‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 239 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à la terre, la septième année; et dans le grand jubilé, après sept fois sept ans. On ne trouve non plus aucune indétermination dans les soixante-dix ans de l'exil et dans les soixante-dix ans de la destruction du temple : chacune de ces périodes a réellement duré soixante-dix ans. Il en est de même — ainsi que nous l'avons vu — du compte des semaines de Daniel. Malgré les ravages du temps et des hommes, les documents qui servent de base à l'histoire des soixante-dix semaines nous ont été conservés, et ils nous permettent d'établir, avec une entière certitude, la chronologie prophétique des soixante-dix semaines, et les faits auxquels elle se rattache : il est certain que les quatre cent quatre-vingt-dix ans commencent à l'année 458-457 et aboutissent à Tan 32-33 de notre ère. Nous n'ignorons pas, du reste, que, n'étant pas parvenus à interprêter la prophétie d'une manière satisfaisante, divers commentateurs ont trouvé plus commode de renoncer à tout calcul. C'est, en effet, un procédé facile et fort expéditif. Mais il n'est pas satisfaisant : c'est supposer que le messager de Dieu a parlé pour ne rien dire; et c'est enlever à la prophétie une partie de la force de démonstration qu'elle possède pour prouver contre les Juifs que le Messie est venu.

Accules dans l'impasse créée par leur imagination, les rationalistes sont forcés d'avouer que leur critique négative mène à l'impuissance et aboutit au néant. — Toutes leurs combinaisons machiavéliques aboutissent, en effet, au résultat le plus piteux, le plus contraire à leurs calculs. Ils trouvent devant eux des difficultés insurmontables : ils ne savent où commencer les soixante-dix semaines ni ou les finir, parce que, au lieu de s'inspirer du texte, ils recourent à des points de départ arbitrairement choisis et faux. On les voit alors se buter aux sept premières semaines, qui sont pour eux un obstacle qui les arrête et leur barre le passage. Les trois hypothèses principales, pour se débarrasser des quarante-neuf ans, que le rationalisme ne peut faire rentrer dans son système, ont été essayées, et elles se sont écroulées au souffle de la critique. Les uns ont eu recours à l'hypothèse du parallélisme et ont voulu faire s'écouler les sept premières semaines parallèlement aux soixante-deux semaines, et ils n'aboutissent ainsi qu'à les faire disparaître du compte indiqué par le texte. D'autres pseudocritiques les ont reportées après le temps d'Antiochus Epiphane, et n'ont abouti à aucun résultat satisfaisant. Enfin, il s'est trouvé des criticistes qui ont dit que le plus simple était de ne pas leur attribuer un sens précis et de les interprêter selon

qu'on juge convenable. C'est encore renoncer à résoudre le problème : il n'en persiste pas moins à se dresser devant ces rationalistes qui, par les inepties qu'ils y introduisent, l'ont rendu insoluble, et pataugent ainsi dans un imbroglio vraiment comique. De semblables impossibilités se sont présentées aussi au sujet des « Oints », auxquels la fausse ponctuation, adoptée par les criticistes, et leur méprise à l'égard des expressions du texte, ont donné une existence imaginaire. Bref, ils sont eux-mêmes contraints de proclamer l'avortement d'une entreprise conçue dans l'iniquité et menée par une exégèse de fantaisie. Ce découragement, cette désespérance des rationalistes ressort, du reste, du langage des critiques qui n'ont pas manqué de sentir les contradictions inextricables qu'offrent leurs systèmes et les divergences qui les éloignent des textes. Ils se réfutent les uns les autres et ils en sont pour leur courte honte. Pusey a pu dire justement que chacun d'eux réfute son prédécesseur et attend sa réfutation de son successeur, et, souvent même, adopte ce qu'il a condamné. Ajoutons encore que les rationalistes et les Juifs ne peuvent pas tirer avantage de la multitude des systèmes que l'on rencontre chez les commentateurs catholiques : elle prouve seulement que ces écrivains n'ont pas suivi avec docilité les enseignements du texte. C'est ce texte pris à la lettre qui nous a fait voir qu'ils ont fait fausse route et que ceux qui veulent retrouver leur chemin, doivent prendre le seul décret qui ait permis de reconstituer la ville et l'Etat des Juifs.

En suivant ce texte — comme nous l'avons fait scrupuleusement et avec un soin extrême — on constate, dès lors, parfaitement, que les rationalistes s'efforcent vainement d'accuser Daniel d'ignorance. Il se trouve, en effet, de ces critiques qui, s'entêtant dans la mauvaise voie dans laquelle ils sont engagés et qui les éloigne de la thèse indiquée par le texte, s'en prennent à l'auteur. N'ayant plus aucun espoir de concilier leurs théories avec la prophétie, ils crient à l'ignorance de Daniel. Au lieu de s'en prendre à eux-mêmes, ils n'ont trouvé rien de mieux que de rendre le grand prophète responsable de leurs mécomptes. Ils admettent à priori que la prophétie n'est pas une prophétie, mais une description du règne d'Antiochus Epiphane, description faite post eventum. Ils ont regardé cette hypothèse comme certaine. Dès lors, le récit devrait être exact, et néanmoins les périodes données par Daniel sont inconciliables avec la légende anti -messianique. Mais les rationalistes ont eu recours à un autre moyen par lequel ils croient se tirer d'embarras. Si le texte ne

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