CHAPITRE X
sard; et la Parole est certaine6; et grande lutte f ; et il comprit cette Paroles; et l'intelligence11 à lui (fut donnée) dans la vision.
a La date indiquée ici ne répugne pas avec ce qui a été dit ch. I, 21 (voj. p. 36). Le traducteur alexandrin s'imaginant, sans doute, que Daniel avait fixé la date de sa mort à la première année de Cyrus, a retouché le premier verset du ch. X et à mis : dans la première année de Cyrus ('sv xÇ> IviauTw t£> Tiptàtto Kupou). Mais Théodoret remarque très justement qu'il n'y a aucune contradiction entre les deux passages et que, dans le premier chapitre, Daniel a seulement voulu indiquer qu'il fut assez heureux pour voir l'avènement du roi qui mit fin à la captivité et permit aux Juifs de rebâtir le temple. Cette observation, fondée sur le texte, suffit pour réfuter Maurer qui commente ainsi ce passage : quaa temporis notatio pugnat cum I, 21 ; et Reuss, d'après lequel, « cela ne cadre pas avec ce qui est dit chap. I, 21, et peut servir à prouver que les différents morceaux dont se compose ce livre ont été rédigés séparément. » Il suffit de ne pas exagérer et fausser le sens du verset 21 (ch. I). Daniel ne dit pas qu'il mourut cette année là ; mais seulement qu'il vécut assez pour voir la fin de la captivité.
On s'est demandé comment Daniel, s'il survécut à la captivité, ne s'est pas joint aux Juifs qui allèrent rebâtir le Temple. Cette question n'eût pas été posée, si on avait fait attention qu'il ne pouvait, à cause de son grand âge, être guère utile dans le travail de cette reconstruction (voy. p. 4 050). D'ailleurs, Daniel n'avait pas eu de peine à comprendre que l'acte de bienveillance de Cyrus pour les captifs, et l'autorisation de rebâtir seulement le temple ne permettaient pas la reconstitution du peuple Juif et de leur ville. Le premier décret de Cyrus n'était pas satisfaisant : il fallait travailler à en obtenir un autre. Dans ce but, Daniel pouvait être plus utile à son peuple, par les rapports qu'il dut entretenir avec la cour des Perses. Peut-être même continua-t-il à vivre à la cour, et pût-il parvenir à y introduire quelques-uns de ses coreligionnaires, qui en introduisirent d'autres, lesquels obtinrent de nouvelles faveurs pour Esdras et Néhémie. — b Cyrus est dit roi de Perse. A cette époque, la corne perse s'était élevée au-dessus de la corne mède, et Cyrus est, à proprement parler, le fondateur de l'empire perse. Cette troisième année de Cyrus tombe à l'an 534. — c Une parole, dabar, une un message, un oracle, une communication
divine. Nigîah (fut révélé), troisième pers. prêt, niphal de galah, il a découvert, révélé. D'après le contexte, il s'agit ici d'une révélation surnaturelle. — Daniel parle ici de lui-même à la troisième personne et, au verset suivant, il passe de la troisième personne à la première. Rien ne prouve que ce verset provienne d'une en-tête due à un rédacteur différent de l'auteur du livre. Dans le verset suivant, Daniel s'introduit directement. C'est un procédé en usage (voy. Introd., p.. 4 74; cfr., II, I, 4 et ss. ; 2, 1 et ss. ; Jérém., I, 1 et ss. ; Osée, I, 1 , 2 ; III, 1, etc.). — d Le voyant rappelle son nom babylonien pour indiquer qu'il est bien le même qui a écrit les prophéties qui précèdent : cette mention a pour but de bien établir que l'auteur de ce chapitre et des. deux suivants est le même personnage dont il a été question dans les chapitres précédents. — e Cette parole est certaine, vraie; littér. et la parole (est) vérité (riDN) • cette parole, cette prophétie que je vais exposer est vraie, certaine ; ce n'est pas une fiction. Il y a là un hébraïsme : « et vérité (est) la parole » pour : « et la parole (est) vraie ». — f Et grande lutte. Par cette expression, Daniel indique le sujet même de la double vision, chapitres XI et XII. Dans le premier de ces chapitres, l'Oracle a bien, sans doute, pour but de prédire les guerres des Grecs avec les Perses, des rois d'Egypte avec les rois de Syrie. Mais c'est surtout la lutte d'Antiochus Epiphane avec les Juifs, qu'il a en vue. Pendant la période du troisième empire, Juda devait être accablé par une invasion terrible : un ennemi formidable devait être un jour sur le point d'écraser le peuple de Dieu. Daniel vise d'abord cette première lutte. Mais il vise aussi celle qui est indiquée au ch. XII, 11, laquelle correspond à la persécution annoncée au ch. VII, 8, 11,2 0, 21, et à la victoire que le Messie doit, à la fin des temps, remporter sur le monde. L'expression zabay yadol a surtout en vue la grande guerre de la fin des temps. Le mot ^2 y signifie « armée, milice; guerre, combat. » Il n'a pas été toujours bien traduit. Lengerke le rend par « misère, calamité » [Elend), et Cahen par : e la misère est grande » ; et ils y voient que les Juifs auront à supporter de grands malheurs. D'autres ont supposé que ce texte signifie que « la souffrance sera longue ». Sans doute, zaba\ désignant le service militaire et les difficultés de ce service pourrait exprimer aussi les difficultés et les afflictions de la vie. Mais le sujet de la vision nous offre un point de vue plus précis et plus conforme à l'idée fondamentale du livre, à savoir la lutte des puissances du monde contre le royaume de Dieu. On ne doit