CHAPITRE X
chargé d'agir auprès de Cyrus afin de le rendre favorable à la cause de ce même peuple. Dans tout ce chapitre, il n'est fait mention que de deux bons anges qui s'efforcent d'inspirer aux rois de Perse, comme ils le feront plus tard aux rois grecs, des sentiments bienveillants pour le peuple de l'Alliance.
Nous n'avons pas, d'ailleurs, à combattre ici les rationalistes (Bertholdt, Gesenius,Lengerke,Winer, Nicolas, Kuenen, etc.) qui trouvent que cette doctrine des anges est dérivée du parsisme et qui s'en servent pour attaquer l'authenticité du livre de Daniel. Nos lecteurs savent ce qu'il faut penser de cette prétendue influencedu parsisme (voy. Introd., p. 617, 644etss.).U n'est pas vrai, d'ailleurs; qu'un nouvel élan ait été imprimé à la dogmatique juive pendant la captivité, et Fuller a vainement essayé d'expliquer la doctrine des anges protecteurs des royaumes, en disant que les livres et les sculptures babyloniens nous offrent la môme idée, car chaque ville, chaque tribu, chaque contrée, avait, en Chaldée, un dieu spécial qui la protégeait. Mais les Hébreux auraient tout aussi bien trouvé tout cela en Egypte et dans les contrées qui les avoisinaient. Ces croyances sur des dieux protecteurs n'ont aucun rapport avec la doctrine de nos saints Livres sur les anges messagers et serviteurs de Jéhovah. En résumé, le sar ou prince du royaume des Perses, dont il s'agit ici, ne peut être queCyrus. La suite va nous le faire voir. — s M'a résisté; littéral. se tenant debout OtqÏT) devant moi ou contre moi (7^, devant en face, vis-à-vis ; et ici « contre, » comme la suite l'indique). Quelques commentateurs s'imaginent que l'Ange indique ici au prophète pourquoi il n'est pas venu plus tôt. L'Ange s'excuserait et donnerait pour raison de son retard qu'il était très occupé auprès du roi de Perse. Cahen : « Ceci explique pourquoi la prière de Daniel ayant été exaucée dès le premier jour, l'ange n'arrive que plus de trois semaines après. » Mais il n'est pas besoin de supposer que l'Ange soit en retard et qu'il ait eu le dessein d'en faire connaître le motif. La prière de Daniel a été exaucée dès le commencement (vs. 12). Mais l'ange n'a été envoyé que o maintenant » (hattah, vs. II). Cette observation suffit donc pour réfuter aussi cette note de Reuss. « La prière de Daniel est exaucée dès le premier jour ; l'Ange consolateur n'arrive que vingt-un jours après. C'est que pendant tout ce temps il a été arrêté et obligé de combattre une puissance hostile, celle du prince de Perse. Ce prince n'est pas Cyrus, mais l'ange tutélaire de ce royaume. » En rapprochant deux passages que le texte ne réunit pas, ce critique a composé un petit roman : il n'est
pas dit dans ce passage que l'Ange ait mis vingt-un jours pour faire son voyage. Encore moins y est-il dit qu'il avait été arrêté eu route par un ange hostile. Au verset 11, l'Ange, en effet, dit : « Je suis envoyé maintenant vers toi. » Nous verrons tout à l'heure que le prince du royaume de Perse est bien Cyrus. " Nous ignorons, du reste, ce que Daniel demandait à Dieu. Toutefois, nous pouvons très bien supposer qu'il s'agissait de quelques difficultés, survenues peu après l'arrivée de Zorobabel en Judée. La continuation de la pénitence de Daniel lui obtint la nouvelle révélation que l'Ange est chargé de lui transmettre.
y Vingt et un jours. On a supposé que ces vingt-un jours sont les trois semaines de deuil de Daniel. Mais nous nous trouvont en présence d'un récit qui en est indépendant. L'Ange reprend les choses de plus haut : il veut indiquer à Daniel ce qu'il a fait pour exciter Cyrus et l'amener sur le trône de Babylone. D'après le chapitre XI, on comprend qu'il remonte jusqu'à la première année de Darius le Mède, et que, a partir de ce moment, il s'est attaché à exercer quelque influence sur les actes du destructeur de l'empire chaldéen. A cette époque, Cyrus n'était qu'un simple sar, prince ou général en chef des troupes de son père Cambyse et de son grand-père Astyage, roi des Mèdes. C'est à dater de la mort de Balthasar et de l'avènement de Darius le Mède (Nériglissor), en 559, que Cyrus commença la guerre, contre l'empire chaldéen et ses alliés (voy. Introd., p. 442), qui eut pour résultat immédiat la conquête de la Susiane par ce prince (Ibid., p. 444). Mais il ne se hâta pas de suivre les inspirations de l'Ange qui aurait souhaité que la prise de Babylone fût avancée, espérai t sans doute que Dieu se laisserait fléchir et que, avant la fin des soixante-dix semaines, les Juifs pourraient retourner à Jérusalem et rebâtir le Temple. Il s'écoula vingt-un ans depuis la levée de boucliers de Cyrus contre Darius le Mède jusqu'à la conquête de Babylone par ce prince. On comprend, dès lors, que le mot « jour » soit employé ici dans le style figuré, prophétique, pour « année » (Ezéch. IV, 4-6). Nous avons dit, il est vrai, à propos des « trois semaines de jours, » que, dans ce passage, le mot jour ne pouvait pas se prendre dans le sens d'année. Ce deuil ne pouvait pas avoir duré vingt-un ans dans une année. D'un autre côté, en remontant de la première année de Darius le Mède aux règnes de Balthasar et de Nabuchodonosor, on constate que les emplois qu'il occupait à la cour ne lui auraient pas permis de se livrer aux pratiques impliquées dans ce temps de pénitence. Mais il n'en est pas de même ici et le contexte nous indique