CHAPITRE VIII
question posée par le Saint revient donc à celle-ci : « Pendant combien de temps le sacrifice quotidien sera-t-il supprimé?» C'est là le fait signalé, c'est là le trait qui s'accentue et qui prend plus d'importance. Aussi voyons-nous que Bleek, Kirmss, Ewald, Kranichfeld, Delitzsch et d'autres' critiques ont pensé que «matin-soir» pouvait être compté comme se rapportant à un sacrifice du matin et à un sacrifice du soir-, de sorte que les 2,300 soirs-matins, ne forment qu'une durée moindre de moitié, c'est-à-dire 1,4 50 jours de 24 heures. Keil dit que cette opinion n'a aucun fondement exégétique. Nous venons de voir, au contraire, que la suppression des deux sacrifices et la profanation de l'autel consacré à Dieu forment le point essentiel de la vision, et que la durée de cet outrage formait l'objet principal de la demande adressée à Dieu. Ainsi, le langage du Saint peut fort bien avoir spécialement pour objet la suppression du tamîd qui fut l'événement capital de la vision ou de la persécution d'Antiochus. De la sorte, la détermination de la durée de la suppression des sacrifices dus au Très-Haut a pu très bien rentrer dans les intentions du Révélateur, et nous sommes en droit de chercher l'explication du texte dans cet ordre d'idées.
Donc, en prenant les termes « soir-matin » comme désignant les sacrifices que l'on offrait à ces moments du jour, et en admettant que la somme totale indique, non les jours, mais les sacrifices supprimés, on doit diminuer de moitié le chiffre de 2,300 et le réduire à 1,150 jours. On a dit, il est vrai, que cenombre de jours n'offre aucun résultat satisfaisant. On trouve que 1,150 jours sont l'équivalent de 3 ans, 2 mois et 10 jours (année de 360 jours) ou de 3 ans, 1 mois et 25 jours (année de 365 jours). Or, la suppression du tamîd ou de l'holocauste quotidien n'aurait, dit-on, duré que trois ans et dix jours (Cfr. I, Mach., 1, 53 ; IV, 5). D'où l'on conclut que la période indiquée au verset 11 du ch. VIII, ne se borne pas à celle que nous offre le premier livre des Machabées. En effet, l'intervalle, indiqué ici par la vision est plus considérable parce que la durée des faits embrasse une période plus longue. C'est pourquoi quelques interprètes, Kirmss [Comment, hist. crit., p. 39), par exemple, font commencer la période de la suppression du tamîd à l'arrivée d'Appollonius qui s'empara de Jérusalem par surprise. Mais cette période prendrait un peu plus de trois ans et six mois. Dès lors, celle que la vision indique ici n'a pas dû commencer dès l'entrée de ce général dans la ville sainte. Le culte mosaïque, en effet, ne fut pas aboli tout de suite. D'abord on se contenta d'exi-
ger des actes d'idolâtrie (trois ans et demi), tout en laissant subsister le culte de Jéhovah. Puis, on abolit le culte judaïque, on supprima le sacrifice quotidien, et cet acte odieux ne s'accomplit que quelque temps après l'ordre d'adorer les dieux de la Grèce. Cette suppression dura 1.150 jours (2,300 sacrifices du soir et du matin). Les agents d'Antiochus souillèrent ensuite l'autel du Très-Haut en construisant sur cet autel (le 1 5 du mois de kislëv) l'autel de la désolation (I, Mach., 1, 57); le 25 du même mois (vs. 62), les sacrifices païens commencèrent, et ils se continuèrent pendant trois ans. Ce bont là des périodes qui se distinguent facilement.
Mais les rationalistes n'ont pas vu ou voulu voir ces distinctions qui s'imposent au critique. Kiienen, qui résume, en sa personne, le talent des complications qui leur est propre, va nous présenter l'argument qu'ils prétendent opposer à la révélation de Daniel relative à la durée de la suppression du tamîd. Le professeur hollandais reconnaît, d'abord, qu'il y a un parfait accord entre l'histoire et la prédiction concernant Antiochus Epiphane. Mais il signale « deux points où cet accord disparaît » (p. 528). Le premier qui doit nous occuper ici, est relatif à « ce qui concerne le temps que doit durer la profanation du temple. «> Il s'agit d'expliquer le chiffre de a 2,300 soirs-matins. » Kuenen commence par exclure le premier système; il ne veut pas qu'on entende par l'expression « soir-matin » une journée de vingt-quatre heures. » C'est, dit il, évidemment une erreur. » Mais la raison qu'il donne du rejet de cette opinion n'est pas sérieuse. « Puisque, dit-il, il faut partir du 15 au 25 Chislev 167 (I, Mach., 1. 54), 2,300 jours, ou environ six ans, nous mèneraient beaucoup trop loin, bien au-delà de l'époque où le temple fut de nouveau purifié (25 Chisleu 4 64). » En effet, nous arriverions ainsi à peu près jusqu'à l'époque de la grande victoire de Judas Machabée, le 3 Adar 161. Mais il n'est pas vrai que, d'après le texte, les 2,300 jours doivent être comptés à partir du 15 ou du 25 Kislëv. Kuenen remarque ensuite qu'Hersfeld a essayé d'échapper à cette conséquence en comptant les 2,300 jours à partir de la mort d'Onias, 170, arrivant ainsi jusqu'au printemps de 162. Le critique hollandais repousse cette opinion, parce que, dit il, a c'est évidemment prendre trop haut le point de départ, l'auteur nous disant expressément que les 2,300 soirs-matins commencent à partir de la première profanation du Temple, qui eut lieu en 167 » (p. 529). Mais il n'en est pas moins certain qu'une première profanation eut lieu en 1 7 1 , et que la vision pourrait fort