernière semaine ne doit pas, d'ailleurs, être séparée des soixante-neuf premières semaines par un long intervalle : les soixante-dix semaines forment un seul et même tout qui aboutit au Christ retranché.
Les écrivains que nous venons de mentionner admettaient néanmoins que la prophétie est messianique et que les soixanteneuf semaines finissent à l'avènement de Jésus-Christ. Il n'en est pas de même en ce qui concerne d'autres eschatologues, qui ont adopté quelques-unes des hypothèses bizarres qui veulent faire finir la prophétie à Antiochus. Epiphane. Ces écrivains plus récents ont, en effet, introduit dans l'opinion eschatologique de quelques Pères une modification essentielle qui tranche avec la précédente et déplace fort arbitrairement le terminus ad quem des soixante-neuf semaines. Ainsi , Hoffmann {Die 70 Jahre des 1er. u. die 70 Jahrwochen des Dan., p, 57 et ss.; et Weissag. u. Erfûlluiig, I, 296, et ss.), Wieseler (Gôtt. gel. Anzeigen. 1846, p. 131 et ss.), Kliefoth {Comment.,) Leyrer (Herzog's, Rcalenc, XVIII, p. 383) et ZCindel (Krilische Unterss.) ont
vu dans cette prophétie le développement du royaume de Dieu depuis la fin de la captivité jusqu'à la fin du monde. La dernière semaine est partagée entre Elie et l'Antéchrist. Keil a admis aussi, dans son Commentaire, cette opinion qui n'est aucunement fondée. Delitzsch (Herzog's Realencycl., art. Daniel), rapporte la prophétie à Antiochus,mais avec référence à l'Antéchrist et à l'accomplissement du règne de Dieu à la fin des temps. Ces interprètes introduisent ainsi dans les soixante-dix semaines, sans que rien les y autorise, les événements qui sont l'objet du chap. XII de Daniel, sans compter qu'ils y mêlent aussi la prophétie du ch. VIII relative à Antiochus. Ainsi, Delitzsch, qui s'est laissé entraîner à ce sujet par les affirmations du criticisme, admet deux oints, et il fait, à priori, d'Onias le second Oint. Puis , de l'an 170 , commencement supposé de la dernière semaine, il veut remonter au point de départ fixé par la prophétie, et il remarque que le nombre des soixante-deux semaines ou de quatre cent trente-quatre le conduit à l'année 604 av. J.-C. Mais il suppose, contrairement au texte, que la prophétie, datée de cette année (Jérém., XXV, 11 et 12), est « celle dont l'explication fait l'objet des recherches de Daniel ». Après s'être ains fourvoyé, il ne sait, pas plus qu'Hoffmann et Wieseler, où placer les sept semaines. Ces critiques voyant qu'on ne peut les faire rentrer dans la période qui s'écoule « de la promesse de Jérémie » (il n'y a pas de promesse de reconstruction dans la prophétie de l'an 604), ont essayé de placer les sept semaines après les soixante-trois autres, et, dès lors, en deçà de l'an 163 av. J.-C. Il suit de là que l'Oint-Prince que l'on veut placer après les sept semaines ne saurait être Cyrus. Delitzsch pense qu'elles se rapportent au Messie attendu par les Juifs, et comme il n'y a pas eu, en 114 (163 — 49), un personnage correspondant à cet idéal , il dit qu'on doit entendre ces mystérieuses semaines de façon à comprendre qu'elles aboutissent à Jésus-Christ. Dans ce cas , il faudrait refondre le texte et diviser les soixante-dix semaines en soixante-deux, une et sept semaines -, et rien ne motive cette intervention ; il faudrait de plus entendre les sept semaines dans un sens tout différent des soixante-trois autres. Celles-ci comprendraient un nombre défini d'années et les sept semaines n'offriraient qu'un nombre mystique, indéterminé : ce qui est contraire aux déterminations et à la précision qui caractérise cette prophétie.
En admettant, d'ailleurs, avec les critiques anti-messianiques, que la fin des soixante-deux semaines devait être signalée par