‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 240 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

s'harmonise pas avec leurs rêveries, la faute en est au texte, c'est-à-dire à une révélation que nous sommes autorisés — que les criticistes le veuillent ou non — à regarder comme la Parole de Dieu.

Bleek expose en ces termes, contre l'auteur du livre de Daniel, cette accusation d'ignorance, qu'il aurait été bien en peine de motiver : « La durée (comprise entre Cyrus et Epiphane) est en réalité plus courte: elle est moindre de neuf semaines d'années (63 ans), mais cela ne doit pas nous faire douter d'une interpré' tation appuyée sur des raisons sérieuses, si nous considérons que le canon des livres saints n'offre pas de dates chronologiques pour cette période, de sorte que du moins un écrivain postérieur peut'avoir aisément suivi un calcul inexact surtout s'il y était conduit par un intérêt spécial» (Schleierm. Zeitschr. III, p. 292; et Jahrb. d. Deutsch. TheoL, p. 84); c'est-à-dire, comme l'explique très bien le Dr Pusey, par l'ignorance de l'auteur dirigé par la fraude. Hitzig, de son côté, ne craint pas de dire : « Si par ce moyen, le calcul ne s'accorde pas, alors Daniel s'est trompé et la seule question à résoudre consiste à expliquer son erreur. Les sept semaines forment le -pCrcov <|suooç de la supputation. Les Hébreux n'avaient aucune chronologie et aucune histoire suivie de la période des Perses (Die Hebraer von den ganzen persischen Zeit keine Zeitrechnung und keine zusammenhangende Geschichte hatten. — Das Buch Dan., p. 169). Lengerke, lui-même, a reculé devant une pareille énormité. Il aurait fallu, en effet, démontrer que Daniel s'est trompé sur quelque point de ses récits. Or, c'est ce à quoi tous les efforts des rationalistes n'ont pu aboutir. Rien ne prouve non plus que les juifs du second siècle avant notre ère aient ignoré l'histoire des Perses. Sans doute, à partir d'Esdras et de Néhémie, la Bible ne contient pas des livres qui se soient occupés de cette période. La raison en est bien simple : c'est que le Canon de l'Ancien Testament se trouva fermé avec la disparition de la succession prophétique, qui aurait pu juger et canoniser les nouveaux écrits. Mais nous savons d'ailleurs que les Juifs n'ont pas manqué de Scribes et que leurs archives possédaient de nombreux documents. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'ils n'ont pas été conservés et on ne saurait s'en étonner, lorsqu'on connaît les tristes événements dont Jérusalem fut le théâtre sous Antiochus et dans les guerres des Romains contre les Juifs. C'est donc sans fondement que l'imagination des rationalistes trotte, invente et s'efforce de faire que, dans ces inven tions gratuites, ce soit toujours Daniel qui ait le vilain rôle.

Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres ; et après notre réfutation des fausses exégèses de Bleek, d'Hitzig et des autres critiques fantaisistes, nous avons le droit d'affirmer qu'ils ne sont aucunement autorisés à conclure de la non concordance de la supputation de Daniel avec celles qu'ils ont rêvées, que c'est le prophète qui s'est trompé,

On ne doit pas oublier non plus que d'après une interprétation idiote, qui leur est propre, ces critiques supposent que Daniel a cru qu'il n'y avait eu que quatre rois en Perse ; que l'empire perse n'a duré que cinquante-quatre ans-, et que l'empire d'Alexandre fut divisé immédiatement après sa mort (cfr. Lenge rke, Das B. Dan., p. 514). Mais ces hypothèses que rien ne justifie ne servent guère à nos adversaires pour expliquer les soixante-dix semaines depuis la période de Joachim ou de Cyrus jusqu'à Antiochus. D'après eux, Tauteur connaît très bien la période qui va de la bataille d'Ipsus (en 301) à l'année 164. Nous avons ainsi cent trente-sept ans. En ajoutant à ce nombre les cinquante-quatre années que le pseudo-Daniel — toujours d'après les prétendus critiques — aurait reconnus à l'empire perse et les dix ans, du règne d'Alexandre en Asie, nous obtenons ainsi deux cent un ans qui, dans la pensée de l'auteur du livre de Daniel se seraient écoulés depuis Cyrus jusqu'à la mort d'Antiochus Epiphane. Les rationalistes ont à expliquer comment cet auteur a pu supposer qu'il y a une durée de soixante-trois semaines d'années depuis la quatrième année de Joachim ou depuis Cyrus jusqu'à la mort d'Antiochus Epiphane. Ils prétendent que l'auteur a cru que la période de Cyrus à ce persécuteur grec a été de deux cent un ans au lieu de trois cent soixante-quatorze (date supposée de la prophétie, en 538 — 164 = 374). Mais ils devraient alors expliquer comment le pseudo-Daniel a fixé une période qui dépasse de cent soixante-treize ans le chiffre de celle dont ils lui attribuent la connaissance. Le reproché d'ignorance retombe sur ce criticisme qui a voulu donner toutes ses imaginations, toutes ses supercheries, tous ses doutes pour une vérité scientifique et qui n'a fait de ses explications de la prophétie des soixante-dix semaines qu'une tour de Babel.

Les critiques français auraient fait preuve de bon sens en refusant de se laisser prendre à ces affirmations calomnieuses : ils auraient pu voir que l'on ne saurait alléguer aucun motif, qui permette d'accuser Daniel d'erreur et d'ignorance. Mais il s'en trouve toujours qui aiment à se laisser égarer et lancer sur les fausses pistes, que leur offrent ce qu'ils appellent « la libre

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