CHAPITRE IX
la mort d'Antiochus , ils prêtent le flanc à la critique. Ainsi, Kuenen a pu leur reprocher « de ne pas faire coïncider cette mort avec l'avènement de la période messianique comme le texte l'exige incontestablement » (Hist. crit., p. 548). Le texte prouve, en effet, que le Messie devait apparaître à la fin des 7 4~ 62 semaines. Mais Kuenen aurait pu se dispenser de vouloir le prouver en renvoyant aux ch. VII, VIII, XI et XII, qui ont un objet tout différent de celui du ch. IX. Ces eschatologues ont aussi le tort de reporter les sept premières semaines qui, d'après le texte, doivent précéder les soixante-deux semaines, puisqu'elles sont nommées avant celles-ci, à la fin de cette période. Il suivrait de leur exégèse que le Christ aurait dû apparaître quarante-neuf ans après la mort d'Antiochus ou cent quatorze avant notre ère. D'un autre côté, ils ne peuvent s'empêcher de reconnaître que , d'après le vs. 24 , la soixantedixième semaine doit être signalée par des bénédictions considérées justement comme propres au règne messianique. Kuenen remarque donc avec raison que « M. Delitzsch s'est vainement efforcé de prouver que, d'après le vs. 24, une période absolument nouvelle de restauration et de bénédiction nationales doit suivre la désolation décrite au vs. 27 » [Ibid., p. 548). La prophétie, en effet, ne s'occupe pas d'une reconstruction de Jérusalem qui aurait lieu après l'accomplissement des 7 + 62 + \ semaines. Cette reconstruction devait avoir lieu après les sept premières semaines placées au début de la période totale. Mais il est vrai que la soixante-dixième et dernière semaine, d'après le vs. 24, devait être signalée par l'expiation des péchés, l'avènement de Justice éternelle, l'accomplissement des prophéties relatives à cet avènement , et l'onction de Saint des Saints. Seulement, il n'est pas vrai que cette période messianique dut suivre immédiatement la mort d'Antiochus Epiphane, comme le prétendent de nombreux rationalistes. Il n'est pas vrai non plus que la prophétie des soixante-dix semaines puisse prendre une signification eschatologique, d'après laquelle, l'Ange y aurait annoncé des événements qui devaient s'accomplir aux derniers jours.
Symbolistes et indéterministes. Mentionnons encore les allégoristes qui veulent voir, dans cette prophétie, « des chiffres indéterminés, et qui ne doivent pas être pris mathématiquement, parce que, disent-ils, le nombre sept et ses multiples ont toujours servi à désigner des nombres indéterminés et vagues » (Atha. Coquerel, Biogr. sacrée, p. 6 v» 9 ) . Prétendant ensuite que
l'apologétique ne perd pas à admettre que ces chiffres n'ont aucune valeur, cet écrivain protestant ajoute les lignes suivantes : « Cet oracle, l'un des plus mémorables, garde toute sa force comme preuve en faveur du Christianisme, et ne perd que cette rigueur mathématique que l'on a eu tort d'j chercher ; les chiffres sont obscurs, les faits ne le sont pas; c'est donc aux faits que la science et la foi doivent s'attacher. Le Sauveur du monde, les trois ans et demi de son ministère, sa mort, la fin du culte cérémoniel, la ruine de la nation infidèle, tout est là ; que voulons-nous de plus ? Que Dieu eût remis la chaîne des âges entre nos mains, c'est trop demander. Le sens chronologique de la prophétie de Daniel est seulement qu'il devait s'écouler environ cinq siècles entre la restauration de la première alliance, et l'établissement de l'alliance chrétienne » (p. 703).
Mais il n'est pas possible, quoiqu'on en dise, de supposer que la prophétie ne contient pas des chiffres déterminés. Elle renferme des dates trop précises (7 + 62 -|- 1), pour qu'on ne puisse pas raisonnablement supposer qu'elle renferme des chiffres sans signification. Les supputations de l'Ange devaient être très utiles aux juifs avant la ruine de Jérusalem : elles les rendaient attentifs au moment où le Rédempteur apparaîtrait. Leurs archives et la mémoire des vieillards leur rendaient les supputations faciles, et nous savons que les Juifs étaient dans une attente prochaine du Messie vers le temps où Jésus accomplit son divin ministère, et à l'époque de la dernière destruction de Jérusalem. La prophétie ne nous laisse pas de vague : elle offre de chiffres bien déterminés. Ces chiffres sont des chiffres ; et les mathématiques n'ont pas à abandonner leurs règles les plus élémentaires devant les défaillances des commentateurs, qui ne se donnent pas la peine de lire avec attention cette admirable prophétie, et qui s'imaginent que des objections graves démontrent l'incertitude de ces supputations et mettent le texte en conflit avec la chronologie et avec l'histoire.
Il est, d'ailleurs, par trop étrange qu'on vienne nous dire que « le nombre sept désigne toujours des nombres indéterminés ». Les Hébreux n'ont cependant jamais regardé comme ayant pour objet un nombre indéterminé, l'ordre qui leur fut donné, lors de la première Pâque (Exode, XII, 15-19), de manger le pain sans levain pendant « sept jours » , ou le commandement relatif à l'observation du sabbat : « Vous travaillerez les six jours; mais le septième jour est le sabbat » (Exode XX, 8-H). Il n'y a rien non plus de symbolique et d'indéterminé dans le repos imposé