CHAPITRE X
plutôt que l'ange a voulu nous apprendre, dans un style symbolique, qu'il a employé 21 ans pour conduire le futur libérateur des Juifs dans les murs de Babylone (Voy. lntrod., p. 368-369). Nous sommes ainsi amenés à croire qu'il s'agit d'une période de 21 ans. L'ange révèle ainsi à Daniel que, pendant tout cet espace de temps, il a été le conseiller et l'inspirateur du prince de Perse. Il veut en môme temps lui faire comprendre que, s'il a fallu 21 ans pour amener Cyrus à l'Edit de la délivrance, il ne doit pas être étonné s'il faut encore du temps pour amener la réalisation des suites de cet édit.
z Michel. Lorsque le mystère de l'incarnation du Verbe de Dieu fut révélé aux anges et que l'Homme-Dieu leur fut présenté, il y eut des révoltés parmi ces esprits célestes, mais il s'en trouva un qui, à la tête des croyants, se prosterna et ajouta foi au mystère d'une nature humaine unie à une personne divine. La tradition juive explique le nom de Mika'el comme composé des initiales des mots qui composent le cri de l'archange : Mi (qui), ke (comme), 'El (Dieu). Un bel esprit anglais, Bosanquet, a joint à de nombreuses bizarreries celle qui suit : « Et nous ne pensons pas être trop hardi en suggérant que « Michel (qui est comme Dieu), un des chefs sarim, » ou princes, peut être identifié avec Daniel, qui, « comme étant de la race royale et des princes », et qui, après avoir passé sain et sauf par le feu, où il parut « comme le fils de Dieu », fut ensuite « élevé dans la province de Babylone » (Messiah the Prince, p. XXI.) Userait difficile d'accumuler autant d'extravagances dans un aussi petit nombre de mots. Michel était l'ange des captifs à Babylone et dans la dispersion du peuple de Dieu. — a Un des premiers ou des principaux princes. Ce passage indique qu'il y a parmi les anges des ordres différents. Michel est du premier ordre, et il est appelé plus loin (XII, 1) « grand prince ». Dans le Nouveau Testament, il est nommé àpyjrpfsXo; (Thessal, IV, 16; Jude, IX) ; et dans l'Apocalyse (XII, 7), Michel est représenté comme chef des anges. — ^ Je suis resté. Le verbe notarti, de in? signifie au niphal, -ij-pn reliquus factus est, remansit, il est resté, il est demeuré. La Vulgate a très bien traduit : et ego remansi ibijuxta regem Persarum (et je suis resté là chez le roi des Perses). Comme celui qui reste ou qui survit après la défaite de ses adversaires est regardé comme le vainqueur, on a donné au verbe yatar le sens de « il a eu l'avantage », et on a traduit ce passage par : « et j'ai eu le dessus auprès des rois de Perse ». Pour justifier cette traduction, Gesenius en appelle au contexte, qui serait
favorable à ceux qui donnent à ce verbe le sens de excelluit, reliquis prœstitit, victoriam reportavit, et traduisent ainsi : ibi victoriam reportavi apud reges Persiœ. Mais le contexte tel que l'imagine Gesenius provient de l'opinion qu'il a adoptée relativement à une lutte avec l'ange de la Perse et d'une victoire qui aurait été remportée sur lui. Nous avons vu que cette interprétation n'était pas fondée sur le texte. D'ailleurs, il ne paraît pas que yatar ait le sens de « remporter une victoire ». Rosenmûller, qui a traduit ainsi ce passage : reliquus factus sum, ajoute les observations suivantes qui réfutent l'opinion de Gesenius : Aliqui, ut Lutlierus, Geierus, nec non Gesenius et Winerus in Lexiçis, sic explicant : relie tu s sum, superstes manbi, tanquam viribus superior, depulso adversario, consiliis meis prsevalens, conatuum meorum compos factus, ibi apud reges Persiœ, quos, tanquam populi Judaici dominos, in bonam flectere conabar sententiam. Eam interpretationem tamen vix admittit verbi *in> usus. Illud enim quamvis ab abundandi significatu in forma Hiphil Gènes. XLIX, 4, excelluit denotet; nusquam tamen praevalendi notionem obtinet. Sed Nipbal ubique reliquus factus significat, sive ex communi clade. quomodo solus Josua vel Caleb remansere ex Israelitis iEgypto digressis, Num. XXVI, 65, sive post sortem et fata quœ aliis sui similibus acciderunt, quomodo solus remanebat Jacobus, familiâ ipsius et reliquâ turbâ Jordanem transgressa. Et 1 Sam. XXX, 9. EHniïn relicti dicuntur restitantes,
qui reliquum exercitum prse lassitudine sequi nequibant. Quare verba nostra ita potius erunt interpretanda : quum voluissem prius venire, relictus sum ego, i. e. retardatus sum, apud reges Persiœ, i. e. apud angelum regni Persici, quoeum mihi concertandum fuit, a quo ne nunc quidem me expedivissem, nisi juvisset me Michael.
Nous ne croyons donc pas que l'ange dise ici qu'il a été vainqueur auprès des rois de Perse. Mais nous nous séparons de Rosenmiiller et de quelques autres- critiques, d'après lesquels yatar aurait le sens de « je me suis attardé, » auprès de l'ange du royaume de Perse avec lequel je luttais, et dont je ne me serais pas débarrassé, si Michel ne m'avait pas secouru. Nous avons vu qu'il n'est pas question d'un retard, et que l'Ange ne songe pas à s'excuser auprès de Daniel. L'Ange dit tout simplement au prophète : je suis resté auprès de rois de Perse, afin de continuer à lui inspirer des actes favorables aux Juifs. Ainsi, Daniel peut-être assuré qu'il a et qu'il aura après des rois de Perse un intercesseur puissant.