‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 241 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pensée. » Ainsi Maurice Vernes, qui n'a pas été satisfait des combinaisons proposées pour expliquer notre prophétie et qui repousse, en particulier, la combinaison du parallélisme, adoptée par Reuss et jugée invraisemblable par Kuenen, n'a rien trouvé de mieux que d'en appeler à l'ignorance de l'auteur de notre livre. « A cette solution, » dit-il, « ingénieuse, mais un peu forcée, nous en préférons une autre, dont le principe est la différence de la chronologie adoptée par le livre de Daniel et de notre propre chronologie » {Encyclopédie (protestante) des sciences relig., III, p. 583). Il débute donc par une pétition de principe. Il suppose,en effet, l'ignorance de l'auteur de ce livre et c'est au moyen de cette hypothèse qu'il cherche à lever la difficulté concernant l'emploi des soixante-neuf semaines ou quatre cent quatre-vingttrois ans, qui débordent de quarante-neuf ans l'espace compris entre les années 604 (point de départ fictif, qu'il admet à l'aveugle) et 170. Il s'exprime ainsi : « La difficulté est sans solution, si l'on doit adopter les chiffres comme infaillibles. Elle s'explique parfaitement, au contraire, par l'hypothèse de la composition du livre à l'époque machabéenne. En effet, rien ne prouve que l'auteur possédât de la chronologie une connaissance aussi précise que la nôtre, et eût-il eu les moyens de s'apercevoir que de Cyrus à la mort d'Onias il y avait moins de soixante-deux semaines (434 ans) un certain écart n'importait pas à sa démonstration. Cet écart peut être parfaitement négligé quand on se reporte au temps et aux circonstances. Il n'est pas même besoin d'en chercher la justification dans l'inflexibilité du cadre que s'était choisi l'auteur. Ce qui importait à ce dernier comme à ses lecteurs, c'était : 4° d'appuyer sa propre prédiction sur un texte autorisé comme celui de Jérémie; 2° d'établir la relation du dernier terme de la période prophétiquo avec un événement contemporain bien connu de tous. Cet événement est la profanation du Temple qui venait d'avoir lieu » (Ibicl., p. 587). Vernes avait, du reste, trouvé tout cela si bien qu'il l'avait déjà délayé dans un livre que nous avons cité (p. 827) et dans lequel se trouvent les lignes suivantes : « Sept septaines, plus soixante-deux septaines, plus une demi-septaine (jusqu'à la profanation du Temple) font quatre cent quatre-vingt-six ans environ. En rapportant la parole de Jérémie à l'année 600 ou 580, la quatre cent quatre-vingtsixième année à partir de cette date tombe sur l'an <U ou 94, ce qui fait avec la réalité un écart d'une soixantaine d'années, écart tout à fait insignifiant quand on veut bien se reporter au temps et aux circonstances et dont il n'est pas besoin de recher-

cher la justification dans l'inflexibilité du cadre que s'était choisi l'auteur. Ce qui importait à ce dernier comme à ses lecteurs, c'était d'établir la relation du dernier terme de la période prophétique avec un événement contemporain bien connu de tous.' Cet événement est la profanation du Temple, qui venait d'avoir lieu. »

Tel est le système de Maurice Vernes. Nos lecteurs n'auront pas de peine à constater que ce professeur protestant s'est laissé entraîner dans une voie de pures hypothèses et qu'il ne tient aucun compte des textes. Il suppose d'abord que la chronologie de Daniel est différente de la vraie chronologie : c'est une supposition en l'air ; on regarde comme prouvé ce qui précisément est en question. Puis, Vernes suppose encore que « la difficulté est insoluble si l'on adopte les chiffres comme infaillibles ». C'est une hypothèse absolument fausse, et il suffit pour la renverser, de recourir au point de départ indiqué par l'ange Gabriel (voy. p. 925 et ss.). D'après le même critique, « rien ne prouverait que l'auteur possédât une connaissance exacte de la chose ». Mais n'était-ce pas à ce professeur de prouver que l'auteur du livre de Daniel ne possédait pas cette connaissance? N'estce pas, en effet, le cas de répéter ici : Nemo malus nisi probetur . Vous prétendez que Daniel est un ignorant et vous n'êtes pas en état de lui trouver une erreur, un lapsus quelconque. Vernes nous dit ensuite qu'un « écart d'une soixantaine d'années n'importait pas à la démonstration » de l'auteur. Cependant, cet auteur aurait pu comprendre aisément qu'un écart de ce genre suffisait pour qu'on put l'accuser, avec raison, d'ignorance et d'erreur, et que, dès lors, sa prophétie tombait à l'eau. C'est donc encore une hypothèse de fantaisie. Indiquons encore les suivantes : l'auteur « voulait appuyer sa prédiction sur un texte autorisé comme une prophétie de Jérémie ». L'ange ne fait allusion à aucune prophétie de Jérémie, mais cette supposition permet au critique fantaisiste de prendre pour point de départ la parole de Jérémie qu'il date à sa guise des années 600 ou 580 (voyez plus haut, p. 929). Enfin, Vernes suppose que « ce qui importait à l'auteur, c'était d'établir les relations du dernier terme avec un événement contemporain bien connu de tous ». Comment prouve-t-il cette hypothèse ? Il se contente de la présenter : dans ce monde de la prétendue libre pensée, une affirmation en l'air, une lubie quelconque suffit. Cependant, si l'assertion de Vernes était vraie, nous n'aurions pas été fâché de savoir pourquoi l'auteur a mentioné un point de départ et pour-

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