‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 248 sur 318 · CHAPITRE S · texte numérisé non relu

CHAPITRE S

les attributs donnés, dans l'Apocalypse, au Christ glorifié, que nous nous appuyons pour établir le sens de ce passage. Nous nous fondons sur le texte lui-môme et sur des textes parallèles. Nous sommes amenés ainsi à reconnaître que nous nous trouvons en présence d'une théophanie. Nous constatons que l'homme vota, de lin est introduit comme étant Dieu lui-même, et comme, d'après tous les enseignements du livre, cet Homme-Dieu est le Messie, nous ajoutons que le passage de l'Apocalyse relatif à Jésus-Christ confirme notre sentiment.

7. Et moi, Daniel, je vis seula l'apparition; et les hommes qui étaient avec moi ne virent pas l'apparition, mais un grand effroi les saisit b, et ils s'enfuirent pour se cacher c.

&Seul, lebaddî (dans ma solitude; c'est-à-dire moi seul ; de bad , séparation, solitude. — h Littér., tomba sur eux, nafelah halëyhêm. — Daniel vit seul l'apparition mystérieuse, parce que l'oeil physique ou du moins l'œil de l'esprit du prophète avait été élevé à un état surnaturel ; il put saisir des objets qui restaient invisibles pour ceux qui n'étaient pas favorisés de ce don spécial. Il en fut ainsi pour l'apparition qui arrêta saint Paul sur le chemin de Damas (Act. IX, 7; XXII, 9). C'est d'une façon analogue que Samuel entendit la voix de Dieu qui n'était pas perçue par Hélie (I Rois, III, 4 et ss.). Les hommes qui accompagnaient Daniel virent quelque chose qui leur inspira de l'effroi. Ils furent sans doute comme aveuglés par le corps glorieux de l'objet dont Daniel distingua seul les traits et le caractère. Us éprouvèrent ainsi un sentiment de terreur qui leur fit comprendre qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire. — c Ils s'enfuirent en se cachant, c'est-à-dire pour se cacher (behehabë, inf. niphal de jon il a caché : le n préfixe est changé en n, parce que la gutturale suivante exclut le dages fort.

8. Et moi, je demeurai seuld, et je vis cette grande6 apparition-, et il ne resta plus de force en moif ; et mon teinte tourna à la décomposition11; et je ne conservai pas de force.

d Dans mon isolement (HlS) — e Grande (haggedolah), sublime, majestueuse; — f Sur moi, c'est-à-dire dans tout mon être; — s Mon teint, ma splendeur, mon éclat (>Tin): — h changea en corruption, lemashît, (partie, hiphil, qui signifie corrompant, et se prend à l'abstrait pour corruption), se décomposa : je devins pâle, défait; mes traits furent bouleversés ; mes splendeurs furent changées (ch. V, 5, 6). Daniel éprouva des émotions analogues à celles qu'il à déjà décrites (VIII, 17).

9. Et j'entendis le son1 de ses paroles: et comme j'entendis le son de ses paroles, je tombais évanoui J sur ma face; et ma face (tournée) vers la terre.

\Le son, la voix (Sip). le bruit de ses paroles; — » littér. je fus endormi, assoupi (de u2T! au niphal, il a dormi profondément -, il a été assoupi, étourdi). Cfr. VIII, 18. Daniel fut dans un état de défaillance semblable à un profond sommeil, dans un état d'étourdissement qui était comme un anéantissement de son être.

10. Et voici! une maink me toucha, et me fit mouvoir1 sur mes pieds et (sur) les paumes de mes mains.

k La suite fait voir qu'il s'agit de la main d'un être différent de celui qui a été décrit (vss. 5 et 6). C'est pourquoi Daniel ne dit ni « sa main » ni « la main » ; mais a une main », c'est-à-dire la main d'un être qui n'a pas encore été mentionnée. Le personnage, dont l'apparition a comme paralysé Daniel, a prononcé des paroles, dont celui-ci n'a entendu que le son, analogue au bruit d'une multitude d'hommes ou de flots. Cet être mystérieux a disparu ou continue à se tenir sur les eaux du fleuve ; et un ange à forme humaine secoue et soulève Daniel, qui put ainsi s'appuyer sur ses genoux et sur ses mains. Le Voyant ne parle que de la main de cet envoyé de Dieu, parce qu'il ne sentit d'abord que la main qui le ramena à lui. Cet Ange est sans doute celui qui est désigné, au chap, IX, sous le nom de Gabriel. — l Et me fit mouvoir (vatenihënî, 3e pers. fut. hiphil de y«lj, il s'est agité), m'agita.

44. Et il me ditm : Daniel, homme des désirs", comprends0 les paroles que je te dirai p; tiens-toi debout sur tes pieds^ ; car maintenant je suis envoyé vers toi; et lorsqu'il me dit cette parole, je me tins debout tremblantr.

m Celui qui va parler est l'ange qui est envoyé pour faire recouvrer ses sens à Daniel et pour lui faire connaître les révélations du personnage dont le voyant n'a pu saisir les paroles, lesquelles ne sont parvenues jusqu'à lui que comme un bruit terrible et effrayant. Rosenmûller a très bien compris qu'il s'agit ici d'un personnage distinct de l'homme vêtu de lin : Et dixit ad me, non vir lineis indutus, vs. 5, seqq., sed ille cujus manus exanimatum erexerat (vs. 4 0), qui deinceps usque ad XII, 4, cum Daniele loquitur, vicem viri lineis induti, vs. 5, seq. descripti, in se suscipiens, qnum Daniel nec illins splendentem et magnificum adspectum sustinere, nec verba ejus terribili sono piolata intelligere potuerit. Théodoret a pensé, d'ailleurs, que celui qui va parler est l'ange Gabriel qui a déjà apporté au prophète les communication divines (VIII, 16 et ss. ; IX, 21). — n Homme des désirs, homme désiré. Symmaque a traduit par «homme désirable» ; et saint Jérôme dit à ce propos ; Pro viro desideriorum Symmachus interpretatus est virum desiderabilem. Omnis enim sanctus habens in se pulchritudinem amatur a Domino (voy. IX, 23). Ce saint Docteur admet aussi une autre interprétation qui indiquerait une allusion aux désirs et aux prières adressées à Dieu par Daniel : Congruenter vir desideriorum, qui instantia precum et afflictione corporis, jejuniorumque duritia , cupit scire ventura, et Dei sécréta cognoscere. Mais 'îs hamudot n'est pas un homme qui désire , mais qui est désire, un bien-aimé. — ° Comprends ("12H impératif hiphil, de pn), fais en sorte de comprendre (cfr. VIII, 17, 18). — p Que je (serai) parlant à toi. — 1 Et tiens toi debout sur tes pieds ; littér., tiens-toi debout sur toi tenir debout, sur ce par quoi tu te tiens debout, sur les organes qui te servent pour te tenir debout, c'est-à-dire sur tes pieds. Stuart, qui n'est pas satisfait du sens que Gesenius donne au root *îq7 [locus), pense, en effet, avec raison que ce mot signifie the means or instrument of standing, ou, en un mot, les pieds. En s'en tenant à la signification indiquée par Gesenius (locus quo aliquis stat), l'Ange dirait à Daniel :

« Tiens-toi à ta place, an lieu où tu te tiens debout»; ou comme traduit Rosenmûller : Sta super statiune tua, in loco quem stando occupas, ut VIII, 17, \$. Il ne semble pas que ce soit ici la pensée de l'Ange. — r Tremblant, marhid, partie, hiphil (de rahad, il a tremblé) qui a d'ordinaire une signification transitive, mais, qui ici, ne signifie pas « faisant trembler » (tremefaciens), mais «tremblant» (cfr. Esdr., X, 9). La signification précise de Yhipihl n'est pas toujours conservée à l'égard de quelques verbes et on l'emploie intransitivement.

12. Et il me dit : Daniel ne crains pas; car depuis le premierjour que que tu as appliqué ton cœuràcomprendre8, et à t'affliger1 devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et moi, je suis venu à cause de tes paroles u.

E A comprendre, lehabîn, à considérer attentivement les révélations qu'il avait reçues (cfr., VIII, 5; IX, 2); la Vulgate : ad intelligendum. Quelques-uns donnent à ce verbe le sens de « faire connaître , dévoiler » et supposent que Daniel a fait connaître, dans ses prières, son anxiété, les sollicitudes , les craintes qu'il éprouvait au sujet de son peuple, après les nouvelles qu'il avait reçues de Jérusalem. Mais il faut conserver le sens général de la conjugaison hiphil, de ce verbe, dans Daniel. Le serviteur de Dieu est félicité pour s'être appliqué à méditer sur les révélations qui lui avaient été faites et à les comparer aux événements. La vision qu'il va avoir sur l'histoire du peuple élu va lui montrer que les prophéties s'accompliront, mais seulement au temps décrété. — t Et à f affliger , ûlhithannôt (hithpael, de nyj il s'est humilié, affligé, tourmenté). — u A cause de tes paroles , de tes prières, de tes affaires ou des affaires (iy\ parole ; chose, événement, fait, action) de ton peuple,

13. Et le prince v du royaume de Perse m'a résisté x vingt et un jours j ; et voici î Michel z, un des premiers princes3, est venu à mon aide ; et je suis resté b là auprès des roisc de Perse.

v Le prince ou le chef du royaume de Perse. Le mot sar (lt7> prince , chef, capitaine , gouverneur) a ici sa signification ordinaire de « chef» de nation, de tribu, de royaume. Il faut le

prendre dans ce sens à moins que le contexte n'indique qu'il s'agit d'un chef des armées, des groupes ou des ordres célestes. Ici rien n'indique qu'il s'agisse d'un personnage de la hiérarchie des anges. Plus loin, verset 20, celui qui est appelé ici « le prince du royaume de Perse » est désigné par l'expression « le prince des Perses », et nous verrons qu'il s'agit de Cyrus. Le même subst. sar exprime, au ch. XI, 5, le titre de Séleucus Nicator, un des capitaines, un commandant en chef des troupes de Ptolémée Lagus. C'est d'après la signification de ce mot que, plus loin, dans notre verset 13, Michel est rangé dans la catégorie des premiers princes, sarim, et est désigné (vs. 21) par l'épithète de sarkem (votre prince). Evidemment, Michel étant un ange ; et on comprend que le titre de « prince » est relatif à sa situation dans la milice angélique et qu'il désigne en même temps l'ange gardien des Juifs. Mais il n'en est pas ainsi du sar dont il est parlé au commencement de notre verset ; et de ce qu'un ange est appelé prince, il ne suit pas que tout sar est un ange. Le prince du royaume de Perse ne nous apparaît ici que comme le chef de l'armée perse : rien n'indique que , dans ce passage, sar désigne un ange et non pas un roi de Perse. Néanmoins, beaucoup de commentateurs ont supposé que ce prince du royaume de Perse était un ange protecteur, un esprit proposé à la garde du royaume de Perse. Origène {Des Principes, liv. III, ch. 3), S. Jérôme, S. Grégoire [Moral, lib. XVII, c. V), Théodoret, S. Thomas (I, part., q. 113, art. 8), Nie. de Lyre, Tirin, Vatable, Grotius, Maldonat, et la plupart des interprètes, admettent que ce « prince » était » l'Ange qui était chargé de veiller au gouvernement du royaume des Perses. Ces commentateurs s'appuient principalement sur ce qui est dit dans le Deutéronome (XXXII, 8). Saint Jérôme, par exemple, s'exprime ainsi à ce sujet : (Videtur mihi hic essee angélus, cui Persi» crédita est, juxta illud quod in Deuteronomio legimus : Quando dividebat Altissimus génies et disseminabat filios Adam, statuit terminos gentium juxta numerum angelorum, La version alexandrine traduit, en effet , ainsi ce passage : Kaià àptOubv àyyiktùv 6eou. Mais la Vulgate traduit , d'après l'hébreu : Constituit terminos populorum juxta numerum filorum Israël. Les LXX ont-ils été influencés par la lecture de ce passage de Daniel ou par des traditions juives relatives au rôle des anges protecteurs des nations ? Nous ne saurions le dire et nous ignorons pourquoi ils ont traduit le texte hébreu qui porte : « selon le nombre des enfants d'Israël », par : a selon le nombre des anges de Dieu ».

Quoi qu'il en soit , en dehors de la doctrine catholique des anges gardiens, nous trouvons mentionnés dans notre texte deux anges qui s'occupent des affaires du peuple de Dieu, mais nous n'y trouvons pas une base pour admettre que les princes des Perses et des Grecs, mentionnés ici, sont de bons anges préposés à ces empires, et combattant contre Michel et contre l'ange qui ont pris parti pour les Juifs. Déjà nous avons exposé la doctrine angélologique de l'Ancien-Testament (Introd., p. 644-652), et nous savons que Dieu se sert souvent du ministère des anges (cfr. Is., XXIV, 21 ; Jérém., XLVI, 25 ; XLIX, 3). Les anges ne forment, avec les hommes, qu'une même société et ils sont à leur égard des instruments que la Providence divine emploie pour leur bien. Que les nations aient aussi des anges protecteurs , qui inspirent la politique de leurs chefs et président à leur développement comme corps politique, c'est assez conforme aux vues de Celui qui a fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Nous n'ignorons pas non plus qu'au combat qui se livre sur la terre, entre les bons et les méchants, correspond un combat analogue dont le monde invisible est le théâtre (cfr. Ephés.i VI, 4 2, et ss.). Mais on ne s'expliquerait pas que l'ange du royaume de Perse eût résisté à l'ange qui parle à Daniel. Nous n'avons pas , en effet , à supposer ici des combats que se livreraient les bons anges. Il ne pourrait être question que d'un mauvais ange. Or, s'il se fut agi d'un mauvais ange, comme le pensent Hoffmann, Fuller et d'autres critiques, le texte ne lui aurait pas donné le nom de sar ou de « chef » du royaume de Perse. Michel est représenté , il est vrai , dans l'Apocalypse (XII, 7), comme luttant contre les démons. Mais rien n'indique qu'il soit ici question d'un combat analogue; il n'est pas fait mention d'une lutte avec une puissance diabolique hostile aux Juifs. Encore moins trouverait-on , dans ce passage, une allusion d'un combat que l'ange et Michel aient livré à l'ange protecteur , au patron de la nation et du royaume des Perses. Il n'est pas probable qu'un bon ange poussât le roi de Perse à mettre des entraves à la reconstruction du temple et de la ville sainte. L'ange qui s'efforce d'exercer une certaine influence sur les décisions du « prince » des Perses n'a pas à lutter contre un ange qui contrecarre son action. Notre texte ne nous apprend même pas que cet ange fut l'ange gardien du royaume de Perse. Il résulte seulement des versets 4 3 et 20, que cet ange travaille pour le peuple de Dieu ; au verset 21 et au ch. XÏI, 1, Michel nous apparaît comme l'ange protecteur d'Israël. L'autre ange est

Page 1